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Publié le 16 Août 2017

ÉTRANGES ÉTRANGERS

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes de pays loin
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
Au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
Embauchés débauchés
Manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
Rescapés de Franco
Et déportés de France et de Navarre
Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
La liberté des autres.
 
Esclaves noirs de Fréjus
Tiraillés et parqués
Au bord d’une petite mer
Où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
Qui évoquez chaque soir
Dans les locaux disciplinaires
Avec une vieille boîte à cigares
Et quelques bouts de fil de fer
Tous les échos de vos villages
Tous les oiseaux de vos forêts
Et ne venez dans la capitale
Que pour fêter au pas cadencé
La prise de la Bastille le quatorze juillet.
 
Enfants du Sénégal
Départriés expatriés et naturalisés.
Enfants indochinois
Jongleurs aux innocents couteaux
Qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
De jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
Qui dormez aujourd’hui de retour au pays
Le visage dans la terre
Et des hommes incendiaires labourant vos rizières.
On vous a renvoyé
La monnaie de vos papiers dorés
On vous a retourné
Vos petits couteaux dans le dos.
 
Étranges étrangers
 
Vous êtes de la ville
Vous êtes de sa vie
Même si mal en vivez
Même si vous en mourez.
Jacques PREVERT
 
 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique, #poèsie

Publié le 22 Janvier 2017

 

Sacar la voz

 

Respirer pour libérer la voix

s'envoler plus vite que l'aigle

respirer la splendeur du futur

plus encore que le faire ensemble

libérer de toutes les pudeur

ne plus sentir l'oppression

respirer pour libérer la voix

 

Débarrassez-vous de toute modestie,
Prenez les rênes,
Sans concession à l'opresseur
Marcher debout sans crainte,
Respirez et élevez la voix.
 
 
Anita Tijoux

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Publié le 25 Décembre 2016

 

 

Dessine du bout de tes ailes la cime des arbres

Soit comme la rose bleue

Devient vertigineuse sur les grands champs de blé

Ne laisse pas l’assourdissante absence alourdir l’horizon

Offre ton doux sourire à la brume accroupie dans la combe

Troque ton esprit pour des plumes de buse

Laisse tes tendres lèvres estourbir les vents

Ton parfum et ton rire affranchir les étoiles

Libre comme le ruisseau qui coule dans nos rêves

Je défie les falaises comme un puma blessé

Dans ce triste roulis où tu viens où je vais

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #Blues, #poèsie

Publié le 26 Avril 2016

 

 

Le vin de tes veines

 

le vin de tes veines

éblouit ma sieste

À ton premier geste

la terre tourne dans mon sang

Je te couvre d’un amour agreste

grand comme un champ de céréales

où en vain des armées nocturnes

tirent des rafales

sans jamais blesser ton visage

qui est une étoile pure bercée par les vents du sud.

 

 

André Laude (1936-1995) – Un temps à s’ouvrir les veines (1979)

 

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie, #musique

Publié le 25 Avril 2016

 

 

Le sang
 
n'a plus rien d'un mystère
il se vend, se loue,
se vole, se rend,
se verse, se boit,
s'urine, se décolore,
il n'a plus de valeur,
il n'unit plus, ne retient plus,
ne coagule plus,
n'a plus ce goût de fer,
on fait pour l'absorber
tout un cirque souvent
le sang
n'a plus rien d'un mystère
 
Rosa Chàvez
 
(traduction Laurent Buisset)
 
 
 
D'origine maya K’iche par son père et Kaqchiquel par sa mère, Rosa Chávez est née à San Andrés Itzapa, au Guatemala, en 1980. Membre du collectif Caja Lúdica, elle travaille à faciliter la sensibilisation à la création artistique des adolescents et enfants des zones les plus marginales et rurales du pays. Son œuvre comporte déjà plusieurs recueils publiés par des maisons d'édition guatémaltèques, parmi lesquels Casa Solitaria en 2005 et Quitapenas en 2010.
 
Source :

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

Publié le 19 Janvier 2016

 

 

Secret de Silbo

 

 

Prendre une pierre

La mettre dans sa poche

Pour ne pas la lancer

Ou pour la convoiter ?

Prendre une pierre

Et sentir dans ses doigts

 L’étreinte d’un baiser

Prendre une pierre

Avec douceur

La polir d’un regard

Poser avec amour

Un sourire sur un nuage

Sentir chaque jour

Le vent frileux des montagnes

Faire mine de défier les rigueurs

Les joues prises entre deux coeurs

 

 

Hobo-Lullaby

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #musique, #poèsie

Publié le 30 Novembre 2015

 

 

Ne parle pas aux soleils gris

 

Ne parle pas d’amour

aux oiseaux des murs

 

Tiens-toi tranquille

ne dérange pas l’horizon du silence

 

Sois secret comme l’île

peuplée de totems et de lances

 

Retiens ce qu’il reste de nuit

sous tes paupières

 

En cas de détresse danse

danse danse

 

Jusqu’à ce que Mère Terre

écoute ta blessure

 

Danse jusqu’à ce que tes dents

blanches rient

 

Mais ne parle pas d’avenir infini

aux soleils gris

aux lunes de tristesse et d’errance.

 

***

 

André Laude (1936-1995) – Feux, cris et diamants (1993)

 

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie, #musique

Publié le 20 Novembre 2015

Ballade pour Anne-Marie

La ville s’est endormie

Le ciel ne brule plus

Te souviens-tu mon jacques

Nous aimions le bâton

Ça revigore l’âme

Rend triste les lumignons

Te souviens-tu grand Jacques

Quand nous n’avions pas peur

Vendions à la sauvette

Quelques bras d’honneurs

Sur les parvis en fuite

Nous agrippions les brettelles du printemps

Complices aux défroqués

Tu parfumais l’amour

Pour les oiseaux perdus

Et offrais toutes tes dents

A notre liberté

Hobo-Lullaby

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie, #musique

Publié le 18 Novembre 2015

Ombre maudite

Je suis sorti de mon corps

Après l’éclair

Je suis sorti de mon corps

Les oiseaux se sont tus

Coupure de son

J’étais sourd, même au sifflement du vent

L’image était aérienne

Toujours intacte

Comme gravée

Seulement les pleurs de ma mère

Les larmes de ceux que j’aimais

Seulement mes compagnons

Immobiles dans le sang

Puis retentit l’ombre des vautours

L’ombre des propagandes

L’ombre de la haine

L’ombre des vengeances

Cette ombre assourdissante

Qui détruit les boussoles

Je ne savais plus oû j’étais

Bagdad, Paris, Santiago, New York ou Gaza ?

Qu’importe, ce n’est plus mon affaire

Et puis qui s’en soucie ?

La peur sera toujours l’eau

Et le pouvoir un moulin

Hobo-Lullaby

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie