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Publié le 7 Octobre 2012






deptvcerveauxz5



LES PROPHÈTES DE L'IGNORANCE


Ici on prêche l'ignorance

Au nom d'une improbable quête

Méphitique de pureté

 

Que de toute pureté ne naisse

Quasi-inéluctablement

Que purifications sinistres

 

Ne semble soucier personne

Comme si la mystification

N'était guère exception mais norme

 

Plus que chercher à être vrais

Nous semblons aspirer à être

Dupés avec quelque panache

 

La subtilité du concept

L'imparable argumentation

Ne sauraient etre dissociées

 

De la précision du mot

Qui frappe comme un poing fermé

À la face des fausses gloires

 

"Je suis de l'école de la rue"

"Vous savez, les intellectuels …"

"La politique,;la poésie

 

Moi en fait je n'y comprends rien" :

Alibis grassement nourris

Pour se désincarner de soi

 

Comme il est bon d'être pantins

De marionnettistes experts

Qui contrôlent nos mouvements !

 

Toute connaissance n'exige-t-elle pas

Un effort, un amour de l'autre

Qui nous fatiguent par avance ?

 

Riche terreau pour les tyrans

Que celui de nos lassitudes

Affichées comme des vertus

 

Cultivant leurs jardins de ronces

Qui bientôt seront barbelés

À l'envers de nos démissions

 

Ils régneront dans les coulisses

Sous-traitants des démocraties

Tant que nous refuserons d'être


PASCAL PERROT

http://insurrectionpoetique.mabulle.com/

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 7 Octobre 2012



PROVERBES ET CHANSONS



Tout passe
 
et tout demeure
 
Mais notre affaire est de passer
 
De passer en traçant
 
Des chemins
 
Des chemins sur la mer
 
Voyageur, le chemin
 
sont les traces de tes pas
 
c'est tout ; voyageur
 
il n'y a pas de chemin,
 
le chemin se fait en marchant.
 
Le chemin se fait en marchant
 
et quand on tourne les yeux en arrière
 
on voit le sentier que jamais
 
on ne doit à nouveau fouler.
 
Voyageur, il n'est pas de chemin,
 
rien que des sillages sur la mer.
 
 
Conseils
 
Il faut savoir attendre,
 
attends le flux de la marée,
 
- comme une barque sur le rivage -,
 
sans que le départ t'inquiète.
 
Quiconque attend
 
sait que la victoire est à lui ;
 
car la vie est longue et l'art est un jouet.
 
Et si la vie est courte
 
et si la mer n'arrive à ta galère
 
attends sans partir et espère toujours,
 
car l'art est long et, d'ailleurs,
 
 
c'est sans importance.
 
 
 
ANTONIO MACHADO







 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 26 Septembre 2012




Et les flics tirèrent à boulets rouges sur le drapeau noir...
 
 
Des pourris c'est moi qui vous le dis
regardez ces tronches ces gueules ces faciès
Des espagnols des Italiens des Croates des Bulgares
Des bougnoules
Des sales nègres merdiques
Il y en a même qui portent chapeau
et cravate comme les bourgeois
 
Des pourris c'est moi qui vous le dis
Des chiens affamés de sang Des sauvages
Des brutes qui tueraient père et mère
ça se voit à leurs yeux farouches
A leurs poings serrés
A leurs bouches tordues par la haine
des honnêtes gens
 
Dans la rue l'enfant au ventre creux
contemple la lie de la terre
Il ne dit rien Il se tait obstinément
Il serre les dents ainsi qu'on lui a enseigné
depuis le premier jour
 
Dans la rue les putains collées aux murs
jettent des roses
et des baisers aux insurgés
Les corbeaux obscurs de la détresse et de la dérision
déposent religieusement leurs crottes sur les statues
des héros de la République
 
Rénée-Maria la petite marchande d'allumettes
pleure et se mouche dans ses doigts
lorgnées du coin de l'oeil par un Monsieur
qui fleure bon l'eau de cologne
 
Renée-Maria mord sa main jusqu'au sang
pour ne pas hurler
 
Dans la rue la rumeur des humiliés chasse loin
devant elle
les feuilles mortes d'octobre
Ah! dieu! qu'il est beau!
murmure Renée-Maria en regardant celui
qui avance en tête
un beau jeune homme en habit de charpentier A la barbe
blonde et soigneusement peignée
aux doigts fins et très pâles
 
Faudrait tous les aligner le long d'un mur c'est moi
qui vous le dis
murmure un prêtre à l'oreille du caporal-chef
Faudrait tous les jeter dans les fours brûlants
dit la couturière poitrinaire qui attend le Prince Charmant
Faudrait tous les prendre aux grilles des Champs-Élysées
proclame triomphalement un ancien Versaillais
reconverti dans le trafic d'esclaves
 
Dans les rues des bébés gémissent pressentant le drame
Les lanternes s'éteignent
Un roulement monte du côté du Pont Louis-Philippe
Un autre roulement lui répond par delà le Panthéon
On entend des pas marteler le pavé aux environs des jardins
du Luxembourg
 
Dans la rue ils marchent comme des silences graves armés
d'innombrables courages
Ils marchent comme des foules surgies d'un trou sombre où les rats
disputent l'espace
Ils marchent comme des océans soudés par la sueur le sang
et les larmes
Ils marchent comme des épées nues
Comme des processions de famines et de douleurs plus anciennes
que les plus vieux arbres
Dans les rues ils marchent comme des désespoirs vêtus d'étoffe rude
comme des corps mutilés
comme des voix brisées par l'émotion
 
Dans la rue l'enfant au ventre creux
attend muet
recroquevillé sur sa pouillerie
Il tremble
Il a peur
Il a froid
 
Mais ses regards sont ceux d'un fils de l'homme
orphelin depuis longtemps
 
La rue attend immobile craintive
On entend la forge rauque des poitrines
Sur les banlieues le soleil déchiqueté
s'effondre au milieu des potagers navrants
 
Celui qui s'avance en tête n'a pas d'amour
Il n'a jamais eu le temps
et celui qui le suit
a pour seul ami
le vent des nuits
du pays natal
 
Celui qui s'avance en tête est beau comme
un archange
et celui qui le suit
a un visage doux de roi-mage
 
Faudrait tous les balancer aux lions
Les bébés agitent leurs petits bras pressentant
le drame
Un banquier gras et chauve vérifie si son portefeuille
est toujours là où il faut
 
Dans la rue ils marchent sans dire un mot
sans fièvre
Ils marchent d'un pas régulier convaincu
Ils sont de toutes les races
et de toutes les folies
 
Dans la rue où les putains vite fait refont
leur maquillage
pour être belle
Dans la rue où l'enfant au ventre creux
berce une poupée de chiffons
qui n'a plus qu'une jambe
 
Ils marchent derrière les tambours bannières haut levées
ils marchent obscurs silencieux casqués
ils marchent figures de fer bottés casqués
Ils marchent en rang serrés
Ils marchent cent et mille Ils marchent comme toujours
marchent les armées
 
De longues minutes ils s'observèrent
De longues minutes
Et les flics tirèrent à boulets rouges sur le drapeau noir...
Celui qui s'avançait en tête front éclaté rougit le trottoir
Et celui qui suivait tomba avec une lenteur bouleversante
Et l'enfant au ventre creux eut brusquement des tonnes
de pain blanc
au creux des paumes.
Tard dans la nuit quand ils furent repartis
ne restèrent que les putains
qui chantèrent les cantiques et les divins psaumes.
 
 
André Laude
In " Les Paris Imaginaires" de Jean Lebedeff
(Éd. Plasma, 1979)




 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 23 Septembre 2012




Lettre à Che Guevara entre lune froide et fusil
 
 
Il n’est pas de jour Ma fleur de sang
que je ne touche
dans le temps froid de la contemplation
tes os généreux ton sourire de sierra assassinée
 
