Publié le 10 Mai 2013

King Solomon Hill (1897 - 1949) de son vrai nom Joe Holmes, bien que son identité ai donné lieu à controverse, est un Bluesman du Mississippi qui n'a laissé comme héritage que quatre ou cinq enregistrements !

à savourer donc ...

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 9 Mai 2013

A travers le récit de trois "enfants de homes", anciens détenus de longues peines, ce film balaye le fonctionnement de la machine à enfermer. Dans un contexte où les problèmes sociétaux sont transformés en cas individuels, il refuse de parler en termes de cas personnels pour s’attacher aux parcours typiques dont ils peuvent témoigner. Même dehors, Marcus, Jean-Marc Mahy et Jean-François refusent d’oublier. L’un manifeste devant le Palais de justice lors d’un procès contre des matons, l’autre enchaîne débats et conférences... Pour eux, la prison ne sert à rien.

Source : L'Armurerie :

http://larmurerie.over-blog.com/article-qui-prier-pour-oublier-116909508.html

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 8 Mai 2013

1. LE SECOND BAPTEME

De pauvres mots

Mouillés de larmes, mouillés d’amertume

C’est là leur second baptême

Les oiseaux qui inventent leurs ailes

Se mettent à voler, se mettent à chanter

Et ces mots que l’on cache

Sont ceux de la liberté

Leurs ailes sont des épées

Qui déchirent le vent

2. CONVERSATION AVEC UNE FLEUR

Cyclamen des Cyclades, dans un creux de rocher

Où as-tu trouvé des couleurs pour fleurir

Où as-tu trouvé une tige

Pour te balancer

Dans le rocher j’ai recueilli le sang goutte à goutte

J’ai tissé un mouchoir de roses et maintenant

Je récolte du soleil.

3. ATTENTE

Ainsi avec attente les nuits sont devenues si longues

Que la chanson a pris racine et a grandi comme un arbre

Et ceux qui sont en prison, ô ma mère, et ceux qui sont en exil

Chaque fois qu’ils poussent un soupir… regarde!

Ici une feuille de peuplier tremble

4. PEUPLE

Petit peuple lutte sans épées ni balles

Pour le pain de tous, pour la lumière et pour le chant

Il garde dans sa gorge ses cris

De joie et de peine

Car s’il essaye de les dire

Les pierres se fendent

5. COMMÉMORATION

Dans un coin de la salle se tient le grand-père

Dans l’autre coin, dix petits-fils

Et sur la table neuf cierges sont enfoncés dans le pain

Les mères s’arrachent les cheveux et les enfants se taisent

Et par la lucarne la Liberté, la Liberté regarde et soupire

6. AURORE

Rayonnante et généreuse, petite aurore du printemps

Rayonnante et généreuse, te regarde de tous ses yeux

Rayonnante et généreuse, te souhaite la bienvenue

Deux charbons dans l’encensoir et deux grains d’encens

Rayonnante et généreuse, cette petite aurore

Trace une croix de fumée

Sur la porte de la Patrie

7. ÇA NE SUFFIT PAS

Pudique et sobre, il parlait peu

Il admirait la création

Mais quand l’épée l’a foudroyé

Il a rugi comme un lion

Maintenant la voix ne lui suffit pas

La malédiction ne lui suffit pas

Pour dire ce qui est juste

Il lui faut un fusil

8. JOUR VERT

Jour vert ardent, bonne pente parsemée

Clochettes et bêlements, myrtes et coquelicots…

La jeune fille tricote les objets de sa dot

Le jeune homme tresse des paniers

Et les boucs, le long du rivage

Lèchent le sel blanc.

9. LITURGIE (Célébration)

Sous les peupliers

Les oiseaux et les partisans

Se réunissent au mois de mai

Pour célébrer leur liturgie

Les feuilles brillent comme des cierges

Sur la terre du pays natal

Et dans le ciel, un aigle lit l’Evangile

10. L’EAU

Un peu d’eau sur le rocher

Un peu d’eau purifiée par le silence

Par le guet de l’oiseau, par l’ombre du laurier

Les partisans la boivent en secret

Comme l’oiseau ils relèvent la tête

Et bénissent leur mère misérable, la Grèce.

11. LE CYCLAMEN

Un petit oiseau rose lié par un fil

Avec ses petites ailes ondulées

Vole vers le soleil

Et si tu le regardes une seule fois

Il te sourira

Et si tu le regardes deux ou trois fois

Tu te mettras à chanter

12. FILLES GRÊLES

Des filles grêles

Sur le rivage

Récoltent le sel

Courbées, elles ne voient pas la mer

Une voile

Une voile blanche leur fait signe du large

Elles ne l’ont pas aperçue et la voile noircit de tristesse

13. LA CHAPELLE BLANCHE

La chapelle blanche sur la pente

Face au soleil

Fait feu

De sa fenêtre meurtrière

Et pendant toute la nuit

Sa cloche tinte doucement

Dans le feuillage des platanes

Pour la fête du Peuple Saint

14. EPITAPHE

Le brave qui est tombe la tête haute…

La terre humide ne le recouvre pas

Les vers ne le rongent pas

La croix est comme une aile sur son dos

II s’élève de plus en plus haut

II rencontre les aigles et les anges dorés.

15. ICI LA LUMIERE

La rouille ne peut rien contre le marbre

Ni les chaînes contre le vent

Ni les chaînes contre le Grec

Ici la lumière, ici le rivage

Lèchent l’or et l’azur

Sur les rochers, des cerfs gravent leur empreinte

Et mâchent des chaînes rouillées

16. LA CONSTRUCTION

« Comment va-t-on construire cette maison-là ?

Qui va poser les portes ?

Alors qu’il y a peu de bras

Et que les pierres sont insoulevables

Tais-toi! Les mains prennent de la force en travaillant

et leur nombre s’accroît

…Et n’oublie pas que toute la nuit

Les morts aussi nous aident.

(Traduction Mario Bois)

17. PROMIS À LA LIBERTÉ

Ici se taisent les oiseaux

et les carillons de la résurrection

dans le silence amer du Grec

qui veille ses morts –

aiguisant sur la pierre du silence

les griffes de sa vaillance

Seul et sans aide

promis à la Liberté.

18. NE PLEURE PAS LA GRÉCITÉ

Ne pleure pas la Grécité

lorsqu’elle est prête à fléchir

le couteau sur la gorge

la corde au cou

Ne pleure pas la Grécité –

voilà qu’elle reprend son envol

Son courage gronde

et harponne le fauve

avec la lance du soleil.

(Traduction Irène Droit)
.
.
.

Yannis RITSOS

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 7 Mai 2013

Lu sur O.P.A. ( orchestre poètique d'avant guerre ) : http://www.opa33.org/lettre-d-un-fantome.html

Un article de Gideon Levy sur Haaretz

Issawi a écrit une lettre aux Israé­liens. C’est un document à vous glacer le sang

Un groupe de femmes israé­liennes d’exception a com­mencé à rendre visite à Samer Issawi à l’hôpital Kaplan à Rehovot il y a quelques jours. Elles ne sont pas auto­risées à entrer dans sa chambre mais elles ouvrent sa porte, les bras pleins de fleurs, et lui crient des encou­ra­ge­ments jusqu’à ce que les gardes les contraignent à partir.

Cela fait 8 mois qu’Issawi fait la grève de la faim. Son sort bou­le­verse la Cis­jor­danie et laisse Israël de marbre. Il fut relâché dans le cadre de l’accord Shalit mais ramené en prison par les auto­rités israé­liennes sous pré­texte qu’il n’avait pas res­pecté les clauses de sa libération.

En 2002 il fut condamné à 26 ans d’emprisonnement et main­tenant Israël veut le main­tenir en prison jusqu’à ce qu’il meure ou jusqu’au terme de sa condam­nation, selon ce qui arrivera en premier.

Mardi, Issawi a écrit une lettre aux Israé­liens. C’est un document à vous glacer le sang, l’un des pires que j’ai jamais lus. Poussé par un sens de pro­fonde iden­ti­fi­cation, et de honte tout aussi pro­fonde, je sou­haite uti­liser cette tribune pour publier une version abrégée de cette lettre.

"… j’ai choisi de vous écrire, à vous, les intel­lec­tuels, les uni­ver­si­taires, les écri­vains, les jour­na­listes et les mili­tants de la société civile israé­lienne. Je vous invite à venir me rendre visite à l’hôpital et à me voir, sque­lette menotté et enchaîné à mon lit. Trois gar­diens épuisés, qui mangent et boivent au pied de mon lit, m’entourent. Les gardes suivent ma souf­france, la perte de poids. De temps en temps ils regardent leurs montres et se demandent : comment ce corps peut-il encore survivre ?

Israé­liens, je cherche parmi vous quelqu’un d’éduqué qui a dépassé le stade du jeu d’ombres et de miroirs. Je veux qu’il me regarde alors que je perds conscience. Qu’il efface la poudre noire de son crayon, les bruits des tirs de son esprit et qu’il regarde les traits de mon visage esquissés dans ses yeux. Je le verrai et il me verra. Je verrai à quel point il est tendu quand il pense à l’avenir et il me verra moi, fantôme accroché à son côté, qui refuse de partir.

« Peut-être vous demandera-t-on d’écrire une his­toire roman­tique à mon sujet. Vous témoi­gnerez que j’étais une créature dont il ne restait rien qu’un sque­lette, res­pirant, s’étouffant de faim, perdant conscience par moments. Et après votre silence glacé, mon his­toire sera une réussite à ajouter à votre CV. Quand vos élèves gran­diront, ils pen­seront que le Pales­tinien était mort de faim… Alors vous pourrez célébrer votre supré­matie morale et cultu­relle dans un rituel de mort. »

« Je m’appelle Samer al-Issawi, l’un de ces Arabes, comme le dit votre armée. Ce Jéru­sa­lémite que vous avez enfermé sans aucune raison sauf qu’il avait décidé de quitter Jéru­salem pour la ban­lieue de la cité. Je suis passé en jugement deux fois parce que l’armée (IDF) et le service de sécurité inté­rieure (Shin Bet) dirigent votre Etat et que tout le reste de votre société se cache dans une forteresse…pour se dérober à l’explosion de mes os suspects. »Je n’ai pas entendu un seul d’entre vous inter­venir ou tenter de bâillonner la voix de la mort qui grandit, tandis que vous êtes tous devenus des fos­soyeurs, des por­teurs d’uniformes mili­taires –vous, le juge, l’écrivain, l’intellectuel , le jour­na­liste, le mar­chand, l’universitaire ou le poète. Je n’arrive pas à croire qu’une société entière a pu devenir le gardien de ma mort et de ma vie, défenseur des colons qui per­sé­cutent mes rêves et mes arbres.

"Israé­liens, je mourrai content. Vous ne me chas­serez pas de ma terre et de ma patrie…vous ne péné­trerez pas dans mon esprit qui refuse de renoncer… peut-être com­prendrez vous main­tenant que le sens de la liberté est plus fort que le sens de la mort. N’écoutez pas vos généraux et les mythes pous­siéreux. Les vaincus ne res­teront pas vaincus et le vain­queur ne restera pas vic­to­rieux. L’histoire ne se mesure pas seulement dans les batailles, les mas­sacres ou les prisons, mais en tendant la main, en paix, à soi même et à l’autre.

« Israé­liens, je m’appelle Samer al-Issawi. Ecoutez ma voix, la voix du temps qu’il reste – le mien et le vôtre. Libérez vous de la quête avide du pouvoir. N’oubliez pas ceux que vous avez enfermés dans des prisons et des camps, entre les portes d’acier qui empri­sonnent votre conscience. Je n’attends pas qu’un gardien vienne me libérer, j’attends celui qui vous libérera de ma mémoire. »

C’est là l’homme qu’Israël est déterminé à garder enfermé et qu’il laisse mourir. Israël est indif­férent, content de lui, per­sonne n’ouvre la bouche, per­sonne ne pro­teste sauf une poignée de femmes dont l’une, Dafna Banai, m’a fait passer cette lettre.

Lien pour accéder à l’article original de Gideon Levy [Ang] :
http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/a-letter-from-a-ghost.premium-1.514849

Complément d'info :

Mardi 23 avril 2013

Samer Issawi a enfin vaincu ses geôliers. Le gréviste de la faim, détenu en « Israël », a accepté de cesser son action en échange d'une promesse de libération anticipée, en vertu d'un accord signé mardi, a-t-on appris de sources concordantes.

Aux termes de cet accord, Samer Issaoui, accusé de soi-disant « activités terroristes » par l’entité sioniste, devait être libéré au bout de huit mois (le 23 décembre 2013 ) à compter de la fin de sa grève de la faim et autorisé à regagner son domicile familial à Issawiya, un quartier de l’Est de Jérusalem occupé.

Les autorités d’occupation israéliennes réclamaient qu'il effectue le reste de sa peine initiale, à savoir: 26 ans.

Arrêté en 2002 et condamné à 26 ans de prison pour "activités terroristes", Samer Issaoui avait été libéré en 2011 dans le cadre d'un échange de prisonniers palestiniens contre le soldat israélien Gilad Shalit.

Mais il avait été de nouveau arrêté en juillet 2012, « Israël » l'accusant de s'être rendu de Jérusalem en Cisjordanie occupée pour y établir des "cellules terroristes" et réclamant qu'il effectue le reste de sa peine initiale, alors que le Palestinien affirmait y être allé pour faire réparer sa voiture.

Les autorités d’occupation israéliennes avaient d'abord accepté de libérer "immédiatement" le détenu sous condition de bannissement dans la bande de Gaza, ce que Samer Issaoui avait refusé.

« Israël » avait aussi proposé à l'Union européenne de l'expulser vers un de ses Etats membres, une initiative rejetée par le gréviste de la faim.

