Publié le 15 Avril 2012

 
 
Voyage
 
Nous voyageons.
Nous n’avons d’autres buts que notre cœur.
Ne demandez pas pourquoi.
Demandez : qu’adviendrait-il si la lumière se figeait ?
Pour atteindre ce cœur, il nous faut franchir sept montagnes et sept mers.
Ne demandez pas pourquoi.
Demandez : qu’adviendrait-il
si le vent perdait son chemin ?
Nous voyageons,
Car celui qui voyage espère
rencontrer Dieu en route.
Ne demandez pas pourquoi.
Demandez : qu’adviendrait-il
si Dieu n’existait pas ?
 
Rajko Djurić, extrait de Malheur à celui qui survivra au récit de notre mort.
 
 

 

 

Quand je suis seul dans la campagne

et que mon pas est lourd,

j’aimerais qu’un oiseau

se pose sur mon épaule.

Mais rien ne vient:

je reste seul avec ma peine.

 

(Alexandre Romanès)

 

 

violon-chagall.jpg

 

Le ciel, donner et Dieu,

dans la langue tzigane,

c’est le même mot.

 

(Alexandre Romanès)

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 15 Avril 2012

 
 
 
Né en 1944 dans une ferme à Birmingham en Alabama, Adolphus Bell, est un pur représentant du blues rural.
Il a commencé à jouer de la guitare en 1963 à Pitsburgh parrainé par George Benson. Très tôt il est remarqué et part faire une tournée en Angleterre.
Il s’est engagé auprès de Martin Luther King Jr., à la grande époque de la lutte pacifique pour les droits civiques. Un moment, il a quitté son Alabama natal pour le Nord, avant d’y retourner, à la mort de sa mère, qui l’avait encouragé à poursuivre sa passion musicale seul quand les autres musiciens de son groupe flanchaient dans leur motivation. Huit heures de pratique quotidienne pendant des mois lui ont permis d’être un orchestre à lui tout seul.
 
 
 
Il appelle sa vieille Gibson "Pawn Shop" (Mont de Piété), car elle y fut déposée 5 fois quand les temps furent difficiles...
 
 
 
 
Membre de la Music Maker Relief Foundation : http://french.musicmaker.org/index.php
 

« Le blues ne mourra jamais tant qu'il y aura des gens qui ont faim, qui n'ont pas de toit... ».  Adolphus Bell

 


 

 
 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique

Publié le 6 Avril 2012

 
 
Soirée magique à la Verrière des Cordeliers ( Sainte Colombe - 69 ) le 17 Mars 2012
 
Terry Harmonica BEAN accompagné par  Mike Greene ( Medicine man )
 
Compte rendu ...
 

 

 


 

 
 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique

Publié le 5 Avril 2012

 Je relaie ici un article et un appel lu sur : "Info en Français sur le mouvement des travailleurs sans terre du Brésil" :

 

 

De Carajas à Pernambuco, contre l’impunité des assassins de travailleurs sans terre au Brésil. Appel aux amis du monde entier.

5 avril 2012, 2:00
Filed under: Lutte, Appel à mobilisation, Solidarité internationale, Histoire, Occupation de grandes propriétés et mise en production, répression de l´Etat, Entraves judiciaires et politiques

Cher(e)S ami(e)s

Le 17 avril 2012 nous réaliserons diverses actions pour protester contre 16 ans d’injustices et contre l’impunité persistante des responsables du massacre de Carajas, au cours duquel 19 compagnons de lutte ont été assassinés.

mst1A la suite d’un recours des coupables condamnés lors du premier jugement, le procès dort dans les tiroirs du tribunal Suprême fédéral. Les policiers sont toujours en liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Pour appuyer cette mobilisation nous vous proposons de réaliser une action de solidarité dans vos pays, auprès de l’ambassade du Brésil, et d’envoyer des messages :

- au Président du Tribunal Suprême Fédéral, le Ministre Carlos Pelusso.carlak@stf.gov.br

- au Secrétaire spécial des Droits de l’Homme du gouvernement fédéral, la Ministre Maria do Rosario, Brasilia.c/o pedro.pontual@sdh.gov.br

- et aux familles des travailleurs vivant actuellement dans l’unité de production “ASENTAMENTO 17 DE ABRIL, municipalité d’Eldorado dos carajas. État de Pará; c/o Ayala Ferreira. ayalaferreira@hotmail.com  

