18 Chansons de la Patrie amère – Poèmes

Publié le 8 Mai 2013

1. LE SECOND BAPTEME

De pauvres mots

Mouillés de larmes, mouillés d’amertume

C’est là leur second baptême

Les oiseaux qui inventent leurs ailes

Se mettent à voler, se mettent à chanter

Et ces mots que l’on cache

Sont ceux de la liberté

Leurs ailes sont des épées

Qui déchirent le vent

2. CONVERSATION AVEC UNE FLEUR

Cyclamen des Cyclades, dans un creux de rocher

Où as-tu trouvé des couleurs pour fleurir

Où as-tu trouvé une tige

Pour te balancer

Dans le rocher j’ai recueilli le sang goutte à goutte

J’ai tissé un mouchoir de roses et maintenant

Je récolte du soleil.

3. ATTENTE

Ainsi avec attente les nuits sont devenues si longues

Que la chanson a pris racine et a grandi comme un arbre

Et ceux qui sont en prison, ô ma mère, et ceux qui sont en exil

Chaque fois qu’ils poussent un soupir… regarde!

Ici une feuille de peuplier tremble

4. PEUPLE

Petit peuple lutte sans épées ni balles

Pour le pain de tous, pour la lumière et pour le chant

Il garde dans sa gorge ses cris

De joie et de peine

Car s’il essaye de les dire

Les pierres se fendent

5. COMMÉMORATION

Dans un coin de la salle se tient le grand-père

Dans l’autre coin, dix petits-fils

Et sur la table neuf cierges sont enfoncés dans le pain

Les mères s’arrachent les cheveux et les enfants se taisent

Et par la lucarne la Liberté, la Liberté regarde et soupire

6. AURORE

Rayonnante et généreuse, petite aurore du printemps

Rayonnante et généreuse, te regarde de tous ses yeux

Rayonnante et généreuse, te souhaite la bienvenue

Deux charbons dans l’encensoir et deux grains d’encens

Rayonnante et généreuse, cette petite aurore

Trace une croix de fumée

Sur la porte de la Patrie

7. ÇA NE SUFFIT PAS

Pudique et sobre, il parlait peu

Il admirait la création

Mais quand l’épée l’a foudroyé

Il a rugi comme un lion

Maintenant la voix ne lui suffit pas

La malédiction ne lui suffit pas

Pour dire ce qui est juste

Il lui faut un fusil

8. JOUR VERT

Jour vert ardent, bonne pente parsemée

Clochettes et bêlements, myrtes et coquelicots…

La jeune fille tricote les objets de sa dot

Le jeune homme tresse des paniers

Et les boucs, le long du rivage

Lèchent le sel blanc.

9. LITURGIE (Célébration)

Sous les peupliers

Les oiseaux et les partisans

Se réunissent au mois de mai

Pour célébrer leur liturgie

Les feuilles brillent comme des cierges

Sur la terre du pays natal

Et dans le ciel, un aigle lit l’Evangile

10. L’EAU

Un peu d’eau sur le rocher

Un peu d’eau purifiée par le silence

Par le guet de l’oiseau, par l’ombre du laurier

Les partisans la boivent en secret

Comme l’oiseau ils relèvent la tête

Et bénissent leur mère misérable, la Grèce.

11. LE CYCLAMEN

Un petit oiseau rose lié par un fil

Avec ses petites ailes ondulées

Vole vers le soleil

Et si tu le regardes une seule fois

Il te sourira

Et si tu le regardes deux ou trois fois

Tu te mettras à chanter

12. FILLES GRÊLES

Des filles grêles

Sur le rivage

Récoltent le sel

Courbées, elles ne voient pas la mer

Une voile

Une voile blanche leur fait signe du large

Elles ne l’ont pas aperçue et la voile noircit de tristesse

13. LA CHAPELLE BLANCHE

La chapelle blanche sur la pente

Face au soleil

Fait feu

De sa fenêtre meurtrière

Et pendant toute la nuit

Sa cloche tinte doucement

Dans le feuillage des platanes

Pour la fête du Peuple Saint

14. EPITAPHE

Le brave qui est tombe la tête haute…

La terre humide ne le recouvre pas

Les vers ne le rongent pas

La croix est comme une aile sur son dos

II s’élève de plus en plus haut

II rencontre les aigles et les anges dorés.

15. ICI LA LUMIERE

La rouille ne peut rien contre le marbre

Ni les chaînes contre le vent

Ni les chaînes contre le Grec

Ici la lumière, ici le rivage

Lèchent l’or et l’azur

Sur les rochers, des cerfs gravent leur empreinte

Et mâchent des chaînes rouillées

16. LA CONSTRUCTION

« Comment va-t-on construire cette maison-là ?

Qui va poser les portes ?

Alors qu’il y a peu de bras

Et que les pierres sont insoulevables

Tais-toi! Les mains prennent de la force en travaillant

et leur nombre s’accroît

…Et n’oublie pas que toute la nuit

Les morts aussi nous aident.

(Traduction Mario Bois)

17. PROMIS À LA LIBERTÉ

Ici se taisent les oiseaux

et les carillons de la résurrection

dans le silence amer du Grec

qui veille ses morts –

aiguisant sur la pierre du silence

les griffes de sa vaillance

Seul et sans aide

promis à la Liberté.

18. NE PLEURE PAS LA GRÉCITÉ

Ne pleure pas la Grécité

lorsqu’elle est prête à fléchir

le couteau sur la gorge

la corde au cou

Ne pleure pas la Grécité –

voilà qu’elle reprend son envol

Son courage gronde

et harponne le fauve

avec la lance du soleil.

(Traduction Irène Droit)
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Yannis RITSOS

Rédigé par hobo-lullaby

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D
Bonjour,
Merci de m'avoir donné la clef de l'énigme : la traduction des poèmes de ce disque qui ont bercé mon enfance il y a bien longtemps... Merci également de m'avoir fait retrouver cette chanson ! Ma mère écoutait beaucoup ce disque. Je n'ai jamais su ce qu'il était devenu et il me manque. Que le vent souffle pour aplanir votre chemin !
Daphné
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H
Bonjour Daphné
voilà un commentaire qui fait plaisir
je suis ravi de vos retrouvailles avec cette chanson et la poésie de Ristos
avec une tendre pensée pour votre maman
A
De petits bijoux.
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H
Bonjour Anne-Marie

Oui, c'est un superbe mezzé aux parfums méditerranéens...

Bises
Serge
A
Bonjour Serge,
encore un qui à pas eu la vie facile pour sortir ça de ses tripes, grand poète que je ne connaissais que de nom et que j'ai grand plaisir à découvrir comme pas mal de choses chez toi !! Je mesure mon ignorance et grande est ma curiosité ;0)) Merci !!
Amitiés
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H
Salut Adam

Je crois qu'au niveau de l'ignorance et de la curiosité, nous sommes sur le même banc d'école. Le partage n'en devient que plus précieux

@mitiés
Serge
C
Bonjour Serge,

MILLE MERCIS pour cette merveille.
Tout me parle et tout me plait, c'est du Neruda à la grecque !
J'ai été touchée plus particulièrement par les mots sur le cyclamen, c'est très beau.
Il faudrait même reprendre les thèmes un à un pour s'imprégner de leur substance.


Bises

caro
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H
Bonjour Caro

Du Neruda à la Grecque ! Et de la poésie comme on l'aime ...
Les parfums des mots de Rítsos sont subtils.

Merci de ton enthousiasme
Bises
Serge