Hospitalisé près de « Tel Aviv » dans un état critique, Samer Issaoui, 33 ans, un militant du Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), a commencé à reprendre des vitamines lundi soir à la suite de cet accord, selon un communiqué du club des prisonniers palestiniens, citant son avocat Jawad Boulos.

Rappelons que les forces d’occupation israéliennes détiennent près de 4.700 Palestiniens, la plupart pour des motifs de sécurité, dont environ 170 en détention administrative, c'est-à-dire sans inculpation ni procès, et 235 mineurs.

Source : http://www.palestine-solidarite.org/actualite.Al-Manar.230413a.htm

Lettre d’un fantôme

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 6 Mai 2013

Afrique mon Afrique

Afrique

Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grand-mère

Au bord de son fleuve lointain

Je ne t’ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandu

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de l’esclavage

L’esclavage de tes enfants

Afrique dis moi Afrique

Est-ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l’humilité

Ce dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux cet arbre robuste et jeune

Cet arbre là-bas

Splendidement seul au milieu des fleurs

Blanches et fanées

C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

L’amère saveur de la liberté.

David DIOP

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 4 Mai 2013

Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d’enfants : huit
Et le neuvième… arrivera après l’été !
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j’ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d’écolier
Je les tire des rochers…
Oh ! je n’irai pas quémander l’aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines…
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l’effusion de la durée
Avant le cyprès et l’olivier
…avant l’éclosion de l’herbe
Mon père… est d’une famille de laboureurs
N’a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux… couleur du charbon
Mes yeux… couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
…elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c’est
L’huile d’olive et le thym

Mon adresse :
Je suis d’un village isolé…
Où les rues n’ont plus de noms
Et tous les hommes… à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !

Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
…à ce que l’on dit !

DONC

Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n’ai pas de haine pour les hommes
Que je n’assaille personne mais que
Si j’ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !

Mahmoud Darwich - Rameaux d’olivier - 1964

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 3 Mai 2013

Si vous vous demandez pourquoi Big Bill Broonzy est considéré comme un des plus grands Bluesman, voici un indice ...

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié le 2 Mai 2013

Il est des hommes qui lorsqu'ils décortiquent et expliquent les choses, les rendent limpides. Howard Zinn fait partie de ceux-là.
Le problème c’est l’obéissance civile

Je pars de l’hypothèse que le monde est sens dessus-dessous, que les choses vont mal, que ceux qui ne devraient pas être en prison le sont et ceux qui le devraient ne le sont pas, que ceux qui ne devraient pas être au pouvoir le sont et ceux qui devraient avoir plus de pouvoir n’en ont pas, que les richesses, non seulement dans ce pays, mais dans le monde entier, sont distribuées de telle façon qu’il ne s’agit pas de faire une petite réforme, mais une refonte totale du système de redistribution des richesses. Je pars de l’hypothèse que nous n’avons pas grand-chose à dire là-dessus : il nous suffit de nous pencher sur l’état du monde actuel pour réaliser que c’est le chaos.

Daniel Berrigan, prêtre catholique et poète pacifiste, est en prison tandis que J. Edgar Hoover est libre. David Dellinger, qui dénonce les guerres depuis tout petit avec toute son énergie et sa rage, risque fort de se retrouver en prison, alors que les responsables du massacre de My Lai ne font l’objet d’aucune poursuite en justice. Ils sont à Washington, où ils occupent divers postes plus ou moins importants en relation avec le déclenchement de massacres, qui les étonnent quand ils se produisent. A l’université d’état du Kent, quatre étudiants ont été tués par la garde nationale et des étudiants ont été inculpés. Dans chaque ville de ce pays, lors de manifestations, ceux qui sont présents, qu’ils aient manifesté ou pas, quoi qu’ils aient fait, sont agressés et matraqués par la police, puis sont arrêtés et détenus pour avoir agressé un policier.

J’ai analysé ce qui se passe tous les jours dans les tribunaux de Boston, Massachussetts. Vous seriez suffoqué, ou peut-être pas si vous êtes au courant, si vous avez connu cela, si vous avez réfléchi à la question, si vous avez été choqué par la série d’injustices quotidiennes qui s’insinuent au sein de cette merveilleuse institution qu’on appelle la procédure en bonne et due forme. Eh bien, c’est là-dessus que je fonde mon raisonnement.

Il vous suffit de lire la correspondance depuis la prison de Soledad de George Jackson, condamné à une peine de prison allant d’un an à la perpétuité, et qui est resté dix ans en prison pour avoir braqué une station-essence pour 70 dollars. Et puis, il y a ce sénateur qui est soupçonné de prélever 185 000 dollars par an, ou quelque chose d’avoisinant, sur les déductions d’impôts pour épuisement des réserves pétrolières.

Pour l’un c’est du vol, pour l’autre c’est légal. Il y a un problème, il y a un énorme problème quand on véhicule dans tout le pays 10 000 bombes bourrées de gaz neurotoxiques et qu’on s’en va les larguer dans le jardin du voisin pour ne pas endommager le nôtre. Alors, au bout d’un moment, on perd toute notion. Si on ne réfléchit pas, si on ne s’informe qu’à la télévision ou en lisant les publications universitaires, on finit par se dire que la situation n’est pas si catastrophique que cela et que les problèmes ne concernent que des questions marginales. Mais si on prend un peu de recul, on se rend compte que c’est l’horreur. Et c’est donc la raison pour laquelle nous devons partir de l’hypothèse que tout est véritablement chaotique.

Et le sujet de réflexion, la désobéissance civile, est pris à l’envers. Dès qu’on parle de désobéissance civile, on se dit que le problème, c’est la désobéissance civile. Ce n’est pas cela, notre problème… le problème, c’est l’obéissance civile. Notre problème, c’est le nombre incalculable de gens qui ont obéi aux diktats de leurs dirigeants et qui sont partis en guerre partout dans le monde entier, et que cette obéissante s’est traduite par des millions de morts. Notre problème, c’est cette scène du film “A l’Ouest rien de nouveau”, où on voit des écoliers défiler consciencieusement pour aller faire la guerre. Notre problème, c’est que les gens sont soumis, partout dans le monde, face à la pauvreté, à la famine, à la bêtise, à la guerre et à la cruauté. Notre problème, c’est que les gens obéissent et que les prisons sont pleines de petits délinquants, tandis que les grands truands gèrent le pays.