Ici, en Europe, nous continuons à vivre. Nous
faisons mille et mille gestes
nous aimons des femmes nous les blessons parfois
et parfois elles laissent des cadavres dans nos chairs
Ici en Europe nous continuons à discuter
nous écrivons des tas d’articles
des manifestes pour la révolution violente
nous signons des protestations.
Tu sais depuis que tu es de l’autre côté de la montagne
sur le versant le moins éclairé
on torture toujours on tue et des guerres succèdent aux guerres
Guerres locales disent les commentateurs pour rassurer le peuple
 
Parfois un garçon Il s’appelle Andreas Baader
grand cœur et mauvais marxiste
las saisit l’arme et frape à la tête le mal
et toutes les rues aboient contre sa jeune lumière
Ici, en Europe, nous continuons. Nous
grimpons des étages. Nous regardons les marchandises
dans les vitrines des magasins. Nous lisons des revues
des bandes dessinées Nous allons au cinéma voir
le dernier Godard, le dernier Fellini
et à l’entracte nous achetons des glaces car
c’est l ‘été maintenant et Paris est irrespirable.
Pendant ce temps toi tu t’enfonces plus profondément
Dans la terre Tes yeux s’enfoncent et tes lèvres moqueuses
Et ton flanc et tes mains et tes organes morts
Pendant ce temps toi tu épouses lentement la terre
 
Une part de toi dans la terre Une part de toi dans mes entrailles
et tu t’enfonces ici et là
Mais dans nos pays on ne t’oublie pas :
Sur les posters tu as l’air terriblement vivant
Fleur de sang
Fleur de sang.
 
André Laude
 
 



Comme un éclat de rire

Vient consoler tristesse

Comme un souffle avenir

Viens raviver les braises

Comme un parfum de souffre

Qui fait naître la flamme

Jeunesse lève toi

 

Contre la vie qui va qui vient

Puis qui s'éteint

Contre l'amour qu'on prend, qu'on tient

Mais qui tient pas

Contre la trace qui s'efface

Au derrière de soi

Jeunesse lève toi

 

Moi contre ton épaule

Je repars à la lutte

Contre les gravités qui nous mènent à la chute

Pour faire du bruit encore

A réveiller les morts

Pour redonner éclat

A l'émeraude en toi

 

Pour rendre au crépuscule

La beauté des aurores

Dis moi qu'on brûle encore

Dis-moi que brûle encore cet espoir que tu tiens

Parce que tu n'en sais rien de la fougue et du feu

Que je vois dans tes yeux ?

Jeunesse lève toi !

 

Quand tu vois comme on pleure

A chaque rue sa peine

Comment on nous écoeure

Perfusion dans la veine

A l'ombre du faisceau

Mon vieux tu m'aura plus !

Ami dis quand viendra la crue

 

Contre courant toujours sont les contre-cultures,

Au gré des émissions leurs gueules de vide-ordures ?

Puisque c'en est sonné la mort du politique,

L'heure est aux rêves

Aux Utopiques !

 

Pour faire nos ADN

Un peu plus équitables,

Pour faire de la poussière

Un peu plus que du sable

Dans ce triste pays

Tu sais un jour ou l'autre

Faudra tuer le père

Faire entendre ta voix

Jeunesse lève toi !

 

Au clair de lune indien

Toujours surfer la vague

A l'âme

Au creux des reins

Faut aiguiser la lame

Puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libre

De ton triste sommeil, je t'en prie libère-toi !

 

 

Puisqu'ici il faut faire des bilans et du chiffre

Sont nos amours toujours au bord du précipice,

N'entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts

Ne vois tu pas le ciel à la portée des doigts ?

Jeunesse lève toi !

 

Comme un éclat de rire

Vient consoler tristesse,

Comme un souffle avenir

Vient raviver les braises

Comme un parfum de souffre

Qui fait naître la flamme

Quand plongé dans le gouffre on sait plus où est l'âme

Jeunesse lève toi !

 

Contre la vie qui va qui vient

Puis qui nous perd,

Contre l'amour qu'on prend qu'on tient

Puis qu'on enterre

Contre la trace qui s'efface

Au derrière de soi ?

JEUNESSE LÈVE-TOI !

 

Au clair de lune indien

Toujours surfer la vague

A l'âme

Au creux des reins

Faut aiguiser la lame

Puisqu'ici il n'y a qu'au combat qu'on est libre

De ton triste coma, je t'en prie libère-toi !

Puisqu'ici il faut faire des bilans et du chiffre

Sont nos amours toujours au bord du précipice,

N'entends-tu pas ce soir chanter le chant des morts

A la mémoire de ceux qui sont tombés pour toi

Jeunesse lève toi

 

Damien Saez




 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 21 Septembre 2012





Cratère du ciel
 
Le monde est un pays de morts
Qui marchent vers leurs funérailles
Les visages des gens sont des suaires
Avec des yeux rouillés et des rêves à genoux.
Stries de soleil, rosée évaporée,
Ce sont les enfants que l’Empire effeuille vers la mort
Toutes les cinq secondes, toutes les cinq secondes
Dans tous les feuillages de tous les confins.
Le capitalisme est un poulpe affamé de pleurs hérissés
C’est un cratère du ciel assassin de moineaux.
Il m’ébranle cet outrage de lis déflorés
Qui ameutent mon âme et défient le Suprême
Mais les dieux anthropophages n’entendent point
Et ma soif interpelle les miracles
Et l’arcane répond par d’autres crimes
Et les anges gardiens se soumettent au système.
Mais viendront les Purs de la planète
Pour démolir les olympes de cruauté,
Pour inventer des villes sans échafauds,
Pour vider les bibliothèques de leurs livres
Et lire Bachelard, Zola, John Donne
À San Telmo, sur le Pont Neuf ou à Beyrouth.
 
Ils viendront délivrer les musées de leurs grilles
Pour que La liberté guidant le peuple fonde l’équité
Et que le cri de Guernica extirpe l’horreur.
Ils viendront multiplier les pains et l’amour
Pour donner à manger à l’affamé
Pour donner à boire à l’assoiffé de lumière
Pour inventer des frontières sans plafond,
Pour que Noirs, Blancs, Jaunes, Métis
S’ébaudissent sur la lande comme des argiles abreuvées
Et dansent au rythme d’une boîte à musique.
C’est ainsi, rien qu’ainsi, que le monde sera un pays d’innocents
Et que s’ouvrira enfin, couvrant l’Infini,
Un bouquet* d’arpèges pour tatouer l’avenir.
 
Buenos Aires, le 10 décembre 2006


Cristina Castello  -  Orage

http://www.cristinacastello.com/  ( site web )

http://les-risques-du-journalisme.over-blog.com/  ( blog )



Pour en finir avec la tyrannie
aux peuplades amérindiennes
 
Avec des mots
aveuglants d'évidence
des mots gros
de misères
et de peurs
des mots d'amour
pour cette humanité
qui s'échine
à défricher
des terres brûlées
avec des utopies
à têtes chercheuses
avec les cris étouffés
des peuples en péril
sous la courbe écrasante
des valeurs boursières
avec l'ultime regard
des innocents carbonisés
dans les brasiers du capital
avec la ferveur altière
des révoltés
qui n'ont plus rien à perdre
avec les vents du Sud
de l'Est du Nord et de l'Ouest
avec les chants migrants
qui se transmettent
d'une langue à l'autre
avec le grand esprit silencieux
avec les nuages rouge et noir
chargés d'orages et de colère
avec mon sang giclant
altéré de connaissance
avec les fleuves et les montagnes
avec les forêts et les mers détraqués
avec les oiseaux en danger
les herbes les arbres les pierres
avec les rivages les sources
avec tout ce qui vit danse
et nous étonne toujours
avec les palpitations de la terre
avec l'ardeur du soleil
et les constellations intérieures
avec des mots à coeur ouvert
qui ne savent plus rien dire
hormis la sauvage beauté de vivre
avec des mots éperdus d'avance
je bombarde sans remords
les forteresses les fiefs
des détrousseurs sans vergogne
des faiseurs de mauvais sort planétaire
je désintègre allègrement
l'héritage immonde et sans partage
de ce règne crapuleux
du temps des tueurs en série.
 
 
André Chenet  -  Exil de la Poèsie
 
 





Sous le signe de la poésie
en compagnie de Cristina Castello et de André Chenet

Le lundi 8 octobre 2012, à 19HS00
À la Maison de l'Amérique latine *


 


Maison de l'Amérique latine accueillera Cristina Castello et André Chenet à l'occasion de la parution simultanée de leurs derniers recueils de poésie, doublés d'un CD audio :
« Le chant des sirènes/El canto de las sirenas » de Cristina Castello
et
« Secret poème » de André Chenet






Nicole Barrière , écrivain et poète, s'entretiendra avec les deux auteurs, qui donneront à entendre des extraits de leurs recueils respectifs.
André Chenet présentera la revue La Voix des Autres , dont le cahier central du dernier numéro intitulé « Dans les maquis de la poésie », est consacré à la poète Angye Gaona . Cristina Castello racontera l'histoire d'Angye Gaona et dira quelques textes de cette poète colombienne en état de sursis dans son propre pays.



En clôture de cette soirée, une lecture à plusieurs voix , à la façon d'une scène ouverte, s'ensuivra avec les poètes invités de Cristina et de André.
A partir de 20h30, les auteurs invités et le public auront la possibilité de prolonger la soirée en partageant un repas dans un restaurant à proximité de la Maison de l'Amérique latin.








*Cristina CASTELLO- « Le chant des sirènes/El canto de las sirenas »
Français-castillan. Traduction Pedro Vianna – Cristina Castello
ISBN: 978-2-84954-116-6
*André CHENET « Secret Poème »
ISBN : 978-2-84954-117-3
Éditions « Chemins de Plume » (Nice)
Collection « Un poète, Une voix »
Vous pouvez vous le procurer livres-audio
au prix de 10 €

lors de la soirée de présentation ou en remplissant le BON DE COMMANDE link
Pour commander la revue « La Voix des Autres », link
*Maison de l'Amérique latine
217, boulevard Saint-Germain PARIS VII ème

Métro : Ligne 12, Solférino / Rue du Bac
RER : Musée d'Orsay
BUS : 63, 68, 69, 73, 83, 84, 94
RER Ligne C : Musée d'Orsay et Aérogare Invalides
Parking : Rue Montalembert et Quai Anatole France
Téléchargez le plan d'accès pour impression : link 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 19 Septembre 2012



Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
 Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs : Nous cultivons l'espoir.
***
Un pays qui s'apprête à l'aube.
Nous devenons moins intelligents car nous épions l'heure de la victoire :
Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.
Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière dans l'obscurité des caves.
***
Ici, nul " moi ".
Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.
***
Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre.
Libre je suis tout près de ma liberté.
Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie, je naîtrai libre, sans parents,et je choisirai pour mon nom des lettres d'azur.
***
Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez, buvez avec nous le café arabe.
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous.
Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons, sortez de nos matins,
Nous serons rassurés d'être des hommes comme vous !
***
Quand disparaissent les avions, s'envolent les colombes blanches blanches,
elles lavent la joue du ciel avec des ailes libres,
elles reprennent l'éclat et la possession de l'éther et du jeu.
Plus haut, plus haut s'envolent les colombes, blanches blanches.
Ah si le ciel était réel [m'a dit un homme passant entre deux bombes]
***
Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant le ciel de l'affaissement.
Derrière la haie de fer, des soldats pissent - sous la garde d'un char -
Et le jour automnal achève sa promenade d'or dans une rue aste telle une église après la messe dominicale.
***
[A un tueur]
Si tu avais contemplé le visage de la victime et réfléchi,
tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre à gaz,
tu te serais libéré de la raison du fusil
Et tu aurais changé d'avis :
ce n'est pas ainsi qu'on retrouve une identité.
***
Le siège est attente
Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.
***
Seuls, nous sommes seuls jusqu'à la lie,
s'il n'y avait les visites des arcs-en-ciel.
***
Nous avons des frères derrière cette étendue.
Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et
pleurent.
Puis ils se disent en secret :
" Ah ! si ce siège était déclaré. " Ils ne terminent pas leur phrase :
" Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. "
***
Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.
Et dix blessés.
Et vingt maisons.
Et cinquante oliviers.
S'y ajoute la faille structurelle qui atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.
***
Une femme a dit au nuage :
couvre mon bien-aimé, car mes vêtements sont trempés de son sang.
***
Si tu n'es pluie, mon amour
Sois arbre rassasié de fertilité,
sois arbre
Si tu n'es arbre mon amour
Sois pierre saturée d'humidité,
sois pierre
Si tu n'es pierre mon amour
Sois lune dans le songe de l'aimée,
sois lune
[Ainsi parla une femme à son fils lors de son enterrement]
***
Ô veilleurs ! N'êtes-vous pas lassés de guetter la lumière dans notre sel, et de l'incandescence de la rose dans notre blessure
N'êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?
***
Un peu de cet infini absolu bleu suffirait
à alléger le fardeau de ce temps-ci
Et à nettoyer la fange de ce lieu
***
A l'âme de descendre de sa monture et de marcher sur ses pieds de soie à mes côtés, main dans la main, tels deux amis de longue date, qui se partagent le pain ancien et le verre de vin antique
Que nous traversions ensemble cette route
Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :
Moi, au-delà de la nature, quant à elle,
elle choisira de s'accroupir sur un rocher élevé.
***
Sur mes décombres pousse verte l'ombre, et le loup somnole sur la peau de ma chèvre.
Il rêve comme moi, comme l'ange
que la vie est ici. non là-bas.
***
Dans l'état de siège, le temps devient espace pétrifié dans son éternité
Dans l'état de siège, l'espace devient temps qui a manqué son hier et son lendemain.
***
Le martyr m'encercle chaque fois que je vis un nouveau jour et m'interroge :
Où étais-tu ?
Ramène aux dictionnaires toutes les paroles que tu m'as offertes
et soulage les dormeurs du bourdonnement de l'écho.
***
Le martyr m'éclaire :
je n'ai pas cherché au-delà de l'étendue les vierges de l'immortalité
car j'aime la vie sur terre,
parmi les pins et les figuiers,
mais je ne peux y accéder,
aussi y ai-je visé avec l'ultime chose qui m'appartienne :
le sang dans le corps de l'azur.
***
Le martyr m'avertit :
Ne crois pas leurs youyous
Crois mon père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils, et m'as-tu précédé ?
Moi d'abord, moi le premier !
***
Le martyr m'encercle :
je n'ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J'ai posé une gazelle sur mon lit,
et un croissant lunaire sur mon doigt,
pour apaiser ma peine.
***
Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit
Pas, en toute liberté !
***
Résister signifie :
s'assurer de la santé du cour et des testicules, et de ton mal tenace :
Le mal de l'espoir.
***
Et dans ce qui reste de l'aube, je marche vers mon extérieur
Et dans ce qui reste de la nuit, j'entends le bruit des pas en mon intérieur.
***
Salut à qui partage avec moi l'attention à l'ivresse de la lumière,
la lumière du papillon, dans la noirceur de ce tunnel.
***
Salut à qui partage avec moi mon verre dans l'épaisseur d'une nuit débordant les deux places :
Salut à mon spectre.
***
Pour moi, mes amis apprêtent toujours une fête d'adieu,
une sépulture apaisante à l'ombre de chênes
une épitaphe en marbre du temps
et toujours je les devance lors des funérailles :
Qui est mort. qui ?
***
L'écriture, un chiot qui mord le néant
L'écriture blesse sans trace de sang.
***
Nos tasses de café.
Les oiseaux les arbres verts
A l'ombre bleue, le soleil gambade d'un mur à l'autre telle une gazelle
L'eau dans les nuages à la forme illimitée
dans ce qu'il nous reste du ciel.
Et d'autres choses aux souvenirs suspendus
Révèlent que ce matin est puissant, splendide,
Et que nous sommes les invités de l'éternité.



Mahmoud DARWICH - Etat de siège




 
 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 15 Septembre 2012

 

Voici un texte  d'André Laude (1936-1995) écrit vers 1990, que je trouve d'une actualité brulante de vérité !


POÉSIE URGENTE

 

 

Plus que jamais la poésie est urgente. Vitale comme le pain et le vin. Nécessaire comme la pluie et le soleil, les néons et les nuits polaires.

 A l’heure où s’effondre définitivement le rêve révolutionnaire nourri d’octobre 17, à l’heure où l’abjecte massification, l’uniformisation dans le pire médiocre s’accélèrent, à l’heure où en dépit de certaines apparences, la « liberté » de l’individu - fondement incontournable de toute civilisation- rétrécit, à l’heure où les politiques s’épuisent, où les tyranneaux prolifèrent, où les nationalismes, les intégrismes se réveillent, où la pauvreté enflamme les têtes autant que les slogans stupides et simplistes, la poésie est, d’abord et avant tout, une « arme miraculeuse » (Aimé Césaire) pour la Résistance. Totale. Irrécupérable. Sur tous les fronts.

 Résistance contre ce qui endeuille l’être, souille, mutile, brise, l’élan de l’individu vers le « Champ des possibles », l’immense continent de la Vie encore inconnu, qui attend son Christophe Colomb. La poésie ne relève pas des dogmes établis. Elle est cet outil pour l’homme qui lui permet de prendre la mesure de sa non-finitude, de sa majesté et de son mystère émouvant et inépuisable. Elle est le vent qui le pousse dans le dos dans sa marche à l’étoile, l’éclair qui l’arrache à l’humus pour le projeter à hauteur d’astres de plomb et de feu.

 Langages, étranges copulations de mots, bouleversements de syntaxes, volontés de dialogue, énoncés du monde sensible, fouillements des ténèbres, cris d’amour, d’humour surtout « noir », enracinements dans l’errance, la glèbe ou la « big city », explosions de désespoir qui s’ouvre curieusement sur quelque innommable espérance, la poésie est aussi, dans sa plus haute condensation, germination, acte.

 Acte qui implique que tout poète authentique, fut-il élégiaque et soumis aux subtils secrets métaphysiques, est un réfractaire, un vrai outlaw, Hölderlin, Rimbaud, Maïakovski même combat ! Poètes Solitaires. Poètes Solidaires. Jusqu’au revolver, la jambe pourrie, la raison « saccagée ».

 La poésie est ce dont l’homme - même s’il l’ignore ou feint de l’ignorer - a le plus besoin pour tracer au flanc du monde la cicatrice de sa dignité. La poésie : un vertige permanent entre la lune et le gibet.

 Sans Poésie – libre, follement libre – l’univers serait boule morte. La poésie aux lèvres rouges : la potion magique pour guérir, peut-être, l’angoisse électrique de l’inconnu qui écrivit une certaine heure de fièvre sur les murs de Mai 1968 : « Y a t-il une vie avant la mort ? »

 

 

Et une pensée pour Angye Gaona

 

"Les questions retentissent,

claquements dans les tympans officiels.

S’éveillent les noms harcelés,

les écartelés sans sépulture,

occultés sous la fange impunie.

Les noms se raniment dans les voix ;

les murs des prisons peuvent s’effondrer,

les trônes peuvent être pris,

les frontières se diluent,

si on invoque ces noms.

Aucune arme, aucun affront, rien,

ne devra répliquer à ces noms calcinants."

 

Angye Gaona

Extrait du poème Le volcan parle

Traduction française de Pedro Vianna

 


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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 4 Septembre 2012

 
 
Je suis né au Mississippi;
Je marchais pieds nus dans la boue.
Je suis né nègre au Mississippi,
je marchais pieds nus dans la boue.
Mais quand j'ai atteint l'âge de douze ans,
j'ai quitté cet endroit pour de bon.
Mon père coupait du coton
et buvait sa liqueur d'un trait.
Quand je suis parti ce Dimanche matin là,
il était penché sur le seuil de la basse-cour.
J'ai quitté ma mère debout
avec le soleil qui brillait dans ses yeux.
Je l'ai laissée debout dans la cour,
avec le soleil qui brillait dans ses yeux.
Et je suis parti vers le Nord,
aussi vite qu'un vol d'oie sauvage
J'ai été à Détroit & Chicago
J'ai été à New York, aussi;
J'ai déambulé sur toutes ces avenues puantes,
et je suis toujours le même bon vieux nègre, toujours
plein du même bon vieux blues.
Je m'en reviens au Mississippi
cette fois pour y rester pour de bon,
je serai libre au Mississippi,
ou mort dans la boue du Mississippi.
 
E. KNIGHT (1931 - 1991) -  Je suis né au Mississippi 
 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 3 Septembre 2012

Le Monde que Je t'Offre
 
 
 
Le monde que je t'offre, ma douce,
 
a la beauté d'un rêve assemblé.
 
 
 
Ici les hommes sont des croyants -
 
non en des dieux ou d'autres choses insensées -
 
mais en des vérités qui sont pures
 
et révolutionnaires,
 
si belles et si humaines
 
que les hommes acceptent
 
de périr
 
pour qu'elles vivent.
 
C'est cette croyance, ce sont ces vérités
 
que j'ai à t'offrir.
 
 
 
Ici la tendresse n'est pas conçue
 
dans les chambres à coucher.
 
C'est une tendresse, âpre, violente, amère
 
née de la dureté de la lutte,
 
née des longues marches,
 
née des jours d'attente.
 
C'est cette tendresse, dure et amère
 
que j'ai à t'offrir.
 
 
 
Ici nulle rose ne pousse.
 
Le poids des bottes a écrasé les fleurs
 
sur les chemins.
 
Ici croît le maïs, le cassava, les haricots
 
nés de l'effort des hommes
 
pour prévenir la faim.
 
C'est cette absence de roses,
 
cet effort, cette faim
 
que j'ai à t'offrir.
 
 
 
Ici les enfants ne grandissent pas,
 
leur sourire est éternel,
 
ils jouent avec le soleil, le vent,
 
avec la pluie et les sauterelles,
 
de vraies fusils
 
et des goupilles de grenades.
 
C'est ce sourire éternel d'enfant, ce soleil,
 
ces vrais fusils
 
(avec lequels moi aussi j'ai joué)
 
que j'ai à t'offrir.
 
 
 
Le monde dans lequel je me bats
 
a la beauté d'un rêve assemblé.
 
C'est ce combat, ma douce, ce rêve,
 
que j'ai à t'offrir.
 
 
 
Jorge Rebelo (1940- ), poète mozambicain
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 19 Août 2012

 
  
Ballade vers la liberté
 
Ils t’on bien modelé, toi qui te dit humain
Flanqué de ton travail et de quelques crédits
Implorant le billet, les avant bras griffés
Mais tu es sans remords,  te dis civilisé
Mirage d’une conscience, tu te crois érudit
Sans terre sous les ongles, écolo sans lendemain
Lavant l’eau à coup de normes et défiant l’océan
Orgueilleux qui simule l’indignation en bêlant
Tandis qu’un Big Speaker bien docile et soumis
 Répand le pesticide aux oreilles rendues aveugles
Transfusant les révoltes qui coulent dans tes veines
Drapant ton printemps d’un pyjama rayé.
 Ton chant n’a plus d’odeur, ni d’amour ni de paix
Ta plainte devient lascive, ignorante et haineuse
Ton regard amnésique de curiosité et d’envie
Condamne la différence et glorifie le clone
Jetant pierres aux roulottes, écorchant l’autre peau
Esclave d’un esthétisme qui galvaude la beauté
Ton climat est bien loin de tout réchauffement
Arraches toi les yeux pour peindre la vérité
Crèves toi les oreilles pour entendre raison
Mutiles toi les mains et effleures l’essentiel
Toi qui n’est plus humain, mais pas encore robot
 Alors dans tes yeux brillera de nouveau
L’ailleurs de cette étoile, boussole du vagabond
De cette galaxie molécule de vie
Dont la terre n’est qu’atome, et toi semblant d’infime
Tu retrouveras  alors en suivant ce sentier
La verdure d’une vallée aux indiens habitée
La pureté d’une onde aux enfants partagée
Oû la chèvre des montagnes symbiose le châtaignier
Oû la nature allaite l’être humain retrouvé
Chantonnant simplement un air de Liberté
  
  
  
Hobo lullaby
  
  
  
  
262259plateaudevalensole 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie