Publié le 6 Mars 2013
Freud voit dans le lapsus un symptôme important de l'émergence de désirs inconscients...
Donnez moi la vie que j'aime le long de ma route un ruisseau donnez moi le ciel joyeux et le chemin de traverse ...
Publié le 6 Mars 2013
Publié le 6 Mars 2013
Par (28 février 2013)
Au sud de l’Espagne, des ouvriers agricoles occupent une ferme de 400 hectares, menacée par la spéculation. Ils contestent une répartition féodale des terres, réservées aux grands propriétaires. Et développent une agriculture biologique et paysanne, qui nourrira bientôt des milliers de personnes. Reportage en Andalousie, dans la ferme de Somonte, devenu le symbole d’une lutte populaire contre les inégalités et pour la souveraineté alimentaire. « Land and freedom », version 2013.
« Quand nous sommes arrivés à Somonte pour occuper les terres, c’était un matin très tôt, au lever du soleil, se souvient Javier Ballestero, ouvrier agricole andalou. J’ai été surpris par le silence. Il n’y avait pas d’oiseaux sur ces terres ! Pas de vie ! Rien ! » C’était il y a presque un an, le 4 mars 2012. Cinq cents journaliers agricoles, des habitants des villages voisins et des citoyens solidaires venus de toute la région ont commencé à occuper la « finca » (ferme en espagnol) de Somonte. Le lendemain, la propriété, qui appartient au gouvernement autonome régional, devait être vendue aux enchères, très certainement à l’un des puissants propriétaires terriens de la zone, qui l’aurait achetée à un prix avantageux.
Le SOC-SAT [1], syndicat d’ouvriers agricoles qui a organisé l’occupation, est habitué aux luttes foncières. C’est lui qui a mené tous les combats historiques des journaliers andalous depuis les années 70. Mais les occupations de terre ne datent pas d’aujourd’hui. En 1936, elles s’étaient multipliées. Javier évoque la répression féroce qui s’en suivit lors de la victoire des franquistes. Un puissant propriétaire terrien fit exécuter 350 journaliers à Palma del Rio, le village voisin de Somonte. La plupart des terres qui jouxtent la « finca » appartiennent aux descendants de cet homme.
« La terre est à vous. Reprenez-la ! »
En ce matin hivernal, une trentaine de personnes se pressent autour d’un brasero, installé devant la petite cuisine de la « finca ». Deux hommes réparent un vieux tracteur Fiat sur lequel est fiché un drapeau andalou portant le sigle SOC-SAT. Quand le tracteur finit par démarrer, des responsables du lieu répartissent les tâches entre les occupants et les visiteurs solidaires, selon les décisions prises la veille au soir en assemblée générale. Un groupe ira désherber le champ d’oignons dont les plants viennent d’être mis en terre. Un autre ramassera les piments, les Piquillo, la variété locale, rouge sang, qui seront ensuite mis à sécher en grappes. Le troisième groupe préparera le repas collectif de la mi-journée.
Une dizaine de militants portugais d’extrême gauche, en visite, et quelques militants français et espagnols, de passage ou séjournant à Somonte, se dirigent vers le hangar où est entreposé le matériel agricole. Peint sur le bâtiment, un slogan rappelle les enjeux de l’occupation : « Andalous, n’émigrez pas. Combattez ! La terre est à vous. Reprenez là ! » Au passage, les travailleurs matinaux croisent une patrouille de la Guardia civil, qui vient relever, comme tous les jours, les numéros des plaques d’immatriculation des voitures stationnées sur le parking de la ferme. A voix basse, les moqueries fusent. Les guardias demeurent indifférents. Ils ne descendent jamais de leur véhicule. Ils notent et repartent.
Développer une agriculture biologique paysanne
Près du hangar, sous les regards complices de Malcolm-X, Zapata et Geronimo, immortalisés par un artiste sur un mur, Javier et son collègue Pepe distribuent sarcles et bêches, puis accompagnent les militants jusqu’au champ d’oignons. Les allées sont interminables. Briefés par les deux hommes, les militants se courbent et s’accroupissent. Les herbes résistent, déchirent les doigts. Une main arrache par inadvertance un plant d’oignon. Un pied en écrase un autre. Difficile de s’improviser paysan. Ceux qui ont l’habitude avancent en ligne. Les autres tentent de s’appliquer, s’assoient, redressent leur dos... Les conversations vont bon train. Les chants révolutionnaires s’élèvent, repris en chœur.
Peu à peu, la brume se lève. Apparait en contre-bas la plaine du fleuve Guadalquivir, qui s’étend à perte de vue dans cette partie de la province de Cordoue. Une terre rase, ondulante, sans un arbre, sans une haie. Cette même terre épuisée, sur laquelle poussera en été, sous la chaleur ardente, blés ou tournesols. Les journaliers qui occupent les quatre cents hectares de Somonte ont décidé d’abandonner ces pratiques agricoles intensives. « Depuis que nous sommes ici, les oiseaux sont revenus et la vie aussi, confie Javier. L’homme appartient à la terre. Nous devons la respecter et veiller sur elle. C’est pour cela que nous allons faire ici de l’agriculture biologique paysanne. » Pour développer une agriculture en rupture avec le modèle dominant, les journaliers andalous font appel à leur sensibilité et à leur mémoire, ravivée par leurs parents ou leurs grands-parents.
Contre une répartition « féodale » des terres
Comme la plupart des 25 occupants permanents de la finca, Lola Alvarez se définit comme « journalière agricole, depuis toujours », et fière de l’être. Elle rappelle que les premiers pieds de tomates plantés dans le jardin de Somonte proviennent de semences très anciennes apportées par son père de 84 ans. « Dès que nous avons occupé Somonte, beaucoup de personnes âgées sont venues nous apporter des semences de piments, d’oignons, de laitues... Toutes les semences traditionnelles qu’elles avaient héritées de leurs parents et qu’elle avaient conservées et protégées précieusement année après année. » Les occupants ont aussi reçu des graines du réseau andalou Semences et de la coopérative française Longo Maï. Somonte sera libre de semences transgéniques et de pesticides. « Nous sommes fatigués de voir ceux qui spéculent avec la terre spéculer aussi avec les produits chimiques, avec les semences et avec l’eau. Il va être difficile de mettre les 400 hectares en agriculture biologique mais nous allons le faire », explique simplement Lola.
Les occupants ont aussi décidé d’en finir avec l’injuste et scandaleuse répartition féodale des terres en Espagne qui fait que la duchesse d’Alba possède encore 30 000 hectares de terres et le duc del Infantado, 17 000. Plus de 60 % des terres les plus riches du pays sont entre les mains d’une poignée de puissantes familles, qui spéculent avec elles et perçoivent la majorité des aides agricoles [2]. « La terre n’appartient à personne. Elle n’est pas une marchandise, s’insurge Lola. Elle doit être entre les mains de celles et de ceux qui la travaillent. Nous l’occupons pour nourrir nos familles et vivre dignement. »
Javier Ballestero, né dans une famille paysanne anarchiste, se réclame encore de cette tradition. « Les moyens de production doivent être au service du peuple. Pour cultiver sainement, nous n’avons pas besoin d’un patron qui nous exploite et nous vole. Nous voulons décider nous-mêmes de notre avenir. » Dans les années 80, pour initier une réforme agraire, le gouvernement autonome andalou (dirigé par le Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE) avait acheté plusieurs dizaines de milliers d’hectares aux grands propriétaires terriens. Il les avait grassement payés, pour qu’il n’y ait pas trop de mécontents. Mais n’avait pas redistribué les terres. L’objectif étant surtout de désamorcer un vaste mouvement d’occupations de terres organisé par le SOC qui réclamait alors des expropriations sans indemnisation.
Droit d’usage
Une partie de ces terres sont alors louées à des coopératives de petits paysans. Mais la grande majorité d’entre elles demeurent sous la responsabilité de l’Institut andalou de la Réforme agraire (IARA), et sont consacrées soit à des cultures intensives, soit à de vagues projets destinés à la recherche, pourvoyeurs d’importantes subventions européennes. Quelques hectares de la finca Somonte servaient ainsi de champs d’expérimentation à des cultures destinées à la production d’agro-carburants. Aujourd’hui, les socialistes dirigent toujours le gouvernement autonome. Comme les caisses sont vides, 22 000 hectares de terres appartenant à l’IARA ont été mis en vente aux enchères en 2011. Plus de la moitié ont été vendus.
« Le SOC a mené des occupations très dures dans les années 80. Elles ont notamment abouti à la création de la coopérative El Humoso, dans le village de Marinaleda, sur 1 200 hectares expropriés à la duchesse d’Alba », commente Lola Alvarez. « Depuis des années, nous ne menions plus que des occupations symboliques pour tenter d’infléchir la politique du gouvernement. Mais quand nous avons vu que les terres gérées par le gouvernement andalou allaient revenir entre les mains des spéculateurs, nous avons décidé de reprendre les occupations effectives. » Depuis l’occupation, la vente des terres a été suspendue. Mais les occupants ne souhaitent pas devenir propriétaires de Somonte. Il réclament un simple droit d’usage. Rappelant que depuis 20 ans, ces 400 hectares n’ont nourri personne.
Somonte, symbole d’une lutte populaire
L’Andalousie connaît actuellement un taux de chômage record de 34 % pouvant aller jusqu’à 63 % chez les jeunes de moins de 25 ans [3]. De nombreux Andalous, partis travailler comme ouvriers du bâtiment dans d’autres régions d’Espagne, reviennent aujourd’hui chez eux et proposent leur force de travail sur un marché agricole andalou déjà saturé et en crise. Avec la mécanisation à outrance et les mauvaises récoltes des oranges et des olives, il est désormais impossible aux 400 000 ouvriers agricoles de la région de réunir les 35 journées de travail annuelles nécessaires pour bénéficier d’une allocation mensuelle de 400 euros.
Fin 2012, le parlement andalou a demandé que le nombre de journées de travail exigé soit diminué. En vain. Cette crise sociale n’alarme pas les grands propriétaires terriens qui profitent de la situation pour mettre en concurrence les journaliers andalous avec la main d’œuvre immigrée, bien moins payée. Le SOC-SAT réunit des ouvriers agricoles de tous les horizons et organise régulièrement des grèves pour défendre leurs droits. Il dénonce aussi les injustices sociales, en organisant dans des supermarchés des opérations de récupération de produits alimentaires de base, distribués ensuite à des cantines de quartiers pauvres.
Durant l’été 2012, des marches ouvrières ont parcouru toutes les provinces andalouses pour dénoncer les mesures d’austérité. Une grande ferme appartenant à l’armée, laissée à l’abandon, a été brièvement occupée. Ce contexte social et politique tendu, et toutes ces luttes, font aujourd’hui de Somonte un symbole très populaire de la capacité des ouvriers à prendre en main leur destin. L’alimentation est au cœur des luttes.
Nourrir des milliers de familles de la région
Peu à peu, avec le soutien des anciens, d’ingénieurs agronomes, d’organisations locales et de réseaux de solidarité internationaux, le projet agricole de Somonte prend corps. Trois hectares de légumes ont déjà été mis en culture pour l’autoconsommation, la vente sur les marchés locaux ou dans une coopérative de consommateurs de Cordoue. Plusieurs dizaines d’hectares vont être consacrés à des cultures maraîchères. Quarante hectares seront réservés à de grandes cultures en rotation avec notamment du blé biologique. Les occupants de Somonte envisagent de planter près de 1 500 arbres de variétés locales, de développer des vergers d’abricotiers, de cerisiers, d’amandiers, de créer une oliveraie, d’entretenir des haies.
En décembre 2012, près de 700 arbres sont plantés le long du domaine. Une eau saine sera récupérée grâce à des retenues, des puits et à une protection des petits cours d’eau existants. Les occupants veulent réunir rapidement un troupeau d’au moins 300 brebis. Une grande partie de la production agricole de la finca sera transformée sur place dans des ateliers. Le projet agro-écologique et social de Somonte, organisé sous forme de coopérative de travailleurs, pourra donner du travail à plusieurs centaines de personnes et permettre à des milliers de familles de la région de se nourrir.