C’est cela, notre problème. On comprend cela quand il s’agit de l’Allemagne nazie. On sait que le problème, c’est la soumission, que les gens ont obéi à Hitler. Les gens ont obéi, c’était mal. Ils auraient dû se rebeller et résister au système et si seulement nous avions été là, nous leur aurions montré. Même dans la Russie de Staline, on constate cela : les gens sont dociles, ce sont des moutons. Mais l’Amérique est différente. C’est ce qu’on nous a inculqué depuis toujours. Depuis que nous sommes tout petits, j’entends encore ce discours résonner dans les instructions de M. Frankel, choisissez une, deux, trois, quatre, cinq choses plaisantes concernant l’Amérique et que nous ne voulons pas trop voir bousculées. Mais si nous avons appris quoi que ce soit ces dix dernières années, c’est que ces belles choses concernant l’Amérique n’ont jamais été belles. Depuis le début, nous sommes expansionnistes, agressifs, et cruels envers les autres. Et nous sommes agressifs et cruels envers les gens de ce pays, et nous redistribuons les richesses de manière très injuste. Et il n’y a jamais eu de justice dans les tribunaux pour les pauvres, pour les Noirs, pour les contestataires. Comment peut-on prétendre fièrement que l’Amérique est unique ? Elle n’est pas unique. Absolument pas.

L’obéissance civile ; eh bien, c’est ce dont nous allons parler, c’est notre problème. La loi est très importante. Nous parlons ici d’obéissance à la loi - la loi, cette merveilleuse invention des temps modernes, que nous attribuons à la civilisation occidentale et dont nous parlons avec fierté. Le droit, oh, comme ils sont extraordinaires tous ces cours sur la civilisation occidentale, donnés dans tout le pays. Souvenez-vous de l’époque sinistre où la population était exploitée par le régime féodal. Tout était abominable au Moyen-âge, mais maintenant, nous avons la civilisation occidentale, l’état de droit. Le droit a normalisé et exploité au maximum l’injustice qui existait avant lui, c’est cela qu’a fait le droit. Examinons tout d’abord le système de manière réaliste et non pas avec cette satisfaction métaphysique avec laquelle nous le considérons depuis toujours.

Quand, dans tous les pays du monde, le droit est le chouchou des dirigeants et un fléau pour le peuple, alors nous devons commencer à reconnaître ceci. Nous devons dépasser les frontières nationales dans notre réflexion. Nixon et Brejnev ont plus en commun entre eux que nous avec Nixon. J. Edgar Hoover a plus en commun avec le chef de la police secrète soviétique qu’avec nous. C’est cet engagement international aux lois qui crée de solides liens d’amitié entre eux. C’est pour cela que nous sommes toujours surpris de voir que, lorsqu’ils se retrouvent, ils sourient, se serrent la main, fument le cigare ensemble, s’apprécient mutuellement, et cela, indépendamment de leurs discours officiels. C’est comme les partis républicain et démocrate, qui prétendent qu’il y aura un grand changement si l’un ou l’autre l’emporte, et pourtant, c’est toujours la même chose. Au bout du compte, c’est eux contre nous.

Yossarian avait raison, vous vous souvenez dans Catch 22 ? Il avait été accusé d’avoir fourni de l’aide et du réconfort à l’ennemi, ce dont personne ne devrait jamais être accusé et Yossarian avait alors dit à son ami Clevinger : “L’ennemi c’est celui qui te fera tuer, de quelque camp qu’il soit”. Mais comme ces paroles n’avaient provoqué aucune réaction, il avait ajouté : " mets-toi bien ça dans le crâne, sinon, un jour ou l’autre tu vas te retrouver mort". Et, souvenez-vous, peu de temps après ça, Clevinger était tué. On ne doit jamais oublier que nos ennemis ne sont pas séparés par les frontières, que ce ne sont pas des gens qui parlent une langue différente et qui vivent dans des territoires différents. Les ennemis sont ceux qui veulent nous tuer.

On nous dit : “et si tout le monde désobéissait à la loi ?” Mais il vaudrait mieux poser la question : “et si tout le monde obéissait à la loi ?” La réponse à cette question est bien plus facile à trouver car nous avons énormément de preuves empiriques de ce qui se passe quand tout le monde obéit à la loi, ou même quand la majorité de la population le fait. Ce qui se passe, c’est ce qui s’est passé, ce qui se passe actuellement. Pourquoi les gens se prosternent-ils devant la loi ? Et c’est ce que nous faisons tous, même moi je dois lutter, car c’est ancré au plus profond de moi-même depuis que je suis petit, du temps où j’étais louveteau. Une des raisons qui font qu’on se prosterne devant la loi, c’est son ambivalence. À l’époque actuelle, on se retrouve avec des mots, des expressions qui ont plusieurs significations, comme par exemple “sécurité nationale”. Ah oui, il faut agir au nom de la “sécurité nationale”. Ok, qu’est-ce que cela veut dire ? La sécurité nationale de qui ? Où ?

La loi recèle bien des choses. La loi, c’est la “Bill of Rights”, la Déclaration des Droits, en fait, c’est ce à quoi on pense en vénérant la loi. La loi est censée nous protéger, la loi, ce sont nos droits, la loi, c’est la constitution. Le jour de la célébration de la "déclaration des droits", il y a un concours de dissertations sur le sujet organisé par la Légion Américaine, c’est ça, la loi. Et c’est ça qui est bien.

Mais il y a un autre aspect de la loi qui ne fait pas l’objet de tant de battage publicitaire – c’est celle qui est en vigueur jour après jour, mois après mois, année après année, depuis que la république existe et qui permet de distribuer les richesses du pays de façon à ce que quelques-uns soient très riches et les autres très pauvres et que certains courent comme des poulets sans tête pour s’accaparer les miettes. C’est la loi. Si vous allez en fac de droit, vous constaterez tout cela. Vous pouvez évaluer tout cela en comptant simplement le nombre de gros manuels de droit que les gens trimballent avec eux et voir combien d’entre eux parlent de “droit constitutionnel” et combien parlent de “propriété”, “contrats”, “délits”, “droit commercial”. Et c’est de cela essentiellement dont il s’agit quand on parle de loi. La loi, c’est la réduction d’impôts pour l’épuisement des réserves de pétrole, mais on ne fait pas faire de dissertations là-dessus. Il y a donc une partie de la loi qui est mise en exergue, voilà la loi, la constitution et il y a les autres facettes de la loi, celles qui se font sans bruit, et dont personne ne parle.

Cela a commencé il y a bien longtemps. Quand la Déclaration des Droits a été adoptée pour la première fois, vous vous rappelez, dans le premier gouvernement de Washington ? Super ! La Bill of Rights a été votée ! Gros battage médiatique. Et, parallèlement, le programme économique d’Alexander Hamilton était adopté aussi. Sympa, discret, l’argent pour les riches, je schématise, mais pas tant que cela. C’est avec le programme économique d’Hamilton que tout a commencé. On peut relier directement son programme économique à la loi sur les réductions d’impôts pour l’épuisement des réserves de pétrole, et les dégrèvements d’impôts pour les entreprises. C’est de cela qu’il s’agit, depuis le tout début. Matraquage pour la Déclaration des Droits, discrétion pour les lois sur l’économie.

Vous savez, faire respecter les différentes parties de la loi est aussi important que la publicité faite autour des différentes parties de la loi. La Déclaration des Droits est-elle respectée ? Pas vraiment. On s’aperçoit que la liberté d’expression en droit constitutionnel est une notion difficile et ambiguë. Personne ne peut vraiment dire à quel moment on peut s’exprimer librement et quand on n’en a pas le droit. Lisez simplement toutes les décisions de la cour suprême des Etats-Unis. Parlons-en du caractère prévisible du système quand on n’a aucune idée de ce qui va arriver si on se met à haranguer les gens sur la place publique ! Cherchez les différences dans les affaires Terminiello et Feiner et essayez de deviner comment elles se sont conclues. En passant, il y a une partie de la loi qui, elle, n’est pas vague du tout et qui concerne le droit des citoyens de distribuer des tracts dans la rue. La cour suprême a été très claire là-dessus. A chacune des décisions qu’elle prend, elle rappelle le droit inaliénable des citoyens à distribuer des tracts dans la rue. Faites le test. Descendez dans la rue distribuer des tracts. Un policier va venir vous voir pour vous dire de partir, vous lui répondez alors : " Ah ah ! Vous ne connaissez pas l’arrêt que la Cour Suprême a rendu à la suite de l’affaire Marsh contre l’état d’Alabama en 1946 ?” C’est cela la réalité de la Déclaration des Droits. C’est cela la réalité de la Constitution, cette partie du droit qu’on nous décrit comme un système extraordinaire. Et sept ans après l’adoption de la Déclaration des Droits, qui indique clairement qu’il est interdit au Congrès de voter des lois visant à limiter la liberté d’expression, le Congrès votait une loi qui limitait la liberté d’expression. Rappelez-vous. C’était la loi appelée "Sedition Act" de 1798.

Et donc, on n’a pas fait appliquer la Déclaration des Droits. C’est le programme d’Alexander Hamilton qui a prévalu, parce que lorsque les producteurs de whisky se sont révoltés, en 1794 en Pennsylvanie, rappelez-vous, c’est Hamilton en personne qui s’est déplacé pour réprimer la révolte afin de veiller à ce que la loi sur l’impôt sur le revenu soit appliquée. On retrouve la même chose tout au long de l’histoire jusqu’à nos jours, il y a les lois qui sont appliquées et celles qui ne le sont pas. Il faut donc être prudent quand on dit : "Je suis pour la loi, je la respecte profondément et je lui obéis”. De quelle facette de la loi parle-t-on ? Je ne suis pas contre toute loi. Mais j’estime qu’il faut commencer à bien comprendre ce que font les lois et pour qui.

Il y a d’autres problèmes concernant la loi. C’est curieux, les gens pensent que la loi amène l’ordre. C’est faux. Comment savoir que la loi n’amène pas l’ordre ? Il suffit de regarder autour de soi. Nous vivons dans un Etat de droit. Et quel ordre avons-nous ? On vous dit qu’il faut se méfier de la désobéissance civile car elle conduit à l’anarchie. Regardez bien le monde actuel, où prévaut l’état de droit. Nous sommes dans une période qui se rapproche le plus de ce que les gens pensent être l’anarchie – le chaos et le banditisme international. Le seul ordre qui soit véritablement valable ne vient pas de la mise en application de la loi, il vient de la construction d’une société juste, où sont établis des rapports harmonieux et où seule une réglementation minimum est nécessaire pour créer un ensemble de dispositions concernant les rapports entre les gens. Mais l’ordre qui s’appuie sur le droit et la force de la loi, c’est l’ordre de l’état totalitaire, qui conduit inévitablement soit à une injustice totale, soit, finalement, à la rébellion- en d’autres termes, à un très grand désordre.

Nous grandissons tous avec l’idée que la loi est sacrée. Ils ont demandé à la mère de Daniel Berrigan ce qu’elle pensait du fait que son fils violait la loi. Après avoir mis le feu à des registres du bureau de conscription, probablement un des actes les plus violents de ce siècle, pour protester contre la guerre, il avait été condamné à la prison, comme il se doit pour un criminel. Ils ont demandé à sa mère âgée de plus de 80 ans ce qu’elle pensait du fait que son fils avait violé la loi. Elle a regardé le journaliste droit dans les yeux et lui a répondu : "Ce n’est pas la loi de Dieu”. Et ça, on l’oublie. La loi n’a rien de sacré. Pensez à qui fait les lois. La loi n’est pas faite par Dieu, elle est faite par Strom Thurmond. Si on a le moindre sentiment de ce qui est saint, beau et révérencieux dans la loi, il suffit de bien regarder les élus du pays, ceux et celles qui font les lois. Aller assister à une session législative de son état, aller assister à une session du congrès, car ce sont ces gens-là qui font les lois que nous sommes ensuite censés vénérer.

Tout ceci est fait dans un décorum destiné à nous berner. C’est le problème. A l’époque, c’était confus. On ne savait pas. Maintenant, on sait, tout est écrit dans les livres.

Aujourd’hui, nous avons les procédures en bonne et due forme. Aujourd’hui, il se passe ce qui se passait avant, sauf que nous respectons les procédures légales. A Boston, un policier s’est rendu dans un hôpital et a tiré à cinq reprises sur un Noir qui lui avait donné un coup de serviette de toilette sur le bras et l’a tué. Au cours de l’audience, le juge décidait que l’acte du policier était justifié, parce que s’il n’avait pas réagi, il aurait perdu l’estime de ses collègues. C’est cela qu’on appelle un jugement en bonne et due forme, à savoir que le type ne s’en est pas tiré comme ça. Il y a bien eu un procès en due forme et tout s’est arrangé. Le décorum, la bienséance de la loi nous leurrent.

Le pays, à l’époque, a été fondé sur le non respect de la loi, et c’est ensuite qu’il y a eu la constitution et la notion de stabilité comme les appréciaient Madison et Hamilton. Ensuite, nous avions découvert à certaines périodes cruciales de notre histoire que le cadre juridique ne suffisait plus, et afin d’abolir l’esclavage, nous avons dû sortir de ce cadre juridique, comme nous avions dû le faire à l’époque de la Révolution ou de la guerre de Sécession. L’union a dû sortir du cadre juridique pour établir certains droits dans les années 1930. Et actuellement, où nous sommes dans une période peut-être encore plus critique que la révolution ou la guerre de Sécession, les problèmes sont si abominables qu’ils nous poussent à sortir du cadre légal pour faire une déclaration, pour résister, pour commencer à créer les institutions et les relations que doit avoir toute société qui se respecte. Non, il ne s’agit pas simplement de démolir, mais de construire quelque chose. Mais même si on cherche à construire ce qui n’est pas censé l’être, si on essaie, par exemple, de créer un parc populaire gratuit, ça, ce n’est pas détruire, on construit quelque chose, mais c’est interdit, alors, la police privée arrive pour vous obliger à partir. C’est la forme que va prendre de plus en plus la désobéissance civile : des gens qui tenteront de construire une nouvelle société au sein de l’ancienne.

Et le droit de vote et les élections ? La désobéissance civile ? Il n’y en pas besoin, nous dit-on, parce que nous pouvons passer par le processus électoral. Nous devrions le savoir, depuis tout ce temps, mais peut-être que non, car nous avons grandi avec la notion que le bureau de vote était un lieu sacré, presque comme un confessionnal. Vous entrez dans le bureau de vote, vous en ressortez, on vous prend en photo et votre visage au sourire béat est publié dans toute la presse. Vous venez de voter, c’est ça, la démocratie. Mais si on lit ce que disent les politologues - mais qui en est capable ? - du processus électoral, on constate que c’est une supercherie. Les états totalitaires adorent les élections. Ils font déplacer les gens pour voter et enregistrent leur bénédiction. Je sais qu’il y a une différence, ils n’ont qu’un parti, nous, nous en avons deux. Vous voyez… Nous avons un parti de plus qu’eux…

Ce que nous tentons de faire, je suppose, c’est de revenir véritablement aux principes, aux objectifs de la Déclaration d’Indépendance. L’esprit de la résistance à l’autorité illégitime et à des forces qui privent les gens de leur vie, de leur liberté, de leur droit à la quête du bonheur et donc, dans ces conditions, il incite au droit de réformer ou d’abolir la forme actuelle de leur gouvernement, et surtout d’abolir. Mais pour établir les principes de la déclaration d’indépendance, il va falloir sortir du cadre légal, cesser d’obéir à des lois qui imposent de tuer ou qui répartissent les richesses de la façon dont cela a été fait, ou qui mettent les gens en prison pour des petits délits et laissent en liberté des gens qui ont commis des crimes abominables. Mon espoir c’est que cet esprit de résistance naîtra non seulement dans ce pays, mais également dans d’autres pays car ils en ont tous besoin. Les peuples de tous les pays ont besoin de cet esprit de désobéissance à l’Etat, qui n’est pas un concept métaphysique mais une entité qui allie force et richesses. Il nous faut une sorte de Déclaration d’Interdépendance entre les peuples de tous les pays du monde qui luttent pour la même chose.

Source : http://resistance71.wordpress.com/2012/12/11/resistance-politique-notre-probleme-est-lobeissance-civile-howard-zinn/

Howard Zinn sur la soumission

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #howard zinn

Publié le 1 Mai 2013

Lu sur Article 11, un texte de Pierre Souchon, un texte qui dérange, qui prend aux tripes, qui est simplement beau ...

Ce témoignage a été publié dans le numéro 11 de la version papier d’Article11 (toujours en kiosques, soit dit en passant...)

*

Ça ne manque jamais. Tu discutes avec un proche qui est passé par l’hôpital psychiatrique et, par conviction, par solidarité, tu descends en flammes les cachetons, les blouses blanches, l’isolement « thérapeutique ». Et le proche te regarde d’un air las : « Je préfère encore les médocs et les psys à cette souffrance dégueulasse. » C’est qu’aujourd’hui, à part en discours, il y a peu d’alternatives. Pierre, bipolaire, hospitalisé trois fois dont deux de force, parle de ce passage par la machine.

*

« Je pourrais avoir un verre d’eau, s’il vous plaît ?
- Bien sûr... Te
nez. »
Cet été 2003 caniculaire, j’ai pas un rond et j’ai une soif d’enfer.
Je repose mon verre sur le comptoir de la gare de Valence.
« Je voudrais la....
- Non, je ne vous ne ressers pas. Vous consommez ou vous par
tez. »
Ça me sidère tellement que je m’assois dans le bistrot. Je regarde la jeune fille... Assoiffé... Elle refuse peut-être parce que je suis un peu agité. Depuis le matin, je squatte avec des clodos sur le parvis… On a dû me repérer… J’ai insulté c’est vrai des passants qui les méprisaient… Et quand j’ai réuni du fric pour une fille qui en avait pas, les gens que j’ai taxés avaient pas trop le choix… J’ai fait la manche à la très dure… Enfin un coup de flotte, c’est quand même pas compliqué. Elle me mate du coin de l’œil, indignée...
« Je ne le répèterai pas, monsieur. »
Je réponds pas... Boire ! Il doit faire quarante dans le rade...
« Je vous avertis, j’ai appelé la police.
Parce que je demande à boire ? Vous avez bien fait. Je vais leur expliquer, aux flics, pourquoi vous les faites déplacer
... »

J’allume une clope et deux uniformes rentrent dans le café, un mec très grand et puis un petit.
« Monsieur ? Vous allez nous suivre.
- Non non. Je veux juste un verre d’eau.
- Vous troublez la tranquillité du bar. On est de la police ferroviaire, on va s’expliquer.
- Non. J’ai rien fai
t d’illégal. »
Le petit se précipite vers moi et me menotte direct. Ça me défonce les poignets parce que je tire fort pour me détacher, aussi parce que j’ai une triple fracture de la main qui est plâtrée. Je hurle au type qu’il me lâche, que je veux boire un coup. Il s’en fout royal, et me trimballe dans toute la gare jusqu’à son local, où il me menotte au radiateur.
« Tu fais moins le malin ?, il se renseigne. T’es calmé, petit con ? » Ils se bidonnent.
« T’as vu, Bernard, il est gentil, maintenant... Hein, glandu ? »
Bernard vient vers moi. Clac ! En pleine gueule le mollard ! Je le préparais depuis longtemps, bourré de nicotine tout à fait noir... Il s’essuie la tronche... Il me crache lui aussi à la gueule cet enfoiré ! Moi je peux pas m’essuyer, menotté boum ! Il m’envoie une mandale, une correcte boum ! De l’autre côté ! Ah l’aller-retour, je suis sonné ! _ « Vas-y Bernard t’es un homme !, je l’encourage. Je suis attaché, reviens m’en coller une ! T’es courageux... » Vlam ! Torgnole encore ! _ « Tu la fermes, connard ? »

La police nationale se pointe.
« Je veux voir un officier de police judiciaire, je demande. Ils m’ont frappé. » Ils sont quatre. « Ouais ouais, moi je suis OPJ », se présente un flic. Qui me projette sur le carrelage, genou dans le dos ! Il me repasse les menottes, il m’étouffe... Je respire à peine...
« Tu te calmes, t’as compris ?, il crie l’OPJ. Ta gueule ! Les pompiers arrivent. »
Il me maintient à terre... Dès que je bouge ça me la coupe... Je la joue tapis maintenant, carpette, les flics se marrent... Les pompiers me mettent dans l’ambulance. Menotté sur le siège, je leur demande de la flotte. Ils m’en foutent partout sur la gueule. À l’hôpital général, ils me refilent à des infirmiers.
« Suivez-nous, me demande un jeune, on va vous faire boire. »
Ils m’amènent jusqu’à un lavabo, je suis vachement content.
Je bois peut-être deux litres de flotte avec eux qui m’encerclent.
« Merci, je leur dis, c’est sympa. Je vais rentrer chez moi.
- Vous devriez vous calmer, monsieur, vous êtes très excité.
- C’est sûr... J’ai des coquards partout sur la gueule, ils m’ont menotté alors que j’ai la main plâtrée, explosé les poignets, couché par terre pendant trois quarts d’heure en attendant les pompiers... Mais je suis très calme, vous voyez, par rapport à ce qui m’est arrivé... Maintenant, j’y v
ais. »

Ils se jettent sur moi, à huit. J’avais pas remarqué le pieu, dans la pièce, le genre bizarre, deux grandes planches de bois en croix avec des lanières. Ils m’attachent dessus… Sévèrement... « Laissez-moi, je hurle, qu’est-ce-que c’est que ce merdier ! » Ils s’en tapent, ils partent. Je suis tout seul, sanglé des pieds à la tête sur ce lit... Le plâtre, nom de dieu. Pète-le, pète-le, là contre le bois... Boum ! Il va casser... Saloperie de fracture que ça fait mal... Je l’ai cassé, ma main gauche est libre ! Hop ! Je me redresse... Je détache la main droite... Les sangles sont bien fixées... Ça y est ! Un bruit de clés dans la porte... Fais style t’es allongé, bouge pas... « Tout va bien monsieur ? », il s’inquiète l’infirmier... « JP Xalla », y a marqué sur sa blouse... Je vais te montrer JP comment ça va bien, il s’approche boum ! En pleine gueule je lui en colle une à la surprise, « viens là, fils de pute, viens on s’explique ! », mais JP il ramasse ses lunettes et il se tire. Vite ! Je détache les pieds... On peut m’expliquer ce que je fous là putain pour un verre d’eau ? Ils reviennent ! Une dizaine ! C’est une médecin, elle, « S. Cancet », elle me pique dans le cul ! Fort ! Ils me laissent ! « Debout, les damnés de la terre... », je chante, ça va me tenir éveillé. « Debout, les forçats de la faim / La raison... » Je vais pas tellement loin dans les couplets.

Je me suis réveillé attaché pareil, transféré à l’hôpital psychiatrique pendant mon sommeil de 36 heures. J’ai regardé autour de moi... « À boire ! », j’ai crié. J’avais de la suite dans les idées. Eux aussi puisqu’ils m’avaient hospitalisé à la demande d’un tiers, mes parents avaient signé. J’ai fait un cinéma extraordinaire, dans cet hosto. Emprisonné embastillé pour un verre d’eau ça allait chier, j’ai retourné le service de la tête aux pieds. Un bordel gigantesque, je leur ai mené, à jamais prendre mes cachets, à me faire dégueuler, à être attaché plusieurs heures dès que je l’ouvrais... Ils ont fini par serrer la vis chimique. Là, j’ai passé deux ressourçantes semaines à me tenir aux murs pour marcher, chancelant j’y voyais plus que dalle, avec ma mâchoire que j’arrivais pas à fermer et un filet de bave ininterrompu sur mon tee-shirt, je l’essorais en fin de journée. J’ai cessé de résister. Je suis sorti un mois plus tard. Un soir, j’ai dit à mon père que je les retrouverais, les flics qui m’avaient tabassé, et les infirmiers qui m’avaient attaché. J’avais leurs noms. Je savais où ils bossaient, je me les ferais tous. Un par un. « Mais Pierre, il m’a regardé, papa. Ils t’ont sauvé la vie... » C’est grâce aux cachets que j’absorbais encore par paquets entiers que je l’ai pas foutu par la fenêtre.

***

Elles sont torchées, ces quelques lignes, elles font frissonner. Du verre d’eau à la camisole de force, de quoi sonner la charge. Et j’aurais pu multiplier plusieurs dizaines de paragraphes entiers détaillés tout à fait, profusion d’offenses et de vexations, privations tous azimuts et maltraitance qui dit son nom.
Rien à jeter, dans mon récit d’HP, du lourd c’est révoltant j’avais vingt ans, gamin tabassé, légumisé, prisonnier.
Je suis fatigué de ces envolées.

Nettement transgressive et n’écoutant que son dissident courage, Virginie Despentes narre sur des dizaines de pages dans Bye Bye Blondie comment une jeune punkette c’est terrifiant est persécutée à l’asile par de vilains médecins qui ne comprennent rien. Radicale nouveauté, un type à Lyon entreprend de bloguer sur son vécu psychiatrisé où l’on apprend halluciné que là où il était les patients marchent d’un pas neuroleptisé, et qu’en réalité tenez-vous bien Mme Machin c’est une machine à normaliser, l’HP. On lit régulièrement, c’est envoyé, des papiers très argumentés et témoignés, où l’on comprend qu’à l’HP on est enfermé et que c’est très méchant, parce que tous ces gens encabanés n’ont rien demandé et que c’est mieux la liberté. J’ai même appelé des sociologues, des filles vachement sympas qui bossent sur la santé mentale. Elles ont lu en abondance des tranches de vie hospitalisée, elles y ont appris combien en psychiatrie les gens étaient martyrisés – et m’ont renvoyé à « un mouvement critique hyper dur au Canada, une association d’anciens patients qui s’appelle ’The Survivors’ ».

C’est que c’est miraculeux, de survivre à l’HP.
Je n’en reviens toujours pas, de ma chance.
Hospitalisé trois fois, dont deux de force, avec les flics, les pompiers, ambulances et tout un fantastique tremblement, j’ai survécu.
Je suis très solide.
Il faut quand même bien prendre conscience que dans ces lieux on est soigné. C’est particulièrement monstrueux, d’être soigné. Quand par exemple je ne parvenais plus à dormir et que ça durait depuis plus de deux mois, là-bas on me faisait dormir avec des cachets. C’est particulièrement terrible, de dormir. Il y avait des moments où j’avais plein d’idées à la fois, ça s’enchaînait plein pot, c’était brillant vachement costaud, du point de vue littéraire j’avais d’un seul coup tout découvert, il fallait que j’écrive ma faramineuse matière. Là-bas on me disait qu’on n’allait pas me fournir du papier et qu’il fallait plutôt me reposer. C’est particulièrement douloureux, de se reposer. Aussi, des fois, je discutais deux heures avec le psychiatre de tous mes problèmes, il me posait des questions très inquisitrices en quantité, il disait que j’étais bipolaire, que c’était un problème de synapses et que ça allait s’arranger rapidement avec un traitement adapté. C’est particulièrement dégueulasse, de discuter. Lorsque j’allais visiter tous les patients dans leurs chambres en leur proposant des tas d’activités inédites vous m’en direz des nouvelles, les médecins menaçaient de m’attacher si je ne laissais pas les gens tranquilles parce qu’ils étaient malades. C’est particulièrement scandaleux, de laisser les gens tranquilles.