 

Un fraternel abrazo à toutes et à tous

pour le secrétariat national,

Joao Paulo Rodrigues

Janaina Strnozake

Joao Pedro Stedile

 mst2.jpg

Rappel : Le massacre d’Eldorado dos Carajas

Le 17 avril 1996, à environ 15 heures, la police militaire a débarqué dans un campement de 1.500 travailleurs sans terre au lieu dit de la “Courbe en S» entre Eldorado dos Carajas et Maraba. Sous le commandement du major José Maria de Oliveira, commandant du CIPM 10/1 CIPOMA, deux bus et un camion en provenance de la ville de Parauapebas, avec à bord 68 hommes armés de deux carabines, quatre mitrailleuses, cinquante fusils et de revolvers.

Dans l’autre sens de la route sont arrivés trois autobus de plus. Sous le commandement du colonel Mario Pantoja Colares, commandant du bataillon de police militaire, ont débarqué 200 hommes équipés de mitrailleuses et de revolvers. Aucun des policiers ne portait d’identification appropriée. Ils avaient retiré et laissé dans la caserne la bande de tissu brodé qui les identifie.
Le bataillon de Maraba, commandé par le colonel Pantoja, a fait irruption en lançant des gaz lacrymogènes. Initialement, les travailleurs ont résisté avec des bâtons et des jets de pierres. En entendant les premiers coups de feu, ils ont tenté de s’échapper et de se protéger. Le massacre a duré environ une heure. Dix-neuf travailleurs ont été tués et 69 autres ont été blessés.

Les travailleurs assassinés sont Altamiro Ricardo da Silva (42 ans), Antonio Costa Dias (27 ans), Raimundo Lopes Pereira (20 ans), Leonardo Batista de Almeida (46 ans), José Ribamar de Souza (22 ans), Oziel Alvez Pereira (17 ans), Manoel Alvez de Souza (49 ans) Lourival da Costa Santana (26 ans), Antonio Alves da Cruz (59 ans), Abílio Alves Rabelo (57 años), João Carneiro da Silva, Antonio “Irmão”, José Alves da Silva (65 ans), Robson Vitor Sobrino (25 ans), Amâncio dos Santos Silva (42 ans), Valdemir Ferreira da Silva, Joaquin Pereira Veras (32 ans) et João Rodrigues Araujo.

Deux des blessés sont morts peu après : Francisco Divino da Silva et João Batista Penha.

Avril 2012. Les assassinats de Sans Terre continuent au Brésil.

 mst3.jpg

Ces derniers jours quatres travailleurs sans terre ont été assassinés au Brésil.

Le 23 mars dernier, Antônio Tiningo a été assassiné dans une embuscade alors qu’il se dirigeait vers le campement de l’hacienda Açucena, municipalité de Jataúba, dans une zone rurale de l’Éat de Pernambuco.

Tiningo était un des coordinateurs du campement installé sur le grand domaine de l’hacienda Ramada, occupé il y a plus de trois ans. A la fin de 2011, bien que mise en production par les Travailleurs Sans Terre, cette hacienda a été rachetée par un entrepreneur du secteur de la confection et de la spéculation immobilière, connu comme Brecha Maia. Après l’achat des terres, ce grand propriétaire – qui possède d’autres haciendas dans la région – a expulsé illégalement des familles sans aucun mandat de justice ni présence de la police.

Les familles paysannes ont réoccupé la terre en février 2012 et depuis lors le propriétaire a menacé de les expulser par la force, menaçant personnellement plusieurs leaders régionaux dont Antonio Tiningo.

La semaine passée, Brecha Maia avait déclaré qu’il procèderait de gré ou de force à l’expulsion des familles et que cela se ferait le vendredi 23 au plus tard, jour de l’assassinat de Tinigo.

L’assassinat d’Antonio Tiningo est une conséquence de plus de l’inaction de l’État face à la violence et à l’impunité qui règnent dans l’état de Pernambuco. Vu que dans cette région les pouvoirs publics entretiennent des liens étroits avec les grands propriétaires terriens, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST, www.mst.org.br) exige que soit nommé un délégué spécial pour traiter rapidement cette affaire.

La direction du MST a également exigé la présence de l’Ombusdman Agraire National, Dr. Gercino Filho, pour qu’il visite la région afin de dialoguer et de trouver des solutions aux fréquents conflits agraires dans cette zone.

mst4.jpg

Rassemblement du 2 avril 2012 en mémoire de João Pedro Teixeira, leader paysan assassiné par des hommes de main du grand propriétaire terrien, le 2 avril 1982, sur l'autoroute de Café do Vento, Sapé.

mst5.jpg

Elizabeth Teixeira, veuve du leader paysan assassiné : “bien que je porte le poids de mes presque 90 ans je lutterai toujours pour la réforme agraire au Brésil, qui n'a pas encore été réalisée"

Traduction : Thierry Deronne

Pour soutenir concrètement le MST dans sa lutte, on peut écrire à Salete Carollo, prointer@mst.org.br

Pour une information continue en français sur les activités du MST : http://mouvementsansterre.wordpress.com/

 

 

 

 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #Liberté

Publié le 1 Avril 2012

 
Dr Pickup and the blues Makers
 
Le Blues qui guerrit ... 
 
 
 
 
 
DrpJackieBouladoux-lazile-20212-VP22.jpg
 
< Plus je voyage et rencontre des gens et plus je
comprends que nous vivons tous sur une petite
planète avec des aspirations emplies d’espoirs,
parfois d’angoisses similaires. La musique est un
langage universel. De pouvoir s’y exprimer est déjà
une chance mais de pouvoir y noter deux ou trois
petites idées est un privilège>
Bruce Stringkiller AKA Dr Pickup
 
 

 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique

Publié le 31 Mars 2012

 
 
 
 
 
Circuits courts
 
En Grèce, le mouvement des pommes de terre fait baisser les prix
 
Par Nolwenn Weiler (30 mars 2012)
 
 
 
 
25 centimes d’euros le kilo en vente directe, contre 70 centimes au supermarché : ce sont les nouveaux tarifs des pommes de terre en Grèce, où les habitants, étranglés par les mesures drastiques imposées par les financiers, apprennent la débrouille et la solidarité. Les agriculteurs sont ainsi de plus en plus nombreux s’engager dans ces circuits courts. Précisons qu’ils y gagnent aussi. Puisqu’aux dires des initiateurs de ce « mouvement des pommes de terre », ils les vendaient auparavant aux intermédiaires seulement 10 à 15 centimes d’euros le kilo !
 
Les populations s’organisent désormais pour procéder à des achats groupés de fruits, légumes, huile d’olive, riz et farine. Et court-circuitent ainsi les intermédiaires, habitués à empocher de fortes marges. Selon certaines associations de défense des consommateurs, les prix à Athènes en 2009 étaient jusqu’à 30% plus chers qu’à Berlin, dans une même enseigne de supermarché ! Depuis que les ventes directes se multiplient, les prix des pommes de terre en grande surface ont baissé de moitié... Comme quoi, quand cela s’impose, les profiteurs sont prêts à rogner leurs marge.
 
 
 
Faut il vraiment attendre une crise économique et une baisse des salaires comme en Grèce pour réagir ?
N'aurions nous pas pu y penser plus tôt ? 
 
 
 
Bin oui, c'est pas nouveau !

Voir les commentaires

Publié le 30 Mars 2012

Kings River Canyon
 
Ma douleur est aussi large
Qu’un fleuve sans rives;
Elle est aussi profonde
Qu’un abîme sans fin.
La lune sombre, trouant la brume,
Comme si un voile léger, chaud, moite
Remplissait Kings River Canyon.
Saturne luisant perce tel un oeil d’or
Humide le rideau de lumière; à côté,
Antarès rougeoie faiblement
Sans scintiller; tout en haut,
Le rocher brille légèrement sous la lune:
Lookout Point où, étendus
Sous la pleine lune déjà, nous avions
Plongé nos regards dans ce canyon.
Par un doux octobre, nous avions établi
Le camp près des étangs d’automne immobiles.
Je t’avais préparé un gâteau d’anniversaire.
Là, tu peignis tes plus beaux tableaux —
Des paysages innocents, étonnés,
Dont il reste très peu d’exemplaires.
Tu les détruisis durant
Les crises atroces
De ta longue maladie. Dix-huit ans
Ont coulé depuis cet automne.
Aucun chemin d’accès n’existait alors.
Quelques personnes seulement
Connaissaient l’entrée du défilé.
Nous étions parfaitement seuls, à trente
Kilomètres à la ronde;
Jeunes mari et femme
Abrités et enveloppés
Dans la sérénité de l’automne,
Dans le bruit du fleuve furtif,
Dans le tournoiement des feuilles,
Dans le mouvement heurté d’un vol
De chauve-souris surgies des grottes,
Au ras des étangs parfumés
Où les grandes truites somnolaient chaque soir.
 
Dix-huit années broyées
Sous les roues de la vie.
Tu es morte. On a fait percer
Par mille bagnards l’autoroute
Qui coupe Horseshoe Bend. La jeunesse
Qui ne revient pas s’est enfuie. Mes tempes
Grisonnent et ma silhouette
S’est empâtée. Je chemine aussi vers la mort.
Je pense à Henry King, à Exequy,
Son poème ampoulé mais lourd de désespoir;
Je pense à la grande lamentation
De Yüan Chen, d’une insoutenable compassion;
Et, solitaire au bord du fleuve printanier,
Plus seul que jamais je n’aurais
Imaginé être un jour,
Je songe à Frieda Lawrence,
Assise seule au Nouveau-Mexique,
Dans la sécheresse sans fin, écoutant
Le sifflement des eaux laiteuses de l’Isar
Sur les cailloux, au coeur d’un printemps perdu.
 
  Kenneth Rexroth   [1947]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 28 Mars 2012

 
 
 
L’âme errante
...
Gloire à celui qui sous le feu de l’existence
Donna sens à la vie et à ses plaisirs sains
Loin de la brume froide, témoin de ses carences
De ses pseudo-pouvoirs, un seul n’en fût le sien
 
Par delà les frontières et leurs sols en souffrance
Où d’autr’âmes s’entachent d’innombrables venins
De cette fourmilière règne son espérance
Si l’ombre d’un soleil le pique un beau matin
 
De ces matins fertiles, la vie donna la chance
À ce cher inconnu, ignorant son destin
Gloire à la poésie et gloire à l’innocence
De ce cri, l’âme errante en trouva le chemin…
 
Isaac Lerutan, 2010
Source :  http://lerutan.wordpress.com/  
 
 
 
 
 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 27 Mars 2012

 
 
 
Rhino jazz festival de Saint Chamond 2011
Soirée Blues
Un père et sa fille nous emmènent en voyage dans cette musique ...
 
 

Voir les commentaires

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique

Publié le 25 Mars 2012

 

Il m'a semblé interresssant de mettre en parallèle des extraits de 1984 de Georges Orwell, et un passage de la socièté des vagabonds de Harry Martinson, tant on y trouve, dans des styles et des approches différentes, une analyse identique de notre socièté. Il est aussi troublant de constater que les auteurs ont eu un parcours similaire faits de boulots de trimardeurs, de vagabondages et de prise de conscience politique. De plus, ces deux oeuvres ont été écrites à la même époque ( 1948 et 1949 )

 

 

 

Dans cet extrait de la Socièté des vagabonds, Martinson s'interroge au travers de son héros Sandemar sur la vraisemblance de notre socièté. Cette socièté que les "cruels officiels" deshumanisent par le langage, d'une part, et par une négation, un éloignement de la réalité et de l'objectivité à l'état naturel, d'autre part. Le mythe de Cassandre ( Elle reçut d'Apollon le don de prédire l'avenir, mais elle se refusa à lui, et le dieu décréta que personne ne croirait à ses prédictions) prend alors tout son sens.  Quiconque tentant de sortir de ce piège, n'est plus crédible.

 

"Un des nombreux et étranges raisonnements de Sandemar portait sur le vraisemblable. La vraisemblance est toujours quelque chose de systématique, disait-il. C’est toujours un art ou un système. C’est une formule, mais ce n’est pas la vérité. La vérité sur tout ce qui existe embrasse toujours la totalité. C’est la nature entière. Et seule la nature entière est vraie. Le reste, ce ne sont que des consolations que l’homme se confectionne. Et quand il ne convertit pas les autres à son choix, il les persécute, devient chasseur d’hommes, chevalier d’intolérance, fanatique.

 

Et Sandemar parlait d’une espèce d’hommes qu’il qualifiait de "cruels officiels". Il désignait par là ceux qui avaient choisi une vraisemblance glaciale, au-delà des nerfs et du coeur, et qui, par conséquent, demeuraient consciemment aveugles devant la nature dans sa totalité, s’appuyant sur un choix de formule qui rendaient les hommes aveugles et sourdes aux souffrances de millions d’autres.

 

L’homme de la vraisemblance officielle dissimule la souffrance du monde comme dans un bloc de glace, en lui donnant des noms aussi neutres et insignifiants que possible et en employant des mots de papier à caractère officiel qui ne saignent ni ne tremblent.

C’est la forme fallacieuse et diabolique de la circonspection, la forme glacée et insensible de la maîtrise de soi.

 

Et Sandemar donnait quelques exemples pour expliquer ce qu’il entendait en parlant de glace et de mots de papier.

Le mot représailles n’est pas plus affreux à entendre que celui de réparation. Odieux est très proche d’adieu, conflit de confit. Délinquant est le nom qu’on donne à celui qui est pendu, guillotiné ou condamné au supplice de la "pousse de bambou", de "l’encens" ou des "mille coupure" qui entament d’abord la musculature incroyablement (invraisemblablement !) sensible des épaules : le deltoïde.

Ce sont des cruautés incroyables et par conséquent invraisemblables qui provoquent chez la victime ou le délinquant une douleur incroyable ou invraisemblable. Mais le mot délinquant ne diffère pas beaucoup de délicat.

L’imagination des personnes auxquelles on s’adresse avec de tels mots n’est pas mise en branle. Elle ne s’éveille même pas. Elle reste sensée, insensible, proprette et froide.

 

La majorité des gens savent conserver et protéger la vraisemblance pour laquelle ils ont opté. Rien ne peut nous troubler. Nous refusons de croire cela !

 

C’est pourquoi l’histoire de Cassandre est la plus cruelle et la plus véridique de toutes. Car elle met en jeu ce qui est le plus normalement vraisemblable : on ne veut pas croire Cassandre.

 

Il en va de même quand il s’agit de nous, les vagabonds, disait Sandemar. Qu’y a-t-il de vraisemblable dans la vie du vagabond poussé par son instinct d’errance, de jour en jour et d’année en année, ou dans les ménages malheureux jusqu’à l’irréalité quotidienne, ou dans la participation exaltée des solitaires aux souffrances lointaines, ou dans la vie à bord de navires étonnants, ou dans les abattoirs d’une irréalité féroce dans lesquels les couteaux routiniers fonctionnent du matin au soir, ou derrière les guichets d’information de l’immense salle de rédaction d’un journal où seul l’habitué peut trouver réelle la réalité - celle-ci étant invraisemblable pour tous les autres - ou dans le travail du médecin, du garde-malade ou de l’infirmière d’un service d’agités, ou dans le monde irréels des laboratoires spécialisés où les appareils compliqués n’ont un nom et une fonction sur lesquels la pensée puisse se fixer que pour quelques rares initiés ?

 

Bref : le monde est un archipel infini d’invraisemblances. Et il faut une lutte et un malaxage inouïs des mots pour que l’homme indifférent à tout, ancré dans son arrogance par sa fallacieuse véracité froide et insensible, puisse prendre confiance. C’est pourquoi il faut toujours se garder des mots glacés, couchés sur le papier, récités par ceux qui se sont emparés des trônes de vraisemblances officielles. Se garder de ceux qui falsifient l’objectivité omniprésente de la nature.

 

Sandemar aimait l’invraisemblable, c’est-à-dire la réalité telle qu’elle se présente le plus souvent, hors du monde où s’agitent les professionnels de la vraisemblance. Il préférait la division dans le vrai à l’union mensongère autour des symboles chargés de tout exprimer - l’amour, la souffrance, qui n’expriment en réalité que le mensonge sur soi-même, la fausse vérité.

 

C’est pour cela que Sandemar faisait le tour du monde à pied."

 

Pages 83-85, in La Société des vagabonds, chez Agones, 2004. La première édition suédoise est de 1948. source http://www.naturalwriters.org/

 

 

 

Dans 1984, Owell décrit avec une minutie terrorisante le mécanisme qui aboutit à la soumission.

 

La hierarchisation

 

« Dans un monde dans lequel le nombre d'heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivrait dans une maison munie d'une salle de bains et d'un réfrigérateur, posséderait une automobile ou même un aéroplane, la plus évidente, et peut-être la plus importante forme d'inégalité aurait déjà disparu. Devenue générale, la richesse ne confèrerait plus aucune distinction. Il était possible, sans aucun doute, d'imaginer une société dans laquelle la richesse dans le sens de possessions personnelles et de luxe serait également distribuée, tandis que le savoir resterait entre les mains d'une petite caste privilégiée. Mais, dans la pratique, une telle société ne pourrait demeurer longtemps stable. Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d'êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s'instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s'apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n'a aucune raison d'être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n'était possible que sur la base de la pauvreté et de l'ignorance. » (p.270)

 

Le pouvoir

 

« Il est temps que vous ayez une idée de ce que signifie ce mot pouvoir. Vous devez premièrement réaliser que le pouvoir est collectif. L'individu n'a de pouvoir qu'autant qu'il cesse d'être individu. […] Le second point que vous devez comprendre est que le pouvoir est le pouvoir sur d'autres êtres humains. Sur les corps mais surtout sur les esprits. Le pouvoir sur la matière, sur la réalité extérieure, comme vous l'appelez, n'est pas important. Notre maîtrise de la matière est déjà absolue. » (p.372-373)

 

Le langage

 

« Vous croyez, n’est-ce pas, que notre travail principal est d’inventer des mots nouveaux ? Pas du tout ! Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. La onzième édition ne renfermera pas un seul mot qui puisse vieillir avant l’année 2050. (...) C’est une belle chose, la destruction des mots. Naturellement, c’est dans les verbes et les adjectifs qu’il y a le plus de déchets, mais il y a des centaines de noms dont on peut aussi se débarrasser. Pas seulement les synonymes, il y a aussi les antonymes. Après tout, quelle raison d’exister y a-t-il pour un mot qui n’est que le contraire d’un autre ? Les mots portent en eux-mêmes leur contraire. Prenez « bon », par exemple. Si vous avez un mot comme « bon » quelle nécessité y a-t-il à avoir un mot comme « mauvais » ? « Inbon » fera tout aussi bien, mieux même, parce qu’il est l’opposé exact de bon, ce que n’est pas l’autre mot. Et si l’on désire un mot plus fort que « bon », quel sens y a-t-il à avoir toute une chaîne de mots vagues et inutiles comme « excellent », « splendide » et tout le reste ? « Plusbon » englobe le sens de tous ces mots, et, si l’on veut un mot encore plus fort, il y a « doubleplusbon »  Naturellement, nous employons déjà ces formes, mais dans la version définitive du novlangue, il n’y aura plus rien d’autre. En résumé, la notion complète du bon et du mauvais sera couverte par six mots seulement, en réalité un seul mot. Voyez-vous, Winston, l’originalité de cela ? Naturellement, ajouta-t-il après coup, l’idée vient de Big Brother." (p. 80)

 

 L'ignorance

 

« Il existait toute une suite de départements spéciaux qui s'occupaient, pour les prolétaires, de littérature, de musique, de théâtre et, en général, de délassement. Là, on produisait des journaux stupides qui ne traitaient presque entièrement que de sport, de crime et d'astrologie, de petits romans à cinq francs, des films juteux de sexualité, des chansons sentimentales composées par des moyens entièrement mécaniques sur un genre de kaléidoscope spécial appelé versificateur » (p.67)

 

Et la soumission

 

« Aujourd'hui, il y avait de la peur, de la haine, de la souffrance, mais il n'y avait plus aucune dignité dans l'émotion. Il n'y avait aucune profondeur, aucune complexité dans les tristesses. » (p.49)

 

« L'idée lui vint que la vraie caractéristique de la vie moderne était, non pas sa cruauté, son insécurité, mais simplement son aspect nu, terne, soumis. » (p.109)

 

 

Sources : http://www.asso-chc.net/article.php3?id_article=158

                http://sur-la-rive.over-blog.com/article-5629619.html

 

Chomsky a écrit que « La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures. » De quoi regarder notre socièté avec un oeil plus que jamais critique.

Et clamer haut et fort qu'un "ailleurs" est non seulement possible mais nécéssaire !

Voir les commentaires