Inscris

Publié le 4 Mai 2013

Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d’enfants : huit
Et le neuvième… arrivera après l’été !
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j’ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d’écolier
Je les tire des rochers…
Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines…
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l’effusion de la durée
Avant le cyprès et l’olivier
…avant l’éclosion de l’herbe
Mon père… est d’une famille de laboureurs
N’a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux… couleur du charbon
Mes yeux… couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
…elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c’est
L’huile d’olive et le thym

Mon adresse :
Je suis d’un village isolé…
Où les rues n’ont plus de noms
Et tous les hommes… à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !

Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
…à ce que l’on dit !

DONC

Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n’ai pas de haine pour les hommes
Que je n’assaille personne mais que
Si j’ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !

Mahmoud Darwich - Rameaux d’olivier - 1964

Rédigé par hobo-lullaby

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F
Magnifique.. Mahmoud Darwich m'émeut toujours tant sa façon de dire le vrai est subtile et profonde à la fois. Les mots sont pesés, leur sens t'étreint et tu visionnes immédiatement ce qu'il entend te faire comprendre. Une Ode contre toute forme de colonialisme et d'impérialisme... et la fierté d'être arabe en substance. Quant à la question de l'enfant juif elle est superbe mais hélas elle ne pénètre guère l'esprit des pères colonisateurs.. mais je crois qu'un jour cette force que nous transmets ce poète exceptionnel aura raison de la déraison. D'ailleurs et heureusement de plus en plus d'Israéliens en ont assez de cette colonisation qui fait d'eux des criminels.
Bises
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H
Bonsoir Fanfan

Darwich fait à mon avis parti des plus grands, je compte mettre prochainement en ligne "Attends la" qui est pour moi le plus beau des poèmes d'amour. Sa poésie est si riche qu'elle est faite pour l'éternité. Je crois comme toi que le peuple Palestinien obtiendra sa liberté, et qu'elle viendra du reveil du peuple Israelien.

Bises
Serge
M
Sublime poème de Mahmoud Derwich! Merci, Serge pour ta solidarité avec la peuple palestinien!
Répondre
H
Bonjour Mokhtar

Sublime comme toujours, La poésie de Darwich possède cette magie. Cette étincelle qui réveille les sens qui font de nous des humains. La souffrance du peuple Palestinien se transformera un jour en Liberté, j'en suis persuadé.

à bientôt mon ami
Serge
C
Bonjour Serge,

C'est truculent, j'adore !!

Et je viens m'inscrire, j'ai mon keffieh sur la tête quand je cuisine mes tomates à l'huile d'olive.
Je n'ai plus les mains calleuses depuis que je ne travaille plus mais les mots de la muse que l'on m'a prêtée aiment parfois durcir le ton de la pierre pour dire merci aux petits poètes qui riment si bien la souffrance et la dignité de leurs mots simples, forts et justes fleurant bon la liberté.
Merci à toi petit frère poète Serge-Hobo

(Il a posé une bonne question le minot de la vidéo)

Bisous du samedi joli

caro
Répondre
H
Bonjour Caro

Darwich est un maitre. Ce poème a été écrit en 1964 (un bon cru n'est-ce pas ?)
mais il est d'une actualité brulante. Tout ses poèmes retracent la lutte du peuple Palestinien et sont d'une force inouie, une force qui faisait dire à Bobby Sands :"j'ai raison", une force qui ne peut aboutir qu'à la Liberté

Beau dimanche
Bisoux
Serge