Publié le 2 Janvier 2013
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Publié le 2 Janvier 2013
"LA POÉSIE DOIT AVOIR POUR BUT LA VÉRITÉ PRATIQUE"
À mes amis exigeants
Si je vous dis que le soleil dans la forêt
Est comme un ventre qui se donne dans un lit
Vous me croyez vous approuvez tous mes désirs
Si je vous dis que le cristal d’un jour de pluie
Sonne toujours dans la paresse de l’amour
Vous me croyez vous allongez le temps d’aimer
Si je vous dis que sur les branches de mon lit
Fait son nid un oiseau qui ne dit jamais oui
Vous me croyez vous partagez mon inquiétude
Si je vous dis que dans le golfe d’une source
Tourne la clé d’un fleuve entr’ouvrant la verdure
Vous me croyez encore plus vous comprenez
Mais si je chante sans détours ma rue entière
Et mon pays entier comme une rue sans fin
Vous ne me croyez plus vous allez au désert
Car vous marchez sans but sans savoir que les hommes
Ont besoin d’être unis d’espérer de lutter
Pour expliquer le monde et pour le transformer
D’un seul pas de mon coeur je vous entraînerai
Je suis sans forces j’ai vécu je vis encore
Mais je m’étonne de parler pour vous ravir
Quand je voudrais vous libérer pour vous confondre
Aussi bien avec l’algue et le jonc de l’aurore
Qu’avec nos frères qui construisent leur lumière
Paul Eluard.
Publié le 29 Décembre 2012
Il y 122 ans jour pour jour, le 29 Décembre 1890 ...
Nature morte à Wounded Knee
Mokhtar El Amraoui - "Arpèges sur les ailes de mes ans"
Le site de Mokhtar El Amraoui ; http://mokhtarives.blogspot.fr/
Publié le 27 Décembre 2012
Propos du vieux du Restelo à l’astronaute
Ici sur la terre la faim continue
La misère, le deuil et encore la faim.
On allume des cigarettes aux flammes du napalm
Et on dit amour sans trop savoir ce que c’est.
Nous avons fait de toi une démonstration de richesse
Ou peut-être de pauvreté, et puis encore de faim
Et nous avons trouvé en toi réponse à je ne sais quel désir
De plus élevé que nous, de meilleur, de plus pur.
Dans le journal, de nos yeux tendus nous lisons
Des merveilles d’espace et de vertige.
D’océans salés qui entourent
Des îles mortes où dit-on il ne pleut pas.
Mais la terre, astronaute, est une bonne table
(Et les bombes au napalm sont des gadgets)
Où en jouant, seule mange la faim
Seule la faim, astronaute, seule la faim.
José Saramago (1922-2010) – Les Poèmes possibles (1966)
Publié le 26 Décembre 2012
Publié le 19 Décembre 2012
Je serai le porte-parole
De vos vérités assassinées
Derrière les barreaux du mensonge
Portant comme une croix
Le drapeau déchiré
De vos causes perdues
Et je vous rejoindrai partout
Dans vos lits de défaite
Vos grabats de misère
Vos matelas violés
Par la sueur des hommes…
Dites-moi le nom de vos exils
La couleur de vos peines
Les murs de ces prisons
Où l’on supplicie l’âme
Dites-moi la noirceur
Des trottoirs
Où vous brisez vos rêves
Et ces doigts pointés sur vous
Comme des mitraillettes…
Dites-moi ce chemin miné
Sur la page de vos vies
Cette marge dessinée
Par l’incompréhension
Cette marge
Où vous tremblez vos coeurs
Jusqu’à la déchirure...
Dites-moi tout
Vos douleurs sont les miennes
Vos doutes me taraudent
On vous a volé le monde
Fantômes de la nuit
Qui souffrez sous ma plume
A saigner chaque page…
Dites-moi tout
Je serai votre messagère
Et j’écrirai sur le mur rougi
De vos illusions
Des mots arrachés au néant
Des mots à crucifier
Les consciences fermées
Il y en aura tant
Que vous les verrez flamber
Vos horizons
Tels des étoiles
Incandescentes
Constellant vos regards…
Adriana EVANGELIZT
Source : http://r-sistons.over-blog.com/

Publié le 11 Décembre 2012
Publié le 8 Décembre 2012
LA MAIN COUPEE
Une main
une main toute seule
une main pour le pain
une main pour l’amour
une main pour le jour qui se lève
et pour l’oiseau qui chante
une main pour cueillir la noisette
et l’offrir à l’enfant
une main pour saisir solidement l’outil
et pour saisir le sein
et pour saisir la vie
une main pour le feu et l’eau et le soleil
une main et ses doigts où le sang coule rouge
au travers de la lampe
une main d’homme
avec tout ce miracle de gestes et de signes
qu’elle contenait pour toute une existence
une main
et ses ongles carrés comme l’était le front
et ses muscles ses veines
et son duvet soyeux pour la joue de la femme
sa force quand soudain elle devenait poing
et laissait éclater la colère de l’homme
une main rien qu’une main
vivante c’était hier
Aujourd’hui
ce n’est plus qu’un débris rejeté par le sable
une épave entre cent
ses os nus font plus mal à l’âme qu’un long cri
Tout autour de la main il y a la clairière
et ces hommes et ces femmes qui pleurent sans bouger
leurs mains à eux vivantes
autour de la clairière il est un paysage
et le monde s’étend tout autour de la main
le monde sans chaleur sans foi et sans amour
un monde où pousseront tout à l’heure de terre
des millions infinis d’autres mains d’autres morts
(Mauthausen)
Arthur Haulot

Publié le 1 Décembre 2012
La réponse ici
Publié le 26 Novembre 2012
Le temps d'une cigarette
De Villefranche à Anse, la plus belle lieue de France
Ce dicton n’a pas été écrit en Novembre
Je pose mon chalumeau et m’accorde une cigarette
Je contemple la Saône du haut de ma toiture
La brume a envahie la vallée
L’aube ne laisse apparaitre que des ombres
Et ce soleil qui ne veut pas percer …
Je pense à toi Angye et à ta Colombie
Ici les médias taisent les nouvelles de chez toi
Seuls quelques rares amoureux de la vérité renvoient un faible signal
Cela fait presque un an que tu vis dans l’attente
Avec ces vingt ans en épée de Damoclès
Le vent balaie le givre et me glace les doigts
Je tire une bouffée
Et ce soleil qui ne veut pas percer …
L’actualité poursuit sa course t’oubliant dans les camps de roms
Négligeant ta cause et piétinant la Liberté
Seras-tu demain à Gaza lorsque Noël oubliera les enfants de Palestine ?
Je recrache la fumée en scrutant le ciel
Et ce soleil qui ne veut pas percer …
Ici on nous drogue à l’égoïsme, mais ce trafic est légal
Je t’imagine réfugiée dans les mots des poètes
Avec cette chaine qui t’empêche de te battre
Ta fille à tes cotés, rassurée par ton sourire de mère
Ma cigarette est presque finie
J’ai envie d’en fumer une autre, de soulager mon dos
Et ce soleil qui ne veut pas percer …
J’espère simplement qu’il est parti chez toi
Dissiper les brumes de Medellin
S’il n’a pas percé à midi, c’est foutu pour aujourd’hui
Je reviendrai demain pour me geler les os
Quand ton volcan me parle je perce le brouillard
Hobo-lullaby
