Sunday Music
Publié le 17 Février 2013
Thomas Pitiot, une belle découverte faite récemment chez Cathy Garcia : http://delitdepoesie.hautetfort.com/
Ils vendent les coquillages de bord de mer
Comme ils ont vendu l’eau,
Prêts à troquer leurs mères
Ces salauds...
Ils vendent le sable fin, les algues
Et ils conviennent
Pour s’enrichir de brev’ter
Les couleurs et l’oxygène.
Ils vendent aux plus offrants
Mais n’offrent rien, jamais d’cadeaux,
Sauf pour un abonnement de bienvenu
A tous leurs idéaux.
Ils vendent les hymens de
Jeunes vierges sur la planète
Et les mains ouvrières
De jeunes enfants analphabètes.
Ils vendent tous les combats d’hier,
Les acquis des grands-pères ;
Ils vendent ce qu’ils rejettent
Et tous leurs déchets nucléaires.
Ils vendent des dictatures
Et de l’or noir dans les assiettes,
Des mètres cubes d’air pur
Ils ont décidé qu’ça s’achète !
Ils vendent même le sacré,
Le visage des guérilléros ;
Les slogans des révolutions
En période de promo.
Ils vendent les symphonies
Aux opérateurs de mobile ;
Aux pays du Tiers-Monde
Ils vendent leurs vieilles automobiles.
Ils vendent tous les progrès passés
Et leurs vieilles maladies,
Ne dévoilent jamais les secrets
De leurs vieilles pharmacies.
Ils vendent la solidarité,
Les pièces jaunes des grands-mères ;
Préfèrent la charité,
Ont inventé l’humanitaire.
Ils vendent coûte que coûte
Tout c’qui leur coûte et même l’écoute ;
Vendent tous les engagements
Même les mots, leur langage ment .
Ils vendent à coup d’publicité
Des espoirs sans lend’mains
Au public des cités
A qui ils ont lié les mains.
Ils vendent la peau de l’homme
Et bien avant de l’avoir tué ;
L’ours, le loup et l’orme
Sont des espèces du temps passé.
Ils vendent des marées noires
Et sacrifient les littoraux ;
Dans l’arène des gueulards
Ils vendent l’agonie des taureaux.
Ils vendent de vieilles constitutions
Aussi malades que leurs systèmes ;
Ils condamnent la contestation
Dans des tribunaux qu’ils enchaînent.
Ils vendent depuis toujours
Le travail des travailleurs ;
Ont vendu nos vieux jours,
Des mouroirs comme dernière demeure.
Ils vendent l’idée laïque
En dépeçant l’universel ;
Les clergés revanchards
Sont toujours une bonne clientèle.
Ils ont vendu la signification
Du mot public,
Celui qui s’oppose aux lois de l’argent
Est archaïque.
Ils vendent aux oreilles innocentes
Que des chansons sans âmes
Pourvu qu’elles soient divertissantes,
Ils endorment le quidam.
Ils vendent au grattage, au tirage
A la française des bœufs ;
On se gratte, ils nous tirent,
Jamais d’affaire c’est pas du jeu.
Ils vendent aux yeux bleus des mineurs
Des poussières sans charbon ;
Ils percent au fond des cœurs
Une existence sans fond.
Ils vendent aux sans papiers
Des grillages sans les griots ;
Les marchands d’barbelés
Déménagent tous les idéaux.
Ils vendent le devenir
Des grands primates en liberté ;
Les forêts séculaires
Y’a plus d’endroits où se cacher.
Ils vendent des armes
A des culs-de-jatte fanatisés ;
Ils vendent des larmes
A des orphelinats entiers.
Ils vendent aux élites corrompues
Le pouvoir d’informer,
Des bouquets satellites
Remplis d’épines empoisonnées.
Ils vendent l’esprit critique
A quelques philosophes mondains,
Les chiens de garde de la pensée unique
Aboient pour rien.
Ils vendent des étiquettes
Cousues à même la peau des gens ;
Leurs marques sont des tatouages
Que l’on refuse aux indigents.
Ils vendent à nos consciences
Un nouveau vocabulaire,
Ne disent plus « indigènes »
Mais parlent de main d’œuvre moins chère.
Ils vendent des rallyes arrogants,
Font l’pari du Dakar ;
A chaque édition
Des enfants écrasés par un char.
Ils vendent leurs sommets capitaux
En face des bidonvilles, c’est chic !
Transforment une capitale
Le temps d’un enjeu olympique.
Ils vendent, ils crient
« Soldons ! », « Cédons ! »,
Qu’importe les périodes,
Ils ont même vendu les saisons !
Ont vendu les organismes,
Les cellules et les planctons...
...
Ils ont même vendu les saisons !
Tous les gens que tu as connusSont rentrés au pays ou sont mourus,Aujourd’hui ils appartiennent à l’ancien siècle.Tout seul Mamadou tu es resté,Dans la petite chambre au foyer ;Là-dedans, tu te sens quand même un peu chez toi.Là-dedans, tu te sens quand même un peu chez toi.Tes enfants, tu les as connusTout petits mais si peu vus,Aujourd’hui ils sont grands et toujours au village.Ta femme qui était si belleA de moins en moins de tes nouvelles ;Pour elle et les autres, tu continues à envoyer de l’argent.Pour elle et les autres, tu continues à envoyer l’argent.Mamadou tu sais que beaucoup t’envient,La France a tellement d’amis,Tu aimerais conseiller de pas voyager ici ;Mais Mamadou, tu es toujours grand et fier,Ils ne sauront pas comme tu as pleuréEt que depuis tout ce temps tu es toujours étranger.Et que depuis tout ce temps tu es toujours étranger.La femme de l’administration t’a dit :« Comment ça, vous n’écrivez pas le Français ?Pourtant vous êtes ici depuis les années soixante... ».Mamadou tu parles toutes les langues de l’AfriqueTu n’as jamais humilié personne,Tu souris en disant « Madame attends je t’explique »Tu souris en disant « Madame attends je t’explique ».Comme les vieux ouvriers français t’as misLe costume bleu de travail comme un ami ;Le soir tu te reposes dans le boubou de bazin.Les gens sont moins curieux qu’avant,Les petites françaises font des tresses,Derrière ton grand sourire se cache ta détresse.Derrière ton grand sourire se cache ta détresse.Quand tu repasses près du chantier,Tu repenses à toutes ces années ;Le patron portugais était gentil, un peu...Tu te disais qu’il a oubliéQue son père à lui même avait étéAutrefois Mamadou comme toi un étrangerAutrefois Mamadou comme toi un étranger.Comme famille ici tu n’as plus qu’un frèreMarié à une fille de Montpellier ;Il se fait appeler Zan-pierre, tu as bien rigolé.Un jour quelqu’un t’as emmenéEn Bretagne et tu as vu la mer,L’eau était si froide sur tes pieds, tu ne t’es pas baigné.L’eau était si froide sur tes pieds, tu ne t’es pas baigné.Mamadou autrefois tu as connuUne française qui t’aimait bien ;Elle est partie pour un autre, tu as eu beaucoup de chagrin.Les jeunes garçons au foyer,Souvent ramènent des prostitués ;Les yeux fermés, tu les entends rire sans pouvoir dormir.Les yeux fermés, tu les entends rire sans pouvoir dormir.Et quand tes rêves te conduisentA la terre rouge de l’enfance,Tu te dis qu’ils ont menti et en silence,Tu déroules ta vie sans colèreLe front sur le tapis de prière,Pour ton ancien colon, tu es resté l’étranger.Pour ton ancien colon, tu es resté l’étranger.