Les urgences de l'état

Publié le 1 Décembre 2015

Les urgences de l'état

Un matin comme les autres dans l’État d’urgence françoishollandiste. Hier 317 personnes convaincues du crime contre l’État de manifestation interdite ont été embarquées par les glorieux bataillons des forces de l’ordre, qui font un travail remarquable : le danger, c’est l’hydre anarcho-autonome des « divers groupes anarchistes », « des militants d’extrême gauche, écolos, anarchistes et libertaires (sic) », pour reprendre les gazettes préférées de la préfecture de Police de Paris, également connues sous le nom de Libération ou Le Figaro. On pourrait croire que l’urgence était plutôt de traquer les assassins de Daech fournis en armes par les réseaux d’extrême droite et financés par les amis de la France que sontl’Arabie Saoudite et le Qatar. Ben non : l’urgence, c’est bien de profiter de l’état d’exception pour remettre à jour les fiches sur les militants qui n’ont pas compris que le droit de réunion –article 20 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques– était désormais réservé aux chefs d’État et de lobbies énergétiques, réunis au Bourget pour reporter aux calendes grecques toute perspective d’accord sur la question climatique. On met d’abord la main sur le pétrole et le gaz des pôles et on discute.

En attendant, en interne, on s’occupe de faire rentrer tout le monde dans le rang. Après les assignations à résidence aux quatre coins de la France de suspects –du délit de zadisme aigu ou de manifestite contagieuse– et les convocations au commissariat de promeneurs du dimanche 22 filmés dans leur balade dominicale par les cameramen de la maison poulaga, ce sont hier des centaines de personnes qui ont été invitées à visiter les riants commissariats de la région parisienne. La leçon de Rémi Fraisse a été retenue : il est plus facile de se défouler sur des manifestants de gauche que d’empêcher des réseaux criminels internationaux se balader dans Paris armés jusqu’aux dents et tirer dans la foule. Rien n’a été laissé au hasard, la communication est elle aussi au rendez-vous : la préfecture fournit même gracieusement à la presse des photos pour leur permettre de relayer le message. Les chiens de garde de l’état d’urgence assureront donc le service après-vente.

Les urgences de l'état

Rédigé par hobo-lullaby

Publié dans #propagande

Commenter cet article

caroleone 02/12/2015 09:29

Et oui, il y a urgence et urgence. Et il nous faut vite comprendre que leurs urgences à eux ne sont pas les nôtres. Nous avons le devoir et l'urgence d'être mis au repos et de fermer nos goules ou bien de bêler avec les moutons.
Bisous
caro

Hobo-Lullaby 13/12/2015 01:53

Merci Caro

caroleone 08/12/2015 21:39

S'ils ne le demandaient tous se le demandaient
et l'on se mit à vivre au milieu du poison
sans que l'on sût comment, du jour au lendemain.
On se laissait glisser sur le silence comme
si le pavé s'était changé en neige noire,
et les oreilles en leur faim d'entendre attendaient
un signe, mais l'on n'entendait
qu'une sourde rumeur, une rumeur multiple :
il y avait là tant d'absences s'unissant
les unes aux autres comme un trou ;
un autre trou, un autre, un autre, un autre encore,
un filet se formait et c'était la patrie :
Oui, la patrie soudain fut un filet
et tout le monde fut entouré par un vide,
par un filet sans fils, un filet bâillonnant
les yeux, les oreilles, la bouche,
et nul ne put sentir, car on n'avait
plus de sens, la bouche
n'avait pas le droit d'avoir une langue,
les yeux celui de voir l'absence
et le coeur vivait emmuré. (...)

Pablo Neruda (Le grand silence)

Bisous

caro

Hobo-Lullaby 06/12/2015 22:23

La plus drôle des créatures

Comme le scorpion, mon frère,

Tu es comme le scorpion

Dans une nuit d’épouvante.



Comme le moineau, mon frère,

Tu es comme le moineau

Dans ses menues inquiétudes.



Comme la moule, mon frère,

Tu es comme la moule

Enfermée et tranquille.



Tu es terrible, mon frère,

Comme la bouche d’un volcan éteint.

Et tu n’es pas un, hélas,

Tu n’es pas cinq,

Tu es des millions.



Tu es comme le mouton, mon frère,

Quand le bourreau habillé de ta peau

Quand le bourreau lève son bâton

Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau

Et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.

Tu es la plus drôle des créatures, en somme,

Plus drôle que le poisson

Qui vit dans la mer sans savoir la mer.



Et s’il y a tant de misère sur terre

C’est grâce à toi, mon frère,



Si nous sommes affamés, épuisés,

Si nous somme écorchés jusqu’au sang,

Pressés comme la grappe pour donner notre vin,

Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non ...

... Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

Anne-Marie 01/12/2015 18:33

Difficile de garder l'espoir dans ce monde terrifiant où beaucoup se conduisent en moutons bêlants.
https://www.youtube.com/watch?v=Qui0olG2kF0

Hobo-Lullaby 06/12/2015 22:22

La plus drôle des créatures

Comme le scorpion, mon frère,

Tu es comme le scorpion

Dans une nuit d’épouvante.



Comme le moineau, mon frère,

Tu es comme le moineau

Dans ses menues inquiétudes.



Comme la moule, mon frère,

Tu es comme la moule

Enfermée et tranquille.



Tu es terrible, mon frère,

Comme la bouche d’un volcan éteint.

Et tu n’es pas un, hélas,

Tu n’es pas cinq,

Tu es des millions.



Tu es comme le mouton, mon frère,

Quand le bourreau habillé de ta peau

Quand le bourreau lève son bâton

Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau

Et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.

Tu es la plus drôle des créatures, en somme,

Plus drôle que le poisson

Qui vit dans la mer sans savoir la mer.



Et s’il y a tant de misère sur terre

C’est grâce à toi, mon frère,



Si nous sommes affamés, épuisés,

Si nous somme écorchés jusqu’au sang,

Pressés comme la grappe pour donner notre vin,

Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non ...

... Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

Nazim Hikmet