Orpheukovski

Publié le 5 Novembre 2012






Est-ce vous qui comprendrez pourquoi


Est-ce vous
Qui comprendrez pourquoi,
Serein,
Sous une tempête de sarcasmes,
Au dîner des années futures
J’apporte mon âme sur un plateau?
Larme inutile coulant
De la joue mal rasée des places,
Je suis peut-être
Le dernier poète.
Vous avez vu
Comme se balance
Entre les allées de briques
Le visage strié de l’ennui pendu,
Tandis que sur le cou écumeux
Des rivières bondissantes,
Les ponts tordent leurs bras de pierre.
Le ciel pleure
Avec bruit,
Sans retenue,
Et le petit nuage
A au coin de la bouche,
Une grimace fripée,
Comme une femme dans l’attente d’un enfant
À qui dieu aurait jeté un idiot bancroche.
De ses doigts enflés couverts de poils roux, le soleil vous a épuisé de caresses, importun comme un bourdon.
Vos âmes sont asservies de baisers
Moi, intrépide,
je porte aux siècles ma haine des rayons du jour;
l’âme tendue comme un nerf de cuivre,
je suis l’empereur des lampes.
Venez à moi, vous tous qui avez déchiré le silence,
Qui hurlez,
Le cou serré dans les nœuds coulants de midi.
Mes paroles,
Simples comme un mugissement,
Vous révèleront
Nos âmes nouvelles,
Bourdonnantes
Comme l’arc électrique.
De mes doigts je n’ai qu’à toucher vos têtes,
Et il vous poussera
Des lèvres
Faites pour d’énormes baisers
Et une langue
Que tous les peuples comprendront.
Mais moi, avec mon âme boitillante,
Je m’en irai vers mon trône
Sous les voûtes usées, trouées d’étoiles.
Je m’allongerai,
Lumineux,
Revêtu de paresse,
Sur une couche moelleuse de vrai fumier,
Et doucement,
Baisant les genoux des traverses,
La roue d’une locomotive étreindra ton cou.
 

Vladimir Maïakovski









 
 

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

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C
<br /> Bonjour Serge,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Tu as raison, c'est le nuage qui est en pantalon, il me semblait bien que ma langue avait fourché <br /> <br /> <br /> Quand je dis qu'il faut un décodeur ( je crois bien que tu en as trouvé un)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bisous en nuage<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> caro<br />
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H
<br /> <br /> Bonsoir Caro<br /> <br /> <br /> Je prends les bisous, pour les nuages on a ce qu'il faut ici !!<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> Serge<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> Relire Maïakovski que je semblais avoir oublié depuis si longtemps m'a été fort agréable et en même temps m'a renvoyée à une époque où il n'était pas si facile de s'ouvrir à l'internationale tant<br /> la vie politique était dure et policier l'état de ma jeunesse...<br /> <br /> <br /> Je ne suis jamais certaine de tout comprendre dans une poésie mais je perçois toujours la douleur et l'ivresse des mots qui soulèvent les coeurs et les âmes.<br /> <br /> <br /> Et puis, la douceur du chant et de la musique brésilienne...<br /> <br /> <br /> Alors merci pour tout cela. Je t'embrasse en te souhaitant une très bonne nuit<br />
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H
<br /> <br /> Bonjour Fanfan<br /> <br /> <br /> "Percevoir la douleur et l'ivresse", je suis tout à fait d'accord avec toi !  C'est ce qui se dégage d'une première lecture de Maiakovski. Il s'en dégage une force incroyable. Les lectures<br /> qui suivent et leurs interprètation permettent petit à petit de rassembler les pièces d'un puzzle qui n'est autre que la torture intérieur de ce poète hors du commun. Un peu comme un morceau de<br /> chopin, ou une toile de maitre qui révèlent petit à petit au gré de l'éclairage et des demi tons des secrets dont la révélation devient peu à peu une évidence.<br /> <br /> <br /> La douleur de maiakovski et la douceur de cette Bossa nova(tirée d'Orpheu Negro) révèlent dans leur  résignation le mythe d'Orphée d'une façon complémentaire et contrastée.<br /> <br /> <br /> Merci pour tes visites qui sont toujours un plaisir<br /> <br /> <br /> Bisoux<br /> <br /> <br /> Serge<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> Bonsoir Serge,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Alors là chapeau, tu illumines d'un coup ma triste et morose journée.<br /> <br /> <br /> Celle-ci ne fut pas inutile et je t'en remercie <br /> <br /> <br /> Tout d'abord, d'où sors-tu cette merveille de poème de Maïakovski, il est magnifique et réunit tout ce que j'aime chez lui, la virilité, la force et la tendresse qui s'exprime par petite touches<br /> et grands mouvements de bras.<br /> <br /> <br /> Et alors, marier ce poème d'un russe avec la musique do Brasil, c'est tout ce qui me plait et dont je ne me prive pas dans mon quotidien : alternance toujours de lectures russes et d'auteurs<br /> d'Amérique latine, musique tzigane et bossa nova.<br /> <br /> <br /> Ces quelques mots de Vladimir pour la peine :<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Tendres !<br /> <br /> <br /> Vous couchez l'amour sur les violons.<br /> <br /> <br /> Les brutaux le flanquent sur des cymbales.<br /> <br /> <br /> Mais sauriez-vous comme moi vous retourner<br /> <br /> <br /> comme un gant<br /> <br /> <br /> pour que vous ne soyez plus que des lèvres<br /> <br /> <br /> intégrales ?<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> (Le diable en pantalon)<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Bisous métissés et bonne nuit <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> caro<br />
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H
<br /> <br /> Bonjour Caro<br /> <br /> <br /> Le trait d'union entre ce fabuleux poème et cette Bossa Nova (tirée d'Opheu Negro) est le mythe d'orphée. Un thème cher à Maiakovski, une déchirure qui l'a fait souffrir toute sa vie et qui<br /> transpire dans ce poème. Il y a une telle force dans ses mots qu'on ne peut rester insensible.<br /> <br /> <br /> Il me semble que c'est le nuage qui est en pantalon ?  Diabolique non ? <br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> Serge<br /> <br /> <br /> <br />