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Publié le 12 Mars 2013





" EASTER 1916″ (PÂQUES 1916)

Je les ai rencontrés à la tombée du jour,
Qui venaient avec des visages éclatants
De leur comptoir, de leur bureau, parmi les grises
Maisons du dix-huitième siècle.
J’ai passé avec un salut de la tête
Ou des mots polis dépourvus de sens,
Ou bien je me suis attardé un instant et j’ai dit
Des mots polis dépourvus de sens,
Ou avant même d’avoir fini j’ai pensé
A quelque histoire plaisante, ou à un bon mot,
Destinés à distraire une connaissance
Au club, au coin du feu,
Parce que j’étais sûr qu’eux et moi
Nous jouions dans la même farce:
Tout est changé, changé du tout au tout :
Une beauté terrible est née.
Cette femme, ses jours se passaient
Dans un dévouement sans méfiance;
Ses nuits, ses argumentations
A en avoir la voix brisée.
Quelle voix pourtant était plus douce que la sienne
Dans la beauté de sa jeunesse,
Au temps où elle chassait à courre?
Cet homme avait tenu une école,
Et monté notre cheval ailé;
Cet autre qui l’aidait, son ami,
Arrivait à la force de l’âge:
Pour finir il aurait sans doute conquis la gloire
Tant sa nature paraissait sensible,
Si audacieuse et délicate sa pensée.
Cet autre encore, toujours j’avais songé à lui
Comme à un rustre ivrogne et prétentieux.
Il avait causé un tort très amer
A des êtres proches de mon coeur.
Pourtant, je le compterai au nombre de ceux que je chante ;
Lui aussi a cédé son rôle
Dans la comédie dérisoire ;
Lui aussi a été changé à son tour,
Transformé du tout au tout :
Une beauté terrible est née.
Les coeurs qui n’ont qu’un seul dessein,
Hiver comme été, voici qu’un sortilège
Semble les avoir changés en une pierre
Qui trouble le courant de la vie.
Le cheval qui vient sur la route,
Le cavalier, les oiseaux qui errent
Dans le mouvant désordre des nuages,
Changent de minute en minute ;
L’ombre d’un nuage sur le courant
De minute en minute change ;
Le sabot d’un cheval dérape sur le bord
De l’eau, et le cheval y tombe ;
Les poules d’eau aux longues pattes plongent,
Les poules d’eau appellent les coqs des marais ;
Tous vivent dans l’instant :
Mais la pierre est au milieu d’eux tous.
Un sacrifice trop long
Peut changer le coeur en pierre.
Quand cela sera-t-il assez ?
En finir est le rôle du Ciel, et notre rôle
Est de murmurer les noms l’un après l’autre
Comme une mère le nom de son enfant
Lorsqu’enfin le sommeil s’est appesanti
Sur ses membres fatigués par la course.
Qu’est-ce d’autre que la nuit qui tombe ?
Non, non, – non pas la nuit : la mort ;
Mais était-ce, après tout, une mort inutile ?
L’Angleterre, en effet, pourrait tenir parole
Malgré tout ce qui a été dit et fait.
Nous le connaisons leur rêve ; assez
Pour savoir qu’ils ont rêvé et qu’ils sont morts ;
Mais si le mirage d’un excessif amour
Les ayant égarés, était la cause de leur mort ?
en vérité je le résume à un poème-
MacDonagh et MacBride,
Et Connolly et Pearse,
Maintenant et à tout jamais,
Partout où l’on porte le vert,
Sont changés, changés du tout au tout :
Une beauté terrible est née.
-
25 septembre 1916

W.B YEATS










 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 11 Mars 2013




La "blogosphère" nous réserve parfois de belles découvertes. Chronique ordinaire d'une femme ordinaire, le blog de Françoise MICHEL, en est une. Une année sabbatique, un changement de vie et une volonté farouche d'écrire, sont les ingédients de ce journal  dans lequel Françoise nous livre avec poèsie ses pensées sur la vie.

 

Extrait ... 

 

 

 LA SEMAINE DE TOUS LES LUNDIS

 

 

A LA PETITE SEMAINE

 

 

Déjà au crépuscule du dimanche,

 

Le travail nous tire par la manche.

 

"Lundi" : le mot semble détestable.

 

Il est pourtant composé de lettres admirables,

 

Nous pourrions le vivre ainsi :

 

L = Liberté

 

U = Universelle

 

N = Naturellement

 

D = Dédié

 

I = à l'Individu

 

Mais notre vérité est celle -ci :

 

L = L'homme

 

U = Urbanisé

 

N = Nourriture

 

D = De

 

I = l'Industrie

 

Quel dommage d'utiliser notre vocabulaire

 

A usiner de si tristes affaires !

 

 

Le Blog de Franoise MICHEL - Chronique ordinaire d'une femme ordinaire ; http://questiondeplace-chronique.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 7 Mars 2013





LE CHANT DES HOMMES


leurs chants sont plus beaux que les hommes,
plus lourds d'espoir,
plus tristes,
et plus longue est leur vie.

Plus que les hommes j'ai aimé leurs chants
J'ai pu vivre sans les hommes
jamais sans les chants ;
il m'est arrivé d'être infidèle
à ma bien aimée,
jamais au chant que j'ai chanté pour elle ;
jamais non plus les chants ne m'ont trompé.

Quelle que soit leur langue
j'ai toujours compris les chants.

En ce monde,
de tout ce que j'ai pu boire
et manger,

de tous les pays où j'ai voyagé,
de tout ce que j'ai pu voir et entendre,

de tout ce que j'ai pu toucher
et comprendre,
rien, rien
ne m'a rendu jamais aussi heureux
que les chants, les chants des hommes...


écrit le 20 septembre 1960

Poème de Nazim HIKMET
extrait du recueil "il neige dans la nuit






 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 6 Mars 2013




Freud voit dans le lapsus un symptôme important de l'émergence de désirs inconscients...







Sans commentaires !


 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 28 Février 2013





La grande humanité

 
 
La grande humanité voyage sur le pont des navires
Dans les trains en troisième classe
Sur les routes elle marche
La grande humanité
 
La grande humanité s’en va au travail à huit heures
Elle se marie à vingt ans
Meurt à quarante
La grande humanité
 
Sauf à la grande humanité le pain suffit à tous
Pour le riz c’est pareil
Pour le sucre c’est pareil
Pour le tissu pareil
Pour le livre pareil
Cela suffit à tous sauf à la grande humanité.
 
ll n’est pas d’ombre sur la terre de la grande humanité
Pas de lanternes dans ses rues
Pas de vitres à ses fenêtres
Mais elle a son espoir la grande humanité
On ne peut vivre sans espoir.
 
Nâzim Hikmet








 






 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 27 Février 2013





Je m'appelle personne



Je n'ai pas de nom. Je m'appelle Personne.
Les riches ont l'or,
mes maigres mains creusent le rio.
Mes maigres mains creusent un sillon de mort.
 
J'ai enterré tant d'enfants que ma mémoire
est une encre sauvage.
 
Je n'ai plus de mains. Je n'ai plus d'âge.
J'ai la sagesse des grands arbres brisés par les Américains.
 
Je suis un Peau-Rouge. Jamais je ne marcherai
dans une file indienne.
 
J'ai très mal au coeur, au sexe, aux entrailles.
Je prie. Je suis Sioux.
Je prie. Je crois à la revanche.
Je suis celui qu'on ne peut pas tuer au coeur de la bataille.
 
André Laude






 

  
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 19 Février 2013






Révolution





Assez

D’instinct je dis assez

A tout ce qui bourdonne dans ma tête

A tout ressac

A toute marée

A toute sieste de la justice

Et à toute cicatrice qui me lie aux révoltes du monde

Nous sommes dans l’antichambre des humains

Et le crime continue

Le ciel se décolore

Nos voix piétinent toute tendresse fausse

Piétinent les frontières

Grattent l’obscurité où flambent les suppliciés

Assez

La douleur nous épingle

Nous empaille

Nous lape

Broie les os même du malheur

Et tout le monde sait que ce monde est trop lourd

Que la terre s’empoisonne

Que tout explose

Assez de vos verdicts

Assez de vos diktats

Assez des vies volées

La vie est en chômage

La vie est insolvable

Et de partout les Indignés hurlent à l’Apocalypse

La vie n’est pas un abattoir

Ni une ardoise de sang qu’on efface

Assez

Nous sonnons la trompette du printemps

Nous n’avons plus rien à perdre

Nous ne nous résignons pas

Nous avons un cœur d’homme

Mais ne vous trompez pas d’homme

Il y a quelque part une révolution qui amasse sa colère

Un torrent qui se lève

Une place qui fait peuple à l’ombre d’une colère

Un peuple qui chante

 

Révolution

Révolution

Révolution à temps complet

 

Ernest Pépin

Faugas/Lamentin

Le 21 novembre 2011

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 18 Février 2013




      Le Rythme du Temps

Il ya une chose intérieure en chaque homme,
Savez-vous ce truc mon ami?
Il a résisté à des coups de millions d’années,
Et le fera jusqu’à la fin.

Il est né quand le temps n’existait pas,
Et il a grandi hors de la vie,
Il terrasse les vignes du mal,
Comme un brûlant couteau tranchant.

Il a allumé des feux quand il n’y en a pas,
Et brûlé l’esprit de l’homme,
Au cœur d’acier tempétueux et amaigri,
Depuis le temps que le temps a commencé.

Il pleurait par les eaux de Babylone,
Et quand tous les hommes ont été une perte,
Il hurla en se tordant agonie,
Et il était suspendu saignant depuis la Croix.

Il est mort à Rome par le lion et l’épée,
Et dans l’assemblée cruelle et provocante,
Lorsque le mot mortel a été « Spartacus »
Le long de la voie Appienne

Il marcha avec le pauvre de Tyler
Et le seigneur et roi effrayé,
Et il a été décoré dans leur regard mortel,
Comme s’il était une chose vivante.

Il sourit en sainte innocence,
Avant les conquistadors de jadis,
Ainsi doux, docile et inconscient,
De la puissance mortelle de l’or.

Il éclata dans les rues pitoyables de Paris,
Et pris d’assaut la vieille Bastille,
Et marcha sur la tête du serpent,
Et l’écrasa de son talon.

Il est mourut dans le sang sur les plaines de Buffalo,
Et affamés par des lunes de pluie,
Son coeur fut enterré à Wounded Knee,
Mais il viendra pour se relever à nouveau.

Il a crié à haute voix par les lacs de Kerry,
Comme il était agenouillé sur le sol,
Et il mourut en grande résistance,
Alors qu’ils l’abattirent froidement.

Il se trouve dans chaque lueur d’espoir,
Il ne connaît ni frontières ni espace
Il s’est élevé dans le rouge noir et blanc,
Il est là dans chaque quête.

Il se trouve dans le cœur des héros morts,
Il crie dans les yeux des tyrans,
Il a atteint le sommet des hautes montagnes,
Il arrive brûlant à travers les cieux.

Il éclaire l’obscurité de cette cellule de prison,
Il tonne de toute sa puissance,
Il est « la pensée que l’on ne peut décourager », mon ami,
Cette pensée qui dit « j’ai raison! »

Bobby Sands



sands.jpg



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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 11 Février 2013






 
 
 
De deux choses lune
 
l'autre c'est le soleil
 
les pauvres les travailleurs ne voient pas ces choses
 
leur soleil c'est la soif la poussière la sueur le goudron
 
et s'ils travaillent en plein soleil le travail leur cache le soleil
 
leur soleil c'est l'insolation
 
et le clair de lune pour les travailleurs de nuit
 
c'est la bronchite la pharmacie les emmerdements les ennuis
 
et quand le travailleur s'endort il est bercé par l'insomnie
 
et quand son réveil le réveille
 
il trouve chaque jour devant son lit
 
la sale gueule du travail
 
qui ricane qui se fout de lui
 
alors il se lève
 
alors il se lave
 
et puis il sort à moitié éveillé à moitié endormi
 
il marche dans la rue à moitié éveillée à moitié endormie
 
et il prend l'autobus
 
le service ouvrier
 
 
 
et l'autobus le chauffeur le receveur
 
et tous les travailleurs à moitié réveillés à moitié
 
endormis traversent le paysage figé entre le petit jour et la
 
nuit
 
le paysage de briques de fenêtres à courants d'air de corridors
 
le paysage éclipse
 
le paysage prison
 
le paysage sans air sans lumière sans rires ni saisons
 
le paysage glacé des cités ouvrières glacées en plein été comme au cœur de l'hiver
 
le paysage éteint
 
le paysage sans rien
 
le paysage exploité affamé dévoré escamoté
 
le paysage charbon
 
le paysage poussière
 
le paysage cambouis
 
le paysage mâchefer
 
le paysage châtré gommé effacé relégué et rejeté dans l'ombre
 
dans la grande ombre
 
l'ombre du capital
 
l'ombre du profit
 
Sur ce paysage parfois un astre luit
 
un seul
 
le faux soleil
 
le soleil blême
 
le soleil couché
 
le soleil chien du capital
 
le vieux soleil de cuivre
 
le vieux soleil clairon
 
le vieux soleil ciboire
 
le vieux soleil fistule
 
le dégoûtant soleil du roi soleil
 
le soleil d'Austerlitz
 
le soleil de
Verdun
 
le soleil fétiche
 
le soleil tricolore et incolore
 
l'astre des désastres
 
l'astre de la vacherie
 
l'astre de la tuerie
 
l'astre de la connerie
 
le soleil mort.
 