***

Je vous revois tous, mes camarades.
Je te revois, Michel, pleurer sur ton lit, parce que ta femme avait ourdi un complot avec des businessmen en Arabie Saoudite et à Dubaï pour t’éliminer, et que Gabriel, ton fils de 11 ans, était dans le coup patiemment monté.
Je te revois, Habib, me demander d’aller chercher ta tête posée là-bas sur la télé, et j’y allais, y avait que ça pour te calmer, je te la donnais, tu me remerciais en me parlant de « la guerre d’Irak ma barbichette toi t’es un homme la lessive de ma mère l’hélicoptère boum ».
Je te revois, Sylvie, ton dos brisé jeté du haut d’un pont, tes poignets scarifiés que tu ne pouvais plus lever pour embrasser ta petite fille qui sanglotait.
Je te revois, Julien, me mettre en garde contre ma psychiatre « qui ne veut que du cul avec toi et partir baiser en Amérique latine la salope », avec ta gueule de Jésus prophète et ta jambe très raide qui t’empêchait de te déplacer – tu pouvais en réalité marcher normalement, je le remarquais quand tu montais les escaliers.
Je te revois, Abderrazak, toi qui embrassais mon père parce que « ça fait vingt ans que mon père m’a pas embrassé », poursuivi jusque dans tes nuits par ces adultes qui petit t’avaient tout pris.
Je vous revois, Steph’, Georges, Alain, « on est des toxs », vous me disiez, tremblés de spasmes, secoués de manque, « faut qu’on s’en sorte, Pierre, faut qu’on s’en sorte », et vos frères en alcoolisme, leurs familles pulvérisées.

Et je vous vois tous, mes camarades.
Je suis celui qui insulte la fontaine à Lyon et lui balance des coups de pied.
Je suis celui qui demande quinze fois l’heure près du centre commercial à des clodos qui finissent par le chasser à coups de bouteilles.
Je suis celui qui collectionne et mâche consciencieusement des mégots sous un porche.
Je suis celui qui hurle en tournant sur lui-même dans la rue.
Je suis celui qui raconte tout seul des trucs qu’on comprend pas dans le métro.

Chaque fois, chaque fois que nos regards se croisent, vous venez vers moi, ça me tombe sur le coin de la gueule. Je suis des vôtres, vous le savez, vous êtes les miens, mes frères dans l’ordre de la nuit. Ma souffrance, alors, ma déchirure, et je vous le souhaite, l’HP, je vous y foutrais tous là-dedans, et par paquets, qu’on vous soigne, bordel de dieu, que vous ayez des infirmiers. Que vous déliriez votre misère et vos vies brisées, entourés, apaisés, avec des mecs, un tas de toubibs dont c’est le métier. Qu’ils s’occupent de vous, qu’ils sauvent ce qu’il y a à sauver, qu’on vous recolle un peu de santé, neuroleptiques pour vous calmer, désangoisser, organiser. Jamais, plus jamais je ne veux vous voir là crever.

***

Ah on les interne, les gens, c’est abusif ! On les cadenasse ! On les nie ! On les insulte, on les dégrade ! On leur met des uniformes ! Et des cachetons ! Nous voilà, petits-bourgeois, j’en suis, qui avons parcouru Foucault, les histoires à Deleuze souvenirs de Guattari, nous voilà en taule !
Regardez-nous, prisonniers de cette société malade ! Nous sommes le miroir de vos erreurs ! C’est politique ! Luttons ! Feu aux prisons !

Misère, misère de nos porte-voix anciens asilaires.
Pendant que les hostos foutent des gens dehors à tour de bras, cinglés bientôt à la rue par la faute d’un imbécile catéchisme médiatique et libéral sur l’indispensable baisse de la dépense publique, on prend galvanisés l’irréfutable pose de l’opprimé des HP.
On résiste, nous.
Faute de fascistes, on a des médecins.
Ils ne passeront pas.

***

Ma copine Juliette se farcit les mêmes histoires bipolaires que moi, du coup elle a passé les dernières fêtes de Noël à l’hosto. On s’est vus pendant une de ses « permissions ». Elle m’a raconté certaines infirmières qui la méprisaient ouvertement. Certains soignants qui se foutaient de la gueule des soignés. Certains psychiatres qui lui interdisaient d’afficher un tout petit portrait sur le mur jauni de sa piaule. Elle m’a raconté son refus de porter l’uniforme, sanctionné comme il fallait. J’ai eu envie d’y retourner avec elle, le dimanche soir. Et de hurler, de leur hurler à tous de plus jamais la toucher, sans quoi je reviendrais et qu’ils s’en rappelleraient.
Seulement Juliette m’a demandé ce que j’en pensais.
« Ouais, c’est vrai qu’ils sont pas sympas, j’ai admis. Mais t’es pénible, quand même, non ? Tu fous le merdier ?
Arrête ! T’es dégueulasse !
On est infernal, quand on est maniaque. On les empêche de bosser. Fous-leur un peu la paix, les mecs ils se prennent
les RGPP1, toi t’arrives, tu veux afficher ton portrait… Après tu t’étonnes d’être attachée… »
On s’est marrés comme des ânes.
Parce qu’on sait que malgré ce tas de saletés, ces injustices et ces brimades qu’on a tous en commun, les aliénés, il nous le faut, à un moment, l’HP. Moment terrible, moment dont on ne cicatrise peut-être jamais, y a un avant et un après – cette désolation nous sauve.
S’il nous faut la combattre, aux côtés des rangs clairsemés des camarades qui s’opposent à l’arbitraire, c’est en dépassant nos douleurs et nos conformismes militants – « Qu’est-ce qu’il y a comme misère là-bas, Juliette me racontait, j’ai l’impression d’être privilégiée. »
Commence ensuite le long, l’immense travail de réécriture.
Réécrire la lumière des soins, malgré tout, dans la longue nuit mentale.
Au corps à corps.

***

Alors, t’avais raison, mon vieux papa.
Sans les menottes plaqué au sol, les camisoles de force et les énormes piquouzes, ces coups de couteaux plantés dans ma mémoire, je serais plus là.
J’aurais claqué, c’est sûr, j’étais pas loin, tout au bord, juste à côté de la frontière.
Je l’ai reprise, ma vie, avec des cachetons et des super toubibs à l’œil, des centaines de consultations gratos c’est le service public, on me l’a dit, et tout ça me permet de bosser, d’avoir une meuf, de vivre.
J’ai pas particulièrement l’impression d’avoir été broyé par une machine à fliquer et enrégimenter le monde, puisque j’ai gardé de mes années d’errance comme un frisson, un comportement déroutant par moments, et un tas de trucs d’arraché qui font pâlir parfois en société.
Mais c’est sûr, papa, y a un après.
C’est plus pareil, quand on a bouffé des coups, de la camisole, des cachetons qui font tituber. Quand on a vécu avec des schizophrènes, des déficitaires, des suicidés cinq fois. Quand on a été des leurs.
On s’en passerait, de ces saloperies, papa.
On aimerait en gagner autrement, de l’humanité.

1 La Révision générale des politiques publiques (RGPP), lancée en France en juillet 2007, a officiellement pour objectif de réduire la dépense publique. Elle passe de fait par la mise en place d’une culture du résultat et d’un néo-management qui mettent à mal une notion de service public déjà bien compromise, notamment à l’hôpital.

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Rédigé par hobo-lullaby