Occuper les terres, les logements et les banques
La situation de Somonte est aujourd’hui suspendue à la situation politique en Andalousie. Le nouveau parlement autonome élu début 2012 est majoritairement à gauche. Cela n’a pas empêché le Parti socialiste de faire expulser les occupants de Somonte, le 26 avril 2012, le jour même où il signait un accord avec la Gauche Unie. Le 27 avril au matin, la finca était de nouveau occupée. Aucune menace d’expulsion n’a été formulée depuis, mais les négociations sont au point mort.
« S’ils nous expulsent 20 fois, nous occuperons 21 fois ! », ironise Lola. « Nous n’avons pas le choix. Le gouvernement ne sait pas comment réagir. Et nous, pendant ce temps, nous montrons qu’une autre voie est possible. Nous disons qu’il faut occuper les terres pour avoir un travail et pour vivre. Mais il faut aussi occuper les logements pour donner un toit aux familles. Et il faut occuper les banques pour dénoncer les aides financières que nos gouvernements leur apportent tout en faisant payer les plus pauvres. Il faut occuper ! Voilà la solution. »
Texte et photos : Philippe Baqué
[1] Le SOC-SAT est l’ancien Syndicat des ouvriers agricoles (SOC). En 2007, il a été rebaptisé, syndicat des travailleurs andalous (SAT).
[2] Voir « Andalousie : la terre contre la crise », Jean Duflot, Archipel, journal du Forum civique européen de juin 2012.
[3] Voir « Un Robin des bois en Andalousie », Sandrine Morel, Le
Monde, le 29 août 2012.
Source : Basta : http://www.bastamag.net/
via Humeurs en blog : http://humeurenblog.wordpress.com/
Publié le 5 Mars 2013
Le 9 janvier 1905, Louise Michel mourait, à Marseille, à l’âge de 75 ans.
Arrêtée le 24 mai 1871 à Paris, elle est condamnée à la déportation par un tribunal versaillais pour sa participation active à la Commune. Après vingt mois de détention à l’abbaye d’Auberive
transformée en prison, elle est transférée, avec nombre de communards, en Nouvelle-Calédonie. Le voyage à bord du « Virginie » durera quatre mois. C’est durant ce voyage que Louise Michel, qui
jusque-là avait œuvré avec tous les groupes républicains ou révolutionnaires, devint clairement anarchiste. Elle l’explique dans un passage admirable de ses Mémoires, que les adorateurs du
bulletin de vote devraient lire, relire et méditer…
Si le pouvoir
rend féroce, égoïste et cruel, la servitude dégrade ; l’anarchie sera donc la fin des horribles misères dans lesquelles a toujours gémi la race humaine ; elle seule ne sera pas un recommencement
de souffrances et, de plus en plus, elle attire les cœurs trempés pour le combat de justice et de vérité.Publié le 5 Mars 2013
Contre toi
Vous vivez dans la misère
de ceux qui n'ont rien,
l'impuissance de l'opprimé,
le silence des lâches,
des plaies longues
des motifs fallacieux.
Vous supplantez la plainte de ceux qui souffrent
Vous lèchez les restes de ceux qui gouvernent,
Vous feignez le pas des perdus,
la douleur de la nôtre,
la douleur de la mort,
la douleur de nos morts
à travers les années
et à travers les siècles.
Vous, comme toujours,
Vous aux lèvres d’acier,
celles des mots vides,
la peste de l'âme,
le site de la trahison.
En ces temps de mensonges
Vous vivez la défaite
En administrant la charogne.
Je ne me suis fié jamais à vous.
Je n'ai jamais cru en vos mots
parce que vous n'avez jamais été vaincus.
Manuel Ruiz Amezcua
Publié le 4 Mars 2013
Bradley Manning, un homme d’un courage exceptionnel

MARJORIE COHN, CounterPunch
Il faut beaucoup de courage pour dévoiler les mensonges d’un gouvernement dans le but de mettre fin à une guerre
Manning a plaidé coupable de 10 des chefs d’accusation relevés contre lui y compris la possession et la communication volontaire à une personne non autorisée des éléments principaux des révélations de WikiLeaks. Il risque une peine de 20 ans de prison. Bradley a pu expliquer publiquement ce qu’il a fait et pourquoi il l’a fait, pour la première fois,. Ses actions, confirmées désormais par ses déclarations, prouvent que Bradley est vraiment un jeune homme très brave.
Quand il avait 22 ans, le soldat Bradley Manning de grade PFC (anciennement Specialist, ou SPC, ndt) a communiqué des documents classifiés à WikiLeaks. Ils comprenaient la vidéo des « Meurtres Collatéraux » qui montrait des soldats étasuniens dans un hélicoptère Apache tuant 12 civils désarmés, dont deux journalistes de l’agence Reuters, et blessant deux enfants.
« Je me suis dit que si le public, et particulièrement le public étasunien, la voyait, cela provoquerait un débat sur l’armée en particulier et notre politique étrangère en général telle qu’elle est appliquée en Irak et en Afghanistan, » a dit Bradley au tribunal militaire pendant le procès. « J’ai pensé que cela pourrait pousser la société à reconsidérer la nécessité d’intervenir militairement contre le terrorisme au mépris de la situation humanitaire des peuples au milieu desquels nous intervenons. »
Bradley a expliqué qu’il était contrarié de n’avoir pas été capable de convaincre ses supérieurs d’ouvrir une enquête sur la vidéo du Meurtre Collatéral et sur une autre de « pornographie guerrière » qui font partie des documents qu’il a fournis à WikiLeaks. « J’étais horrifié par la manière dont les enfants blessés étaient traités ». Bradley était choqué par le fait que les soldats de la vidéo « ne semblaient attacher aucune valeur à la vie humaine et qu’ils traitaient [leurs cibles] de ‘salauds morts’ ». Les soldats tiraient aussi sur les personnes qui essayaient de porter secours aux blessés et les tuaient. Un tank étasunien a roulé sur le corps d’un homme et l’a coupé en deux. Ce que les soldats de la vidéo ont fait est considéré comme crimes de guerre par les Conventions de Genève qui interdisent de cibler des civils, d’empêcher les secours de s’occuper des blessés et de profaner les morts.
Personne à WikiLeaks ne m’a contacté pour me demander de leur fournir ces documents, a dit Bradley. « Aucun membre de WLO [WikiLeaks Organization] n’a fait pression sur moi pour que je leur donne davantage d’information. La décision de communiquer ces documents à WikiLeaks [a été] entièrement la mienne. »
Avant de contacter WikiLeaks, Bradley a essayé de faire publier les documents par le Washington Post mais le journal n’a pas donné suite. Il a ensuite essayé de contacter le New York Times mais il n’y est pas parvenu.
Pendant les neuf mois de sa détention, Bradley a été maintenu à l’isolement ce qui est considéré comme de la torture parce que cela peut provoquer des hallucinations, la catatonie et le suicide.
Bradley a plaidé non coupable des 12 autres chefs d’accusation, dont aide à l’ennemi et espionnage qui sont passibles de prison à vie. L’action de Bradley n’est pas s’en rappeler celle de Daniel Ellsberg qui, en publiant les « Pentagone papers » (les documents du Pentagone), a dévoilé les mensonges du gouvernement et contribué à mettre fin à la guerre du Vietnam.
Marjorie Cohn est professeur des droits de l’homme à la Thomas Jefferson School et ancienne présidente de la National Lawyers Guild. Son dernier livre est “The United States and Torture: Interrogation, Incarceration, and Abuse.” Et voilà l’adresse de son site Web: www.marjoriecohn.com.
Traduction: Dominique Muselet
Source : Counterpunch : http://www.counterpunch.org/
Via : Oulala info : http://www.oulala.info/
Publié le 4 Mars 2013
Petit lexique à l'usage de ceux qui veulent décrypter le langage des financiers relayé par les médias de masse :
Quand ils disent (1) :
Sécurité
Comprendre :
Répression
Quand ils disent (2) :
Modernisation
Comprendre :
Démantèlement
Quand ils disent (3) :
Restructuration
Comprendre :
licenciement
Quand ils disent (4) :
Police de proximité
Comprendre :
La BAC
Quand ils disent (5) :
Séparation unilatérale
Comprendre :
Emprisonnement
Quand ils disent (6) :
Reduction des coûts
Comprendre :
Répartitions des pertes
Quand ils disent (7) :
Confiance des ménages
Comprendre :
Pouvoir d’achat
Quand ils disent (8) :
Frappes chirurgicales
Comprendre :
Bombardements massifs
Quand ils disent (9) :
Plan social
Comprendre :
Licenciement en masse
Quand ils disent (10) :
Dommages collatéraux
Comprendre :
Bombardement de civils
Quand ils disent (11) :
Ouverture du capital
Comprendre :
Privatisation
Quand ils disent (12) :
communication
Comprendre :
Propagande
Quand ils disent (13) :
Flexibilité
Comprendre :
Précarité
Quand ils disent (14)
Filières positives,
Comprendre :
Expulsions massives
Source : Le grand Soir : http://www.legrandsoir.info/
Publié le 3 Mars 2013
Publié le 2 Mars 2013
Chaque jour, trois « drive » comme celui-ci ouvrent leurs portes en France. Aujourd’hui, on en compte plus de 2 000 sur tout le territoire. Ils sont donc des milliers, comme Laure B. – un pseudonyme –, à pousser le chariot à la place des clients, dans des hangars sous haute surveillance, pour 9,86 euros de l’heure (brut) par jour (un tout petit peu plus que le smic).
La jeune femme de 27 ans a tenu à nous donner sa version de ce phénomène en pleine explosion, sous l’œil indifférent des consommateurs. Ils sont 5 millions chaque année à faire leurs courses sur les sites internet des supermarchés.
Claire Branchereau
Tout le monde connaît la chaîne E. Leclerc, mais qui connaît le principe du « drive » de Ville-la-Grand en Haute-Savoie ? C’est un nouveau système d’exploitation. Il suffit d’un hangar rempli de marchandises, de personnes à la recherche d’un emploi et d’un directeur autoritaire.
Les clients passent leur commande sur Internet puis viennent chercher leurs courses sur place, c’est ça le drive.
Munis d’une « scannette », d’un chariot nommé « Dolly » – dont ils ne doivent jamais se séparer sous peine de représailles et d’un contrat à la semaine –, les employés remplissent des sacs avec les articles commandés.
C’est un manège incessant : le travailleur ne s’arrête pas durant quatre ou cinq heures en attendant son unique pause journalière d’une heure.
Au moment de l’embauche, on m’avait présenté la société comme une « entreprise sociale ».
L’instrument de cette précarité extrême, la « scannette », s’empresse de surveiller sournoisement. C’est l’outil indispensable ainsi que l’espion infiltré des supérieurs. Greffée à notre main, elle enregistre le temps que le travailleur met entre chaque article, le temps qu’il met pour effectuer une commande et le temps où « il ne fait rien ».
Postés devant leur ordinateur, les supérieurs nous suivent pas à pas, minute par minute, dans l’immensité de ce hangar.
Les travailleurs sont alors mis, sans le savoir, en concurrence, non pas sur la qualité de leur travail mais sur les statistiques créées par leur performance. J’ai fait l’expérience de mauvaises statistiques et la sanction est immédiate : la révocation.
Le directeur vient à la fin de chaque mois et fait le tri. Il renvoie les cinq derniers qui se trouvent à ce moment-là en fin de liste [avec de mauvaises statistiques, ndlr]. Ce qui aurait dû être mon cas.
Un avertissement m’a été donné et j’avais deux heures, montre en main, pour remonter. La course s’engage pour moi dans le hangar en attrapant les produits disposés sur les étagères, les jetant dans les sacs sans savoir si j’écrase le pain ou les chips, enchaîner les commandes et bousculer les collègues dans les rayons.
Après tous ces kilomètres parcourus dans la poussière des cartons et la volonté de garder ce travail, j’ai réussi à remonter dans les statistiques et faire virer quelqu’un d’autre.
Mais on ne licencie pas chez Leclerc, cette petite épicerie devenue une grande entreprise où « le salarié a des droits et est considéré », prend soin de ne pas se discréditer et surtout de ne pas devoir payer des indemnités aux salariés. Les contrats à la semaine (comme le mien) en sont alors la preuve. Il suffit de ne pas reconduire le contrat.
C’est la corde au cou des travailleurs qui deviennent des survivants de semaine en semaine, en espérant avoir un jour un contrat de deux semaines. Edouard Leclerc, le fondateur de cette épicerie se retournerait-il dans sa tombe sachant cela ?
Une corde en contrat et un fouet (la « scannette ») pour outil de travail, est-ce vraiment une entreprise à « dimension sociale » ? Ceci est le prix pour acheter moins cher chez Leclerc. Après toutes les publicités vantant cela, il faudrait peut-être se demander pourquoi.
Malheureusement, ça ne s’arrête pas là. Sans parler de la dignité mise au plus bas du travailleur, ce dernier est considéré comme un outil nécessaire au rendement. Il peut être mis à pied lorsqu’il ne ramasse pas les cartons au sol si le directeur le voit.
Il peut ne pas reconduire le contrat d’une personne sans que le travailleur ait commis de faute professionnelle. Et de surcroît, cela passe par des termes vulgaires pour se faire comprendre.
Le travailleur est vu comme un individu, si je puis dire, stupide. Comme le dit le directeur :
« L’économie, vous n’y connaissez rien mais si le pognon ne va pas dans ce magasin, il va aux Etats-Unis avec Amazon. »
Ces raccourcis sont faits pour que le travailleur aille toujours plus vite.
L’absurdité qui règne dans ce hangar touche aussi les clients. Le service proposé par Leclerc Drive passe aussi par le chargement de la commande dans le coffre du client.
Ces derniers nous regardent mettre leurs nombreux sacs de nourriture, leurs packs d’eau dans leur coffre sans nous aider puisque c’est un service gratuit. La gratuité amène la fainéantise des uns et le sacrifice des autres.
Soulever des sacs remplis et des packs toute la journée à répétition sans apprentissage des bons gestes – car le rendement passe avant tout –, ne permet pas de garder une bonne santé physique.
Cela est même de l’ordre de l’épuisement. Le travailleur est ainsi vidé de toute essence, sans aucun sens de la fonction de son travail. Les clients se rendent alors complices des supérieurs sans même en avoir conscience.
Qui a donc conscience de ce qui se passe derrière ces portes ? Partir de chez Leclerc ne cause pas de difficulté car :
C’est pour cela que cette entreprise embauche plus que les autres : il y a un « turnover » des travailleurs, afin que personne ne puisse sympathiser ni communiquer car l’esprit d’équipe serait la fin de l’entreprise.
J’ai choisi un départ volontaire. J’ai prévenu mes supérieurs plus d’un mois à l’avance et étonnamment ils voulaient me faire signer un contrat plus long, pour une fois !
J’ai refusé de signer pour ne pas être en rupture de contrat et perdre mes indemnités. On m’a répondu :
« Les dates ne sont pas importantes, ce ne sont que des formalités. »
Malgré cette touchante attention, j’ai maintenu mon refus.
Un départ après deux mois et demi de travail équivaut à sept contrats (puisque j’ai eu la chance d’en avoir un de deux semaines et un de trois semaines), et bien sûr un solde de tout compte intégrant les indemnités de chaque contrat.
Recevant les papiers de départ et le chèque, j’ai détaillé mon solde. Et comme il n’y a plus de surprise avec Leclerc car « chez Leclerc, c’est moins cher », il en est de même pour le solde de tout compte : il me manquait l’argent de mes primes de précarité.
Comment une entreprise de cette envergure avec une philosophie dite sociale peut-elle oublier cela ? Sachant qu’après de nombreux appels téléphoniques à la comptable toujours indisponible, cette dernière, une fois ma situation régularisée, n’a pas été capable de me donner la moindre explication ni même de formuler des excuses.
Est-ce de l’incompétence poussée à son paroxysme ? Ou une méthode habituelle, consciente et volontaire, qui me paraît manifeste. On croirait marcher sur la tête.
Laure B. | Précaire
Publié le 1 Mars 2013