Et le paysage à moitié construit à moitié démoli
 
à moitié réveillé à moitié endormi
 
s'effondre dans la guerre le malheur et l'oubli
 
et puis il recommence une fois la guerre finie
 
il se rebâtit lui-même dans l'ombre
 
et le capital sourit
 
mais un jour le vrai soleil viendra
 
un vrai soleil dur qui réveillera le paysage trop mou
 
et les travailleurs sortiront
 
ils verront alors le soleil
 
le vrai le dur le rouge soleil de la révolution
 
et ils se compteront
 
et ils se comprendront
 
et ils verront leur nombre
 
et ils regarderont l'ombre
 
et ils riront
 
et ils s'avanceront
 
une dernière fois le capital voudra les empêcher de rire
 
ils le tueront
 
et ils l'enterreront dans la terre sous le paysage de
 
misère et le paysage de misère de profits de poussières et de
 
charbon ils le brûleront ils le raseront et ils en fabriqueront un autre en chantant
 
un paysage tout nouveau tout beau
 
un vrai paysage tout vivant
 
ils feront beaucoup de choses avec le soleil
 
et même ils changeront l'hiver en printemps.
 
 
 Jacques Prevert










  
 
 
 
 
 
 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 6 Février 2013




 Ode à l’homme simple



Je vais te raconter en secret
qui je suis, moi
comme ça, à voix haute
tu me diras qui tu es,
combien tu gagnes,
l’atelier où tu travailles,
la mine,
la pharmacie,
j’ai une obligation terrible,
celle de le savoir,
de tout savoir,
nuit et jour savoir
comment tu t’appelles,
voilà mon métier,
connaître une vie
ne suffit pas,
il n’est pas nécessaire non plus
de connaître toutes les vies,
tu comprends
il s’agit de fouiller,
de racler à fond,
et tout comme dans une étoffe
les lignes ont occulté
par la couleur la trame
du tissu,
moi j’efface les couleurs
et je cherche jusqu’à trouver
le tissu profond,
c’est ainsi que je trouve aussi
l’unité des hommes,
et dans le pain
je cherche
au-delà de la forme :
j’aime le pain, je le mords,
et alors
je vois le blé,
les champs de jeunes pousses,
la verte forme du printemps,
les racines, l’eau,
à cause de çà,
au-delà du pain
je vois la terre,
l’unité de la terre,
l’eau,
l’homme,
et ainsi je goûte les choses,
et en chacune
je te cherche,
je marche, nage, navigue
jusqu’à te trouver,
et alors je te demande
comment tu t’appelles,
ta rue et ton numéro,
pour que tu reçoives
mes lettres,
pour te dire
qui je suis et combien je gagne,
où j’habite,
et comment était mon père.
Tu vois si je suis simple,
si tu es simple,
il ne s’agit pas
d’une chose compliquée,
moi, je travaille avec toi,
toi, tu vis, tu vas, tu viens,
d’un côté, de l’autre,
c’est tout simple :
tu es la vie,
tu es aussi transparent
que l’eau,
et je le suis aussi,
voilà mon obligation :
être transparent,
chaque jour
je m’éduque,
chaque jour je me peigne
en pensant comme tu penses,
et je marche
comme toi tu marches,
je mange, comme tu manges,
je tiens mon aimée dans mes bras
comme toi ta fiancée,
et alors
quand tout cela est clair,
quand nous sommes les mêmes,
j’écris,
j’écris avec ta vie et avec la mienne,
avec ton amour et les miens,
avec toutes tes douleurs,
et alors,
alors nous sommes différents,
parce que, la main sur ton épaule,
comme de vieux amis,
je te dis à l’oreille :
ne souffre pas,
le jour arrive,
viens,
viens avec moi,
viens avec tous
ceux qui te ressemblent,
les plus simples,
viens,
ne souffre pas,
viens avec moi,
parce que même si tu l’ignores
moi je le sais,
je sais où nous allons
et voici la parole :
ne souffre pas,
parce que nous gagnerons,
nous gagnerons, nous
les plus simples,
nous gagnerons,
même si tu n’y crois pas,
nous gagnerons.
 
 
Pablo Neruda (1904-1973) – Odes élémentaires (Odas elementales,
1954)









 
 
 

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