Publié le 26 Novembre 2011

   
            
En lisant l'éthymologie du mot travail ...
 
"Selon Alain Rey, le mot travail (apparu vers 1130) est un déverbal  de travailler, issu (vers 1080) du latin populaire tripaliare, signifiant « tourmenter, torturer avec le trepalium »."
Source Wikipédia
 
Et en la comparant à la définition du capitalisme dans dictionnaire Larousse ...
 
« statut juridique d'une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n'en sont pas propriétaires. »
 
Un légers rictus commença à relier mes deux oreilles !
 
Mais commençons par le commencement et plantons le décor :
 
 
    
    
Et pourtant que ne fait on pas pour nous vanter les mérites du travail ?             
   
"Tout salaire mérite travail"  Yvon Gattaz
  
Voire pour le glorifier ?
    
  
  
  
Nietzsche, reconnu comme un des plus grands penseurs, parlait de la glorification du travail en ces termes :  
   
«  Dans la glorification du “ travail ”, dans les infatigables discours sur la “ bénédiction du travail ”, je vois la même arrière pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous :à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, ce qu’on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! Le “ travailleur ”, justement, est devenu dangereux ! Le monde fourmille d’ “ individus dangereux ” ! Et derrière eux, le danger des dangers – l’individuum ! » 
Nietzsche. .Aurores (1881), Livre III, § 173 et § 206, trad. J. Hervier, Gallimard, 1970.
 
   
  
 
La sécurité parlons en, ne serai-ce pas plutôt la peur du chômage ?  
      
D'après Marx :
"L’excès de travail imposé à la fraction de la classe salariée qui se trouve en service actif grossit les rangs de la réserve, et, en augmentant la pression que la concurrence de la dernière exerce sur la première, force celle-ci à subir plus docilement les ordres du capital. "
  
Que l'on rapprocher d'une certaine manière à cette analyse de  Marc Lefrere :
 

Le capitalisme est une forme économique de l'esclavage

Le titre est certainement assez osé, et je ne doute pas qu'il sera jugé excessif. Il y a malgré tout des considérations utiles à tirer d'une comparaison entre l'esclavage et le capitalisme; et j'espère vous le montrer. Précisons tout de suite que cette comparaison n'a de sens que d'un point de vue économique, puisque le capitalisme est un système économique, et que l'esclavage lui-même a connu des justifications économiques. La comparaison ne portera donc pas sur les droits qui sont reconnus à l'esclave ou à l'ouvrier : ces droits sont, dans un cas comme dans l'autre, extrêmement variables, selon les époques et les cultures.

Qu'est-ce que l'esclavage? C'est la possession d'un homme à qui on est sensé donner nourriture, logis, bien de nécessité et quelques autres en fonction des services rendus et des relations que le maître entretient avec son esclave. Dans l'antiquité, certains s'occupaient même de la formation technique, voire intellectuelle, de leurs esclaves : c'est ainsi que l'esclave Epictète fut formé à la philosophie.

Qu'est-ce que posséder des moyens de productions? C'est acheter les conditions de travail d'un homme, afin de tirer ensuite profit de son travail.

Dans un cas, on achète un homme et on tire profit de son travail.

Dans l'autre cas, on achète les conditions de possibilité du travail, et donc, dans des conditions ordinaires, de la survie d'un homme, et on tire profit de son travail.

Le but est donc le même : tirer profit du travail d'autrui (ce qui est le propre du capitalisme, puisque son but est d'accroitre le capital en faisant les bons investissements).

Le moyen diffère. Mais nous devons souligner qu'il diffère surtout pour ce qui concerne des conditions extérieures au capitalisme et au domaine économique proprement dit. Heureusement, l'employeur n'a pas le droit de châtier corporellement son employé, par exemple, mais cet interdit ne relève pas de la définition même du capitalisme, qui n'a pas toujours eu ces scrupules. Et l'honnêteté oblige à dire que les droits reconnus aux travailleurs ne sont pas assurés par l'idéologie capitaliste, mais par la vigilance de l'Etat ou par les luttes et la surveillance syndicales.

Aussi bien pourrions-nous imaginer un pays où l'esclavage serait toujours permis, mais où cette pratique aurait été finalement plus "humanisée", par l'imposition de certaines règles de conduites : le maitre ne doit pas tuer son esclave, il ne doit même pas le blesser physiquement, ni lui interdire de se marier, etc.. Mais tout le travail de l'esclave restera possession du maître, qui, en retour, lui donnera de quoi vivre.

L'esclave vit ainsi directement sous la dépendance de son maître. L'employé ne vit pas directement sous la dépendance du capitaliste ; il a d'abord l'impression de vivre par son travail. Mais il faut avouer que la différence paraît moins nette. Car, à cause de la relation de dépendance qui existe malgré tout entre le capitaliste et l'employé, c'est au premier qu'appartient d'abord toute la richesse produite. Et ce n'est qu'en un second temps qu'il donne une part de cette richesse à son employé. Et l'on sait que ces dernières décennies la part de richesse reversée au travail n'a cessé de diminuer - ce qui est tout à fait dans la logique du capitalisme.

Nous nous demandons franchement quelle différence fondamentale existe alors entre les deux systèmes du point de vue économique. Dans les deux cas, la somme de travail et surtout la somme de richesse produite est la propriété du maître ou du capitaliste. Et celui-ci en redistribue une part à son esclave ou à son employé.

On me dira : mais tout de même, l'employé peut partir de son entreprise s'il n'est pas content! L'esclave, lui, ne le peut pas. Certes, mais cette objection prend appui sur une considération qui sort du domaine économique : il ne peut donc servir pour montrer que d'un point de vue économique il y a une différence. En outre, il faut observer que le capitalisme tend naturellement à empêcher la contestation des employés : en favorisant les grands regroupements, il conduit à niveler les conditions de travail, et même à les détériorer si cela permet des profits supplémentaires. Et il ne trouve pas intérêt à investir dans les zones où les exigences sociales sont jugées excessives, et préférera donc s'installer là où les employés seront plus "concurrentiels", c.-à-d. là où le profit sera meilleur. Dans un environnement de libre échange, les emplois ne pourront donc pas être viables si les employés ne se plient pas à la nécessité d'offrir du profit.

L'employé peut donc certes partir de son entreprise, mais que trouvera-t-il ailleurs? Rien de mieux, voire pire : le chômage. Il y a donc bien une sorte de chantage, qui n'est plus strictement "travaille pour moi ou meurs", mais qui s'en rapproche étrangement.

Il me semble ainsi que, du point de vue économique, le système capitaliste n'est rien d'autre qu'un système d'esclavage décentré et donc déguisé. Au lieu d'annoncer clairement que l'on possède un homme, on s'arrange pour qu'un homme soit obligé de venir nous offrir son travail. De la sorte, il y a pour lui, en fait, du point de vue économique, les mêmes contraintes et les mêmes résultats.

Sans doute ce rapprochement paraitra encore excessif, même après ces explications. Mais nous avons voulu montré que, pour ce qui concerne la logique économique de fond, le capitalisme était idéologiquement parent de l'esclavagisme.

Il est toujours un peu surprenant de constater comment les capitalistes, pour défendre leur position, renvoient leurs adversaires aux crimes du communisme, comme si être anticapitaliste impliquait forcément de revenir à de tels modèles. Il sera tout de même bon, alors, de leur rappeler qu'autrefois le capitalisme a bel et bien été esclavagiste, au sens le plus fort et le plus douloureux du terme. Pourquoi donc n'en ont-ils pas déduit qu'il fallait l'abandonner?

 
    1er Février 2009 par Marc Lefrere - blog Médiapart  
  
  
Et l'on voit que le piège est au point
    
travail-a-la-chaine0     poules batterie

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #hors des sentiers battus

Publié le 11 Novembre 2011

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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Sur la grand'route
Nous sommes les crève-de-faim
Les va-nu-pieds du grand chemin 
Ceux qu'on nomme les sans-patrie
Et qui vont traînant leur boulet 
D'infortunes toute la vie, 
Ceux dont on médit sans pitié 
Et que sans connaître on redoute 
Sur la grand'route.

Nous sommes nés on ne sait où 
Dans le fossé, un peu partout, 
Nous n'avons ni père, ni mère, 
Notre seul frère est le chagrin 
Notre maîtresse est la misère 
Qui, jalouse jusqu'à la fin 
Nous suit, nous guette et nous écoute 
Sur la grand'route.

Nous ne connaissons point les pleurs 
Nos âmes sont vides, nos coeurs 
Sont secs comme les feuilles mortes. 
Nous allons mendier notre pain 
C'est dur d'aller (nous refroidir) aux portes. 
Mais hélas ! lorsque l'on a faim 
Il faut manger, coûte que coûte, 
Sur la grand'route.

L'hiver, d'aucuns de nous iront 
Dormir dans le fossé profond 
Sous la pluie de neige qui tombe. 
Ce fossé-là leur servira 
D'auberge, de lit et de tombe 
Car au jour on les trouvera 
Tout bleus de froid et morts sans doute 
Sur la grand'route.
 
Gaston Couté
gromaire va nu pied

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #errances

Publié le 11 Novembre 2011

 

 

DIMANCHE

 

Entre les rangées d’arbres de l’avenue des Gobelins
Une statue de marbre me conduit par la main
Aujourd’hui c’est dimanche les cinémas sont pleins
Les oiseaux dans les branches regardent les humains
Et la statue m’embrasse mais personne ne nous voit
Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.

Jacques Prévert

 

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Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #errances