Pourtant

Publié le 27 Août 2013

Pourtant

je ne veux être que de votre race
ouvriers paysans de tous les pays...
ouvrier blanc de Detroit péon noir d’Alabama
peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l’antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
Si le torrent est frontière
nous arracherons au ravin sa chevelure
intarissable
Si la Sierra est frontière
nous briserons la mâchoire des volcans,
affirmant les Cordillères
et la plaine sera l’esplanade d’aurore
où rassembler nos forces écartelées
par la ruse de nos maîtres
Comme la contradiction des traits
se résout en l’harmonie du visage
nous proclamons l’unité de la souffrance
et de la révolte
de tous les peuples sur toute la surface de la terre
et nous brasso
ns le mortier des temps fraternels
dans la poussière des idoles.

Jacques Roumain (poète Haïtien)

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #poèsie

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C
Bonsoir Serge,

C'est bien . Bien trouvé et bien nouveau.
Tu sais pas ? Je trouve que ce texte est drôlement minéral pour un haïtien, c'est intéressant, surtout cette fin : "nous brassons le mortier des temps fraternels dans la poussière des idoles".
Un heureux mélange tout latino et caraïbe comme l'est l'identité de nombreux peuples de Notre Amérique.

Bisous pilonnés dans le mortier (c'est pour te faire une bise rouge car j'ai pilé du roucou)

caro
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H
Bonsoir Caro

C'est vrai qu'il est minéral. C'est ce qu'il manque à notre vieux continent, tu ne trouves pas ?

Bises

Serge