Publié le 10 Juin 2013

Karl Heinz Roth, né en 1942, a été un militant du de l''Opposition extraparlementaire dès le milieu des années 60. Parallèlement à ses activités de médecin, il s’est consacré à l’histoire de « l’autre mouvement ouvrier », celui des ouvriers non qualifiés, des immigrés, des travailleurs forcés, et à la résistance au capitalisme sous le nazisme. Le 9 mai 1975, Karl Heinz Roth est arrêté avec Roland Otto sur un parking de Cologne après avoir été grièvement blessé par un policier. Au cours de l’incident, Werner Philipp Sauber, un militant clandestin du Mouvement du 2 Juin et un policier sont tués. Le 26 juin 1977, Roland Otto et Karl Heinz Roth sont acquittés de l’accusation de meurtre et retrouvent la liberté au terme d’un procès exemplaire au cours duquel le montage policier s’est lamentablement écroulé. Pendant les deux années qui venaient de s’écouler, Roth avait mené un combat exemplaire pour la survie. C’est ce qu’il raconte dans ce texte, auquel nous lui avons demandé d’écrire une présentation, à l’usage des lecteurs qui n’ont pas vécu de manière consciente « l’automne allemand »

 

 

 

Extrait ...

 

Des flocons de neige imaginaires

Avez-vous déjà souffert de troubles du sommeil ? En cas contraire, vous devriez tout de même vous soucier que ceux qui en torturent d’autres en les privant de sommeil, ne restent pas totalement impunis. Et il y en a beaucoup. Je pense à ceux, au cœur de l’État de droit, mettent en œuvre des sanctions pénales aggravées.
 
Durant diverses phases de ma détention, j’ai fait connaissance avec les tempêtes de neige imaginaires. Je vais parler de la plus longue et de la plus dévastatrice, qui a duré onze mois. Lorsqu’en août 1976 je fus définitivement transféré à l’infirmerie de la prison de Bochum, des électriciens étaient justement occupés à installer deux projecteurs supplémentaires en face de ma cellule. Les lampes étaient dirigées droit sur la fenêtre de celle-ci, à cinq mètres environ, et à la hauteur du troisième étage, où se trouve la cellule pour terroristes 3/38. Elles flanquaient ma cellule, faisaient 500 watts chacune, étaient séparées de quelques mètres. Tard dans la soirée du 1er   août, j’en bénéficiai pour la première fois. Trois projecteurs - le troisième, plus éloigné, était déjà installé en face, sur le mur du bâtiment administratif - illuminèrent ma cellule a giorno. Au début je n’avais rien contre. Car jusqu’ici on éteignait les lumières à 22 heures. À partir du mois d’août, je pus lire sans interruption. Grâce aux projecteurs, il faisait grand jour en permanence dans ma cellule.
 
Au bout de deux ou trois jours l’euphorie s’était dissipée. Quand je m’aperçus que je ne pouvais pas dormir sous la lumière des projecteurs, je m’habituai à lire jusqu'au matin. J’étais tiré du sommeil qui suivait à six heures tapantes, car la journée carcérale commençait, et ce sommeil se fit de plus en plus superficiel. Au bout d’une semaine, ce n’était plus qu’une somnolence apathique avec de très courtes pointes de sommeil, littéralement quelques minutes. Je perdis la capacité de me concentrer et donc l’envie de lire la nuit. Une angoissante perte de repères s’instaura. Je perdis le sens du temps et de l’espace. Quand les surveillants utilisaient l’interphone, le son creux de leur voix me rendait inquiet. Je devins instable, incapable de lire longtemps, de fixer mes pensées et de les noter. Quand je recevais des visites, il me fallait un certain temps pour m’habituer à la situation. Pendant un certain temps, on me donna des somnifères. Ils perdirent vite leur efficacité. Le médecin du service me proposa de suspendre tout simplement une couverture devant la fenêtre ; le résultat fut mauvais, l’obscurité soudaine dans ma cellule me fit encore plus peur, me tint éveillé et me donna l’illusion que les 20 m3 de la cellule fondaient sur mon corps. En outre les surveillants qui faisaient la nuit me criaient d’enlever la couverture. Fin août je vis les premières tempêtes de neige. Des fils blancs qui passaient de haut en bas, dans les espaces libres des doubles barreaux de ma lucarne. On aurait dit un film quand la bande se déchire. Peu à peu les fils s’aggloméraient. Ils se transformaient en taches dansantes, dont les mouvements ralentissaient peu à peu.
 
Je ne voulais pas voir tout cela. Je me cramponnai au grillage et observai l’extérieur. Les contours du mur, du toit qui s’inclinait au-dessus, de la cour des transferts et du bâtiment administratif qui se trouvait derrière s’étaient estompés. On avait l’impression de regarder à travers un verre dépoli. Je passai la main à travers les barreaux. Était-ce bien une grille supplémentaire ou l’avait-on remplacée, comme à Ossendorf, par une moustiquaire qui produit le même effet quand on regarde à travers ? Non, tout était comme avant. Plus je regardais attentivement, et plus ce que je voyais s’estompait et se faisait statique. Si je cessais de me concentrer, la vitre dépolie se dissolvait en taches isolées et recommençait à bouger.
 
Cela devint dangereux quand la tempête de neige entra dans ma cellule. Je fermai les yeux et me mis à chanter. Les yeux fermés je marchai de long en large dans la cellule, quatre pas dans un sens, quatre dans l’autre. Je chantai tout mon répertoire. Puis je me mis à parler avec moi-même. Des dialogues fictifs à une personne, où les partenaires utilisaient deux langues étrangères différentes. Moi-même devins ces deux personnes. Les exercices de concentration que j’avais entre-temps terminés, glissaient à l’hallucination. Ayant perdu tout sens du temps et poussé par la nécessité de le cacher aux verts et aux blancs [surveillants et personnels médical, NdT], je me ramenais à la réalité. Ces luttes duraient parfois des jours entiers. Finalement j’inversai le rythme circadien. Je travaillais et lisais la nuit, le jour je somnolais, avec de temps en temps deux phases brèves de sommeil, vers 9 heures et 17 heures. Je commençai à trouver un modus vivendi avec la privation de sommeil. Je m’abandonnai sans résister aux illusions d’optique. Les combats avec les hallucinations qui s’ensuivirent furent très durs. Je cédai quelques pouces de terrain, m’y habituai, pour ensuite les discipliner et les éliminer. Ce fut une lutte contre la folie. La ligne de crête que je suivais était souvent très étroite. J’avais une maladie chronique, des problèmes circulatoires. Je brûlai mes dernières réserves pour éviter ce que la privation de sommeil visait : faire du délinquant condamné d’avance un fou nécessitant un traitement psychiatrique. Je pus interdire aux surveillants médicaux d’entrer dans ma cellule - ils avaient violé de façon flagrante mes droits de prisonnier en détention préventive en empêchant une expertise médicale relative à une contre-indication de placement en détention et en me déclarant pour un temps pratiquement illimité en état de comparaître- - ce qui m’aida fortement. Je ne reçus plus qu’un médecin agréé extérieur pour la visite du matin. Le matin j’étais relativement en forme. En outre je pouvais compter sur le fait que ce médecin n'éprouvait aucun intérêt particulier à informer la police politique sur de nouveaux possibles points faibles sur lesquels m'attaquer.
 
Je n’ai pas été le seul pour qui les projecteurs firent de Bochum un enfer. À l’automne 76, alors que j’étais encore à l’isolement, Guillaume [Günter Guillaume, conseiller personnel du chancelier Willy Brandt, condamné en 1975 à 13 ans de prison pour espionnage au profit de la RDA, NdT]  passa devant moi en se rendant au laboratoire. Nous échangeâmes quelques mots, comme à Ossendorf, avant d’être poussés plus loin par les matons. Guillaume  avait un besoin urgent de soins médicaux. Il était à deux cellules de la cellule pour terroristes 3/38, les cellules directement voisines sont toujours vides. Les projecteurs l’empêchaient de dormir lui aussi. Voyant que ses plaintes restaient sans effet, il obtint d’être renvoyé à la prison de Rheinbach. Il n’avait passé que quelques jours à Bochum. Par la suite il refusa tout traitement médical.
 

 

Source TLAXCALA

L'intégralité du texte ici

 

 

 

 

 

Dans le ventre de la baleine

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #Liberté

Publié le 9 Juin 2013

Créer à la fin des années 80 par d'anciens membres du groupe punk Montpelliérain O.T.H., Les Naufragés repartent à l'abordage en 2013 !

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique

Publié le 8 Juin 2013

Cette semaine, les cailloux s'imprègnent de gypse Indien ...

Nous sommes tous dans le même bateau ; le riche, le pauvre, l’homme rouge, blanc, noir, brun ou jaune. Nous sommes une seule et même famille humaine. Nous partageons une responsabilité envers notre Mère la Terre et tous ceux qui y vivent et y respirent.

Je crois que notre tâche sera inachevée tant qu’il restera un être humain affamé, battu, une seule personne contrainte de mourir sur un champ de bataille, un seul innocent en prison, un seul homme persécuté à cause de ses convictions.

J’ai foi en la bonté de l’humanité. Je crois que le bien peut prévaloir, mais seulement au prix d’un réel effort. Cet effort, c’est à nous tous de l’accomplir. Chacun d’entre nous, vous et moi. Léonard Pelletier

La suite : ICI

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 5 Juin 2013

" Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'oublie Nuremberg et que j'oublie Dachau
Mais là je suis chez moi chez moi dans ma mémoire
Dans ce Moyen-Orient où l'intrus est de trop

Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'oublie Varsovie devenant Polonaise
Ni les trains qui drainaient la mort au crématoire
Mes frères par millions hurlant dans la fournaise

Ne croyez pas surtout surtout n'allez pas croire
Que j'appelle à la haine en saluant nos tanks
Je n'oublierai jamais dans la Nuit le Brouillard
Le regard angoissé de ma sœur Anne Frank

Mais là je suis chez moi chez moi en Palestine
Chez moi parce qu'Arabe Arabe à en mourir
Arabe dans les yeux Arabe en ma poitrine
De Damas en danger à notre El-Djazaïr ".

Malek Haddad, extrait du poème " Je suis chez moi en Palestine ", publié le 3 juin 1967 dans " An-Nasr ".

je suis chez moi chez moi en Palestine

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 1 Juin 2013

Une petite pierre vient de naitre de la fusion de deux envies de cristalliser la poésie pour lui donner la simplicité de la vie que la Terre nous offre ...

 

La minéralité expliquée aux cailloux

 

 

 

 

Merci à toi Caro !!

Métamorphisme poétique

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 31 Mai 2013

John Dee Holeman ou le joli destin d'un simple ouvrier du bâtiment ...

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 28 Mai 2013

SEULE LA VOIX DEMEURE

Pourquoi je devrais m’arrêter, pourquoi ?
Les oiseaux ont filé vers les côtes bleues
L’horizon est vertical
L’horizon est vertical, et le mouvement une eau jaillie
Aux limites de la vision tournent les planètes lumineuses
La terre dans les hauteurs se répète
Les puits d’air se métamorphosent en tunnels communicants
Et le jour est une étendue qui dépasse les idées du ver à journal

Pourquoi je devrais m’arrêter ?
Le chemin traverse les vaisseaux de la vie
L’environnement au creux de l’utérus de la lune
Tuera les cellules contaminées
Et dans l’espace chimique de l’aube
Seule la voix demeure
Seule la voix attirera les particules du temps
Pourquoi je devrais m’arrêter ?

Qu’est-ce qu’un marécage
Sinon une frayère d’insectes corrompus
Des têtes gonflées des cadavres sortent les pensées de la morgue
Le lâche dissimule sa lâcheté dans le noir
Et quand c’est le cafard qui parle pourquoi je devrais m’arrêter ?
L’œuvre des lettres en plomb est vaine
Elle ne sauvera pas de la médiocrité
Je viens des arbres
Respirer l’air vicié me rend malade
L’oiseau qui mourait m’a laissé un conseil
Me souvenir de l’envol

Le but de toute force
Est de fusionner avec l’essence du soleil
De se couler dans l’intelligence de la lumière
Les moulins à vent se détraquent en toute logique
Pourquoi je devrais m’arrêter ?
Mes seins nourrissent les grappes vertes du blé
La voix, seule la voix demeure
La voix du désir limpide de l’eau à couler
La voix de l’étoile dans sa profusion lumineuse
Sur la paroi féminine de la terre
La voix concevant l’embryon du sens
Et l’expansion du partage de l’amour
La voix, la voix, seule la voix demeure

Au pays des nains
La mesure tourne toujours
Dans l’orbite du zéro
Pourquoi je devrais m’arrêter ?
J’obéis aux quatre éléments
Et le gouvernement local des aveugles
N’a pas à dicter le règlement de mon cœur

Que gémisse sans fin la sauvagerie
Dans le sexe de l’animal me laisse indifférente
Que remue sans valeur le ver
dans le vide de la chair me laisse indifférente
J’ai la lignée des fleurs dans le sang qui m’exhorte à vivre
La lignée des fleurs, vous comprenez ?

Forough Farrokhzad (1935-1967, Iran)

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Rédigé par hobo-lullaby