Articles avec #poesie tag

Publié le 6 Octobre 2014

Bois d’Ebène

 

Si l’été est pluvieux et morne
si le ciel voile l’étang d’une paupière de nuage
si la palme se dénoue en haillons
si les arbres sont d’orgueil et noirs dans le vent et la brume
si le vent rabat vers la savane un lambeau de chant funèbre
si l’ombre s’accroupit autour du foyer éteint
si une voilure d’ailes sauvages emporte l’île vers les naufrages
si le crépuscule noie l’envol déchiré d’un dernier mouchoir
et si le cri blesse l’oiseau
tu partiras

abandonnant ton village
sa lagune et ses raisins amers
la trace de tes pas dans ses sables
le reflet d’un songe au fond d’un puits
et la vieille tour attachée au tournant du chemin
comme un chien fidèle au bout de la laisse
et qui aboie dans le soir
un appel fêlé dans les herbages ?

Nègre colporteur de révolte
tu connais les chemins du monde
depuis que tu fus vendu en Guinée 
une lumière chavirée t’appelle
une pirogue livide
échouée dans la suie d’un ciel de faubourg 

Nous rebâtirons
Copan
Palenque
Et les Tihuanacos socialistes
Ouvrier blanc de Détroit péon noir d ?Alabama
Peuple innombrable des galères capitalistes
Le destin nous dresse épaule contre épaule
Et reniant l ?antique maléfice des tabous du sang
Nous foulons les décombres de nos solitudes.
Et nous brassons le mortier des temps fraternels
Dans la poussière des idoles. 

Jacques Roumain poète haïtien

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 27 Septembre 2014

Un très beau poème de Georges Perros et une dédicace musicale à Erwan avec une pensée pour le juke box de Marie-Rose ...

Je n’ai jamais su travailler (1967)

Je n’ai jamais su travailler

trop distrait pour m’en faire accroire

et quand j’imite ceux qui ont

le sens du labeur quotidien

je me retrouve tout honteux

le soir venu Rien ne me semble

plus paresseux que le travail

comme on l’entend dans nos pays

de bureaux de banques Je suis

pour la vie intégrale et comme

personne ne joue avec moi

on s’y ennuierait à mourir

je reprends ma besace et seul

je découvre à nouveau ce rien

qui m’est travail prométhéen

car je n’en mérite le bien

n’étant pas de ces grands artistes

que leur paresse même excite

à reprendre en main l’énergie

qu’elle trahit dès qu’on la presse

de cesser d’être souveraine

Et rien ne m’étonne aujourd’hui

comme ceux qui font ce qu’ils font

sans qu’un reste vienne tout perdre

de ce qu’ils ont fait sans laisser

place à ce vent qui me démange

au plus fort d’un travail promis

que je dois remettre et que ronge

le goût de subsister sans lui

Je dois me clouer à ma chaise

fermer les rideaux mettre bas

mes chiots de plaisir leur tendre

de loin l’os trouvé dans la nuit

en m’excusant d’avoir à faire

je ne suis pas libre aujourd’hui

Je comprendrais qu’ils m’abandonnent

ces anges de grenier ces dieux

qui m’ont tant donné de quoi être

et que je traite avec mépris

(je le fais le moins que je puis)

dès qu’il s’agit du sérieux

qu’exige notre société

où le moindre faux pas faux mot

fait redresser la guillotine

Nous sommes de fameux salauds

Le travail c’est la liberté

surtout c’est la santé de l’autre

qui nous regarde travailler

et nous félicite d’y croire

pendant le temps qu’il va nager

dans les trous de notre mémoire

N’importe demain s’ouvrira

sur une scène où dort mon rêve

et vous n’en aurez pas la clé

qui meut les décors Je me rends

à vous raisons hommes de loi

hommes d’honnête quant-à-soi

Mais s’il est vrai : sans importance

tout ce qui est exagéré

tout ce qui ne l’est pas je pense

est médiocre plus qu’à moitié

Ce sera la honte des hommes

et la mienne hélas aussi bien

de s’être fabriqué des normes

qui leur vont si mal Nos malheurs

n’en cherchons pas trop d’autres causes

Nous avons inventé la peur

Nos guerres futures seront

comme nos esprits mécaniques

Nous aurons tous bien travaillé

à ce résultat pathétique

et l’amour toile d’araignée

tricotera une brassière

pour le premier bébé futur.

Georges Perros (1923 – 1978) – La vie ordinaire (1967)

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie, #musique

Publié le 17 Septembre 2014

De l’autre coté de la mer

 

Méfie-toi de Gaza
Et de ses blessures hantées
Par le sable mouvant
Il est rituel chez eux
Que des poèmes cagoulés de supplice amers
Enfantent des promesses de sang sur les murs 
En guise d’écriteaux 
Quelle est cette langue
Que nous parlons
En épousant la mort ?
Enfant de mauvaise lune
Tes rêves appuyés sur la gâchette
Ne prolongeront pas tes bras
Hélas !
Tu es venue au monde 
A l’ère truquée
Il ne reste aucun mystère
Sous la montée des vagues
L’arme qui tue
Sera condamnée par défaut d’être métal
Et le meurtrier déguisé
En franc tireur 
Nous vivons des marges obscènes
En décadence apocalyptique
Des regrets pour la moisson du jour
Nous sommes au temps des cicatrices
Et la nuit a déjà fait sa preuve
Dans nos deuils
Gaza de Port-au-Prince
Gaza de Lybie
Gaza de partout 
Les chars ont brulé les arbres
Jusqu'à retarder l’aube
Tandis que les cœurs battants
Sous des projectiles
Avilissent la beauté de ce monde  
Comme une grenouille qui voit sa fin
Sur des chansons de mauvaises haleines
Méfie-toi de Gaza
Et des autres paradis
Décolorés par les grands journaux…

 

Anderson Dovilas, in Mémoire d’outre monde

 

De l’autre coté de la mer

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #Palestine, #poèsie

Publié le 9 Septembre 2014

Parce que nous en avons assez d’être parqués dans les
pâtures empoisonnées du malheur
parce que nous en avons assez de loger dans l’aile en
ruine de l’histoire
parce que dans nos poignets brûlent des avoines et des
seigles de tendresse
parce que des faims neuves provoquent des émeutes au
fond des faubourgs du sang
et que les écluses de la patience fléchissent à travers la
géographie mouvementée de notre rêve
Nous allons seller les chevaux fabuleux de la révolte et
du courage…

 

 

André Laude – Poème (1962)

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 29 Juillet 2014

L'indifférence ou la douleur …

 

Je t’aimerai demain

Quand la fatalité aura touché les miens

Quand le savon blanchira les ailes des corbeaux

Quand je ferai le buzz dans l’indifférence générale

Je t’aimerai demain

Quand mon cerveau sera liquéfié

Que les autres n’existeront plus

Quand l’amour aura disparu

Je t’aimerai demain

Dans mon agenda d’amnésique

Dans les soubresauts de l’histoire

Dans cette volonté qu’on m’impose

Je t’aimerai demain

Pour panser ma conscience

Pour turluter les miroirs

Qui font bander les alouettes

Je t’aimerai demain

Quand la terre sera trop peuplée

Qu’il n’y aura plus d’air à acheter

Que les soldes seront terminées

Je t’aimerai demain

Quand la Palestine sera achevée

Que Gaza sera rasée

Quand les enfants auront finis de hurler

 

 

Hobo-Lullaby

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #Palestine, #poèsie

Publié le 1 Juin 2014

Cette semaine, La minéralité expliquée aux rend hommage aux Zapatiste du Chiapas ...

Au cœur d’un courant d’air rebelle
J’ai vu le sourire d’Emiliano,
Furtif tel le cheval qui s’enfuit à toutes jambes ;
Au sein de la collectivité
J’ai plié en quatre les feuilles luisantes
Autour du tamale de l’avenir,
Et dans un souffle, j’ai récité la prière du paysan qui dit sans façon :
Mi tierra y libertad !

La suite :  http://caro.hobo.over-blog.com/

 

 

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Publié le 25 Mai 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

"A chaque époque, des auteurs ont écrit contre la haine. 59 poètes contemporains dans la diversité de leur écriture, des poètes qui débutent aux poètes les plus habiles, et c'est une immense joie de les réunir dans ce modeste recueil. En les lisant, par l'échange que j'ai eu avec chacun d'eux, j'ai entendu un grand chant de liberté et de révolte et encore un plus grand chant d'amour." Nicole Barrière, extrait de la préface à "Poèmes contre la haine". Prix 3€67. A

commander sur : Amazon 
 

Lecture ​Le mardi 10 juin à la PériFolie, (à partir de 19h jusqu’à 22h30), place Saint-Sulpice – Paris 6,

Stand 523

Dans le même temps sur le stand , vous pourrez voir les livres pauvres exposés par Daniel Leuwers.

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 21 Mai 2014

Cette semaine, la minéralité expliquée aux cailloux se souvient d'il y a 20 ans au Rwanda

Prends ta machette

Et coupes-leur la tête.

J’ai du sang sur les mains

Mais de remords aucuns !

la suite : http://caro.hobo.over-blog.com/

La minéralité expliquée aux cailloux

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Publié le 3 Mai 2014

Speak white (en français : « Parlez blanc ») est une injure proférée aux Canadiens français par les Canadiens anglais lorsqu'ils parlaient français en public

 

L'insulte speak white est une injonction raciste permettant d'agresser ceux qui appartiennent à un groupe minoritaire, et qui se permettent de parler une autre langue que l'anglais dans un lieu public. Dans le contexte colonial du Canada et des traites négrières de l'époque, l'injure signifie qu'un esclave ne peut parler sa langue et doit adopter celle de ses maîtres. Au Québec, l'usage de cette insulte a continué jusque dans les années 1960, moment où elle a diminué avec la prise de conscience qui a accompagné la Révolution tranquille.

 

Source : wikipédia

 

 

 

Speak white

 

Speak white
il est si beau de vous entendre
parler de Paradise Lost
ou du profil gracieux et anonyme qui tremble dans les sonnets de Shakespeare

nous sommes un peuple inculte et bègue
mais ne sommes pas sourds au génie d'une langue
parlez avec l'accent de Milton et Byron et Shelley et Keats
speak white
et pardonnez-nous de n'avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan

speak white
parlez de choses et d'autres
parlez-nous de la Grande Charte
ou du monument à Lincoln
du charme gris de la Tamise
de l'eau rose du Potomac
parlez-nous de vos traditions
nous sommes un peuple peu brillant
mais fort capable d'apprécier
toute l'importance des crumpets
ou du Boston Tea Party

mais quand vous really speak white
quand vous get down to brass tacks

pour parler du gracious living
et parler du standard de vie
et de la Grande Société
un peu plus fort alors speak white
haussez vos voix de contremaîtres
nous sommes un peu durs d'oreille
nous vivons trop près des machines
et n'entendons que notre souffle au-dessus des outils

speak white and loud
qu'on vous entende
de Saint-Henri à Saint-Domingue
oui quelle admirable langue
pour embaucher
donner des ordres
fixer l'heure de la mort à l'ouvrage
et de la pause qui rafraîchit
et ravigote le dollar

speak white
tell us that God is a great big shot
and that we're paid to trust him
speak white
parlez-nous production profits et pourcentages
speak white
c'est une langue riche
pour acheter
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d'âme
mais pour se vendre

ah !
speak white
big deal
mais pour vous dire
l'éternité d'un jour de grève
pour raconter
une vie de peuple-concierge
mais pour rentrer chez nous le soir
à l'heure où le soleil s'en vient crever au-dessus des ruelles
mais pour vous dire oui que le soleil se couche oui
chaque jour de nos vies à l'est de vos empires
rien ne vaut une langue à jurons
notre parlure pas très propre
tachée de cambouis et d'huile

speak white
soyez à l'aise dans vos mots
nous sommes un peuple rancunier
mais ne reprochons à personne
d'avoir le monopole
de la correction de langage

dans la langue douce de Shakespeare
avec l'accent de Longfellow
parlez un français pur et atrocement blanc
comme au Viêt-Nam au Congo
parlez un allemand impeccable
une étoile jaune entre les dents
parlez russe parlez rappel à l'ordre parlez répression
speak white
c'est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
avec ses mots lacrymogènes
avec ses mots matraques

speak white
tell us again about Freedom and Democracy
nous savons que liberté est un mot noir
comme la misère est nègre
et comme le sang se mêle à la poussière des rues d'Alger ou de Little Rock

speak white
de Westminster à Washington relayez-vous
speak white comme à Wall Street
white comme à Watts
be civilized
et comprenez notre parler de circonstance
quand vous nous demandez poliment
how do you do
et nous entendez vous répondre
we're doing all right
we're doing fine
we
are not alone

nous savons
que nous ne sommes pas seuls.

 

Michèle Lalonde

 

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 1 Mai 2014





    Poème-manifeste

Nous ne voulons plus de leçons de morale

de pas cadencés de bals décadents

de mascarades de la Saint-Jean

de drapeaux qui flottent joyeusement sur la flicaille

de populace acclamant ses exploiteurs

d’exploiteurs qui triomphent devant la populace

nous ne voulons plus de toi Louis XVI

nous te l’avons déjà signifié très clairement

en des termes plutôt tranchants
de toi non plus pape nous ne voulons plus

vieille baderne vieil épouvantail d’un autre temps

vieux crabe qui brandis le jugement de Dieu

tremble qu’il ne s’abatte sur ta tiare de riche

pour ces millions d’enfants qui crèvent de ta bêtise

parce que des malheureux te prennent pour un dieu

nous ne voulons plus de lois de contraintes de règlements

nous n’avons pas besoin de cloisons pour survivre

seulement du respect de la vie de la mort

toute loi uniformise tout uniforme est roi

assez de lois de flics de gratte-papiers de soldats

nous ne voulons plus de vous législateurs

renvoyez vos exécuteurs et vos jurismenteurs

à présent nous avons des montres nous savons l’heure

nous ne voulons plus des dynasties des grandes fortunes

des privilèges de l’or des surjouissances de naissance

nous ne tolérons plus que les uns se privent pour que d’autres se gavent

nous ne voulons plus d’emplois nous ne voulons plus d’argent

l’or n’est plus qu’un métal le papier du papier

et tout redevient cendre épée cuiller ou clé

nous voulons notre temps nous voulons notre espace

nous voulons avancer vouloir savoir aimer

nous ne voulons plus de pensées profondes d’idées creuses

de mots qui font le vide

de slogans de publicités d’élections

de promesses d’avenirs meilleurs de bonheurs de paradis d’amour infini

c’est maintenant que nous sommes c’est aujourd’hui que nous voulons

assez de chefs de curés de leaders de guides de patrons

assez de dictateurs de tireurs embusqués d’attentions empressées

assez de sang de rêves préfabriqués de songes et de mensonges

nous ne voulons plus de vous conquérants de nos tombes

héroïques bouchers médaillés et maculés de gloire

vampires enivrés d’une planète exsangue qui meurt sous nos pieds

nous ne voulons plus de pays de patries de nations

nous n’avons plus foi en la démesure nous voulons

des quartiers des villages des communes des îles

nous ne voulons plus de vous pantins de la démence

présidents ministres planificateurs cadres encadrés banquiers

que de temps d’énergie de vies perdues brûlées pour le progrès des ventes

valeurs fictives conventions unanimes

nous ne voulons plus vivre dépossédés de nos vies mêmes

toujours contraints de reporter de différer d’attendre

nous ne voulons plus être raisonnables dans la déraison

compréhensifs devant l’incompréhension

nous voulons notre part de soleil et d’eau douce

d’amours de vins de nourritures de saisons
nous ne voulons plus de toi démocratie traîtresse

gouvernement du peuple exploité par le peuple

condamné qu’on enivre et qui choisit ses bourreaux

gouverner c’est dominer diriger c’est mener
cette folie nous mène tout droit en enfer

nous ne voulons plus de députés de délégués de décideurs

nous voulons décider nous-mêmes de notre sort

nous voulons notre temps nous voulons notre espace

nous voulons nous trouver nous prendre nous donner

nous ne voulons plus apprendre les bonnes manières

comment s’habiller manger maigrir s’entraîner jouir réussir

nous savons nos limites nous les revendiquons

nous ne voulons plus nous astreindre aux tâches inutiles
qui flattent l’orgueil de sous-chefs imbéciles

nous refusons de gaspiller nos vies si courtes pour des futilités

nous avons déjà tant semé tant et tant espéré

nous ne regardons plus le parquet d’une bourse sans rire de tous ces agités

nous ne voulons plus de ce théâtre de la cruauté où les victimes sont bien réelles

assez de savants procédés pour nous piller nous enchaîner
on n’a jamais vu le mortel à qui la terre fut donnée

la planète ne vit que par la vie des êtres qui l’habitent

nous ne voulons plus de ceux qui l’assassinent

nous voulons de l’espoir pour nos enfants à naître.


                    © Pascale (Alain) Cormier, septembre 1996

 

 

Un très bel entretien avec cette poètesse transsexuelle québécoise :

 

http://lunefunambule.com/2012/11/25/poesie-et-transsexualite-deuxieme-partie-pascale-cormier/